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La Troisième Guerre mondiale

par M'hammedi Bouzina Med

Guerres en Syrie, Libye, Yémen, Irak, Afghanistan, Palestine… Violences en Centrafrique, Soudan, Nigéria… instabilité et violence terroriste en Egypte, Tunisie, Mali… Cohorte de réfugiés aux portes de l'Europe. Et si c'est cela la « Troisième Guerre mondiale » ?

Chaque jour, les médias européens diffusent les images chocs de flux de migrants, arrivant aux frontières externes de l'Europe, dans des conditions qui rappellent celles des cohortes de réfugiés jetées sur les routes durant la Seconde Guerre mondiale : hommes, femmes, enfants, vieillards affamés, baluchon sur le dos, errant sur les routes, à la dérive sur la mer, à la recherche d'un abri sûr, d'une main secourable, d'un accueil quelque part. « Nous faisons face à la plus grande vague migratoire, depuis la Seconde Guerre mondiale » déclarent des responsables des Croix et Croisant rouges (CICR), de l'Onu et les spécialistes de la démographie mondiale. Et pourtant cela ne suffit pas à mobiliser, à la mesure du drame que vivent ces déracinés des temps modernes, les Etat des pays occidentaux destinataires de cette vague de réfugiés, sans précédent depuis la fin de la dernière guerre mondiale. Pendant que le président français et la chancelière allemande, réunis, lundi à Berlin, répétaient le slogan habituel « Il faut une réponse unifiée de l'UE au droit d'asile », sans oublier d'ajouter, au passage « et une politique migratoire commune », la Hongrie finissait la construction de son mur garni de barbelés sur sa frontière commune avec la Serbie. La Grèce, excédée par l'absence de solidarité du reste de l'UE, accueille et délivre les documents de voyage aux milliers de réfugiés débarquant sur ses îles, leur ouvrant la voie vers le reste de l'Europe. L'Italie en fait de même. Plus au nord, la Grande-Bretagne envoie ses policiers à Calais, en territoire français pour confiner les quelque 3.500 réfugiés, dans leur « jungle » et puis c'est tout. On verra après. Voilà plus de 15 ans que l'Europe débat, pond des « livres verts » et légifère sur la question migratoire et celle du droit d'asile (observez le lien vicieux établi entre ces deux problématiques immigration - asile) sans parvenir à se comprendre. Pourtant, le droit d'asile, défini clairement, par la Convention de Genève de 1951, signé et adopté par la majorité des pays, dans le monde fait obligation d'accueil dans des conditions dignes de tout réfugié fuyant les guerres, les violences ou des persécutions de son pays d'origine. Circonstances aggravantes pour l'Europe : sa responsabilité avérée dans la provocation des guerres et violences en Libye, Syrie, Irak, Yémen et son implication dans les foyers de tension en Afrique subsaharienne et ailleurs. Quels que soient les motifs évoqués par les Etats européens (et non les peuples) pour justifier leur interventionnisme dans les foyers de guerres et de violence, en Afrique, au Moyen et Proche-Orient, il n'en demeure pas moins qu'ils sont partie prenante dans ces situations de violence et ne sauraient se dédouaner par l'éternel argument de « défense des populations civiles et de leur droit à la liberté et à la démocratie ». Et s'il est un devoir des Européens d'assurer la sécurité et le droit à la liberté des populations civiles, qu'ils commencent par accueillir, correctement, les milliers de réfugiés fuyant les guerres dans lesquelles son impliqués les Etats européens ! A entendre les titres de « Une » des journaux télévisés et lire ceux de la presse écrite, surtout de droite, l'Europe va être envahie par des millions de réfugiés jusqu'à perdre sa propre cohésion. Du coup, les partis et mouvements populistes, racistes et xénophobes chevauchent « l'angoisse et la peur » d'une bonne partie des peuples qui, signalons-le, affrontent, dans le même temps, la crise financière artificielle provoquée par les spéculations boursières et des banques privées. Un climat de tension, de méfiance s'installe, insidieusement, chez les peuples d'Europe, avec l'explosion des actes racistes et xénophobes. Face à l'arrivée de milliers de réfugiés, aux frontières de l'Europe, le regard des Européens sur les immigrés, d'une manière générale, s'empreint de méfiance et de peur. De leur côté, les communautés immigrées se cloisonnent et se défendent comme elles le peuvent. Les plus fragiles cèdent à l'appel des prédicateurs en tous genres, de celui du repli identitaire d'origine à celui de l'extrémiste formateur et recruteur de djihadistes potentiels ou de terroristes « solitaires ». La boucle et bouclée : face au rejet des Etats européens qui, rappelons-le, ont une grande part de responsabilité dans les guerres des pays d'origine des réfugiés, la réponse des convaincus de « l'affrontement des civilisations » ne peut être que la violence. Les ingrédients d'un véritable chaos mondial s'accumulent, de jour en jour, et risquent de provoquer des tragédies, jamais égalées, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. D'aucuns évoquent, déjà, les prémices d'une Troisième Guerre mondiale. Et ils n'ont pas tort. D'autres estiment que nous sommes dans cette Troisième Guerre mondiale avec ses particularités du 21ème siècle, celles de la loi des marchés financiers incontrôlables, de l'appauvrissement des plus fragiles, de l'enrichissement de minorités, de domination technologique et culturelle, au travers de la mondialisation économique, etc. L'affrontement armé, lorsqu'il devient inévitable, se déroule dans les contrées les plus faibles, les moins développées : Irak, Syrie, Libye, Yémen, Afghanistan, Palestine, Centrafrique, Soudan et des « débordements et résonances » sous forme d'instabilité politique et sécuritaire, ailleurs : Nigéria, Egypte, Tunisie, Mali, etc. En clair, il serait hypocrite de parler d'un monde en paix, alors que des peuples fragilisés subissent, en direct, devant nos yeux des guerres, des violences inouïes, des misères insupportables pour le commun des mortels. L'Onu est devenue une sorte de forum et d'exutoire, sans force de droit, incapable d'imposer les résolutions de son propre Conseil de sécurité qui, sur le papier, ont un caractère impératif. L'exemple de l'Etat sioniste d'Israël est le plus édifiant : il a rejeté plus de 40 résolutions du Conseil de sécurité, interdit tout contrôle ou visite de l'Agence international de l'Energie (AIEA) de ses installations nucléaires, sans subir des sanctions internationales ou mises au pas par la force du « droit international ». Pire, il colonise, tue, assassine les Palestiniens, chez eux, sans crainte d'être jugé.

 Les bouleversements géostratégiques qui s'opèrent, aujourd'hui, de part le monde, poussent à un véritable remodelage de la carte du monde, en termes d'équilibres et provoque un séisme dans l'équilibre démographique mondial. La migration, en particulier celle conséquente de cette « Troisième Guerre mondiale » en est le révélateur, dans toute sa tragédie. Sans une prise de conscience des Etats du monde, plus spécialement les plus développés comme ceux des Occidentaux, de la portée dramatique de la problématique des réfugiés, le monde entier court à sa perte. Et les oracles de la ‘Troisième Guerre mondiale' ne seront plus des superstitions, mais la terrible réalité de notre présent et l'angoissante inquiétude de notre avenir.