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Les taux de réussite reflètent-ils le niveau réel des études ?

par Ali Derbala*



«Une vie sans examen ne vaut pas la peine d'être vécue». Socrate.

Ce que nous allons disserter est surtout sur des cours de calcul et de mathématiques, des matières pédagogiques où de nos jours les élèves éprouvent des difficultés. Il faut évaluer le niveau des élèves de "visu" et par des méthodes scientifiques, fiables, efficaces etc. Les taux de réussite aux examens des classes de 6ème, du brevet de l'enseignement moyen et du baccalauréat ont été déclarés et affichés. Ces taux reflètent-ils réellement le niveau des études ? Au contact des élèves, collégiens et lycéens, cette question se pose car à leurs réponses à certaines questions banales, ces taux devraient être réellement beaucoup plus bas.

L'enseignement véritable doit s'obtenir à travers tout ce qu'on voit et tout ce qu'on entend. Pour un élève, l'absence d'une bonne représentation de l'environnement engendre une difficulté insurmontable à maîtriser les concepts, à dominer les abstractions, sans lesquelles aucun énoncé scientifique n'est possible. Une bonne représentation de l'espace est très opératoire. Elle permet de poser une assiette sans bruit sur une pile d'assiettes, elle permet de sortir un verre de son placard sans le heurter, un vêtement de sa penderie sans le froisser, elle permet de se diriger, de distinguer la droite de la gauche [1].

Quel est le but de l'enseignement ? S'agit-il de communiquer ou transmettre un savoir ? Une méthode d'éducation doit reposer sur la connaissance de l'élève. Rousseau nous rappelle toujours " que l'enfant a ses manières de voir, de penser et de sentir qui lui sont propres ". Il ne suffit pas d'exhiber des taux de réussite bas ou élevés mais un minimum vital de savoir à retenir par les élèves de ce secteur est à fixer et à atteindre. Effectivement, un ministre est nommé pour mener une politique éducative d'un gouvernement. Aussi, l'évaluation de l'éducation ne doit-elle pas passer par seulement la " traque " à la fraude " numérique " (fraudes par Internet, Wifi, Communication sans fil,…), qui est un problème, mais qui n'a pas atteint l'ampleur d'un fléau. Quelques lycéens, sûrement pas des agents secrets, ont pu se procurer des " puces électroniques " spécialisées pour la communication discrète pour la fraude au baccalauréat.

Les ministères de la Communication, de la technologie, les postes et télécoms peuvent être d'un apport appréciable pour contrecarrer ces fraudeurs " high-tech ".

AU PRIMAIRE

Le taux de réussite à l'examen de fin de cycle (cinquième) pour l'année 2014-2015 a atteint 81,57%, a appris l'APS auprès du ministère de l'Education nationale. Savoir compter permet de passer du qualificatif au quantitatif et à l'ordre de grandeur. Dénombrer, ordonner sont deux fonctions de base de l'utilisation des nombres. Une perception de l'ordre et de la quantité se fait tout le temps sentir. Additionner, soustraire, multiplier des jetons de couleurs doivent être perçus intuitivement avant de devenir des opérations élémentaires des mathématiques. Une fois la lecture acquise, c'est autant de temps à consacrer aux autres apprentissages. L'élève doit savoir compter, énumérer, apprendre par cœur la table de multiplication des nombres, calculer par les opérations élémentaires de l'addition, soustraction, multiplication et division, utiliser la fameuse " règle de trois " pour déterminer un pourcentage. Les formules élémentaires de longueurs, de surfaces et de volumes doivent être connues sur les bouts des doigts. Le nombre de pieux à poser pour clôturer un terrain, le prix de revient des achats, le profit des ventes, les coûts et les pertes dans toute transaction commerciale sont à maîtriser totalement et sans lacunes. Le calcul mental développe les capacités de réactions de l'élève aux situations urgentes. Sur un nombre d'une dizaine d'élèves de 6ème qu'on a pu rencontrés avant le départ en vacances, aucun d'eux n'a pu trouver le résultat de 8 x 4.

AU MOYEN

Une seconde fois, le taux de réussite au brevet de l'enseignement moyen (BEM) est de 53,97% pour la session de 2015, a annoncé le ministère de l'Education nationale. Les élèves doivent savoir qu'une affirmation claire n'affirme rien si aucune preuve ne vient la réfuter. Les élèves doivent participer activement à la construction du sens et des savoirs.

Une abstraction doit toujours suivre une expérience et non pas la précéder. Une loi mathématique doit résumer en une seule formule des milliers d'expériences [1]. Il s'agit d'une expression abstraite, résumée, d'une propriété. Il faut une préoccupation de rattachement des énoncés à une réalité. L'enseignement proclame ce qu'il est important de savoir et non ce qui n'a pas d'importance. Les notions de mathématiques modernes telles les ensembles, les diagrammes, la notion de droite, de coefficient directeur d'une droite, de droites parallèles, orthogonales, demi-plan, l'équation vectorielle d'une droite, le barycentre, le produit scalaire, la norme, vecteur unitaire, distance, cercle, triangle isocèle sont du programme officiel de ce niveau des études… L'élève du moyen doit maîtriser le théorème de Pythagore, la relation de Chasles, la médiatrice, le cercle circonscrit, la hauteur, les symétries centrale et orthogonale, le parallélogramme, le rectangle, le losange, le carré, la trigonométrie, l'angle…L'erreur des élèves vient en général des idées fausses qui découlent d'un mauvais enseignement.

L'humiliation n'est pas une arme pour stimuler les "mauvais élèves". Il faut accorder toujours une deuxième chance de réussir un test raté. A la fin de ce cursus du cycle moyen, il ne faut pas d'orientation par défaut, c'est l'élève qui doit choisir sa spécialité, scientifique ou littéraire. Beaucoup de collégiens ne savent pas représenter une droite dans un plan.

AU SECONDAIRE

En fin, encore une fois et selon la presse, le taux de réussite au baccalauréat est de 51, 36%.

Une conférence sur l'enseignement secondaire se déroulera les 25 et 26 juillet. La logique mathématique est un fondement des mathématiques modernes. Il est difficile de ne pas disserter sur le vrai et le faux. L'étudiant doit acquérir les notions d'arithmétique, d'algèbre, de géométrie et les notions d'analyse mathématique. Elles sont entamées par les notions sur les ensembles, les symboles logiques et le raisonnement mathématique. La construction axiomatique de l'ensemble N des entiers, les opérations sur les ensembles, les notions d'application, du produit cartésien, les relations, les lois de composition sur les ensembles, les notions d'ensembles finis, la construction de l'ensemble ?, ensemble des entiers relatifs, les nombres réels, les nombres complexes et les nombres entiers premiers …Les fractions décimales, les nombres décimaux, les calculs approchés, l'analyse combinatoire, les première notions de fonctions, les fonctions polynômes, les fractions rationnelles, le sens de variation, les notions de limite, continuité, les dérivées et leurs applications, les équations à une inconnue, les systèmes d'équations, les fonctions trigonométriques, les fonctions logarithmiques et exponentielles…Il faut connaître la géométrie rectiligne et plane, la géométrie plane orientée, la géométrie dans l'espace, les compléments sur les vecteurs, sur le cercle, les transformations ponctuelles tels les déplacements et symétries, l'homothétie, la similitude, l'inversion, les coniques, les études de courbes, l'ellipse, cylindres, cônes de révolution… Des lycéens de terminale sont censés étudier une parabole, une hyperbole, une exponentielle, un logarithme, une fonction quelconque, en déterminant son domaine de définition, ses dérivées, son tableau de variation, ses asymptotes etc. Le Scilab, un logiciel pédagogique de calcul en classes scientifiques pour les lycées, trace en une instruction, " tracer " ou " plot " en anglais, la représentation graphique de n'importe quelle fonction. L'utilisation de logiciels de mathématiques ou de démonstrations mathématiques, tels le Mathematica, le Matlab et ses dérivées sont des outils indispensables de la nouvelle pédagogie ou la pédagogie contemporaine.

L'ELEVE MUSULMAN DU TEMPS DU COLONIALISME

Sous le régime colonial, l'Algérie était considérée comme un " pays exotique ". Dans une école, il y avait l'élève indigène et l'élève européen. L'élève algérien avait ses particularités qui tiennent au milieu, (milieu géographique, historique, social, humain). On ne peut pas s'abstenir de vous rappeler quelques propos de Madame le docteur Garoby, tenus lors de son intervention dans le séminaire en cette matinée du 18 avril 1946 [2]. " Mesdames, Messieurs, lorsque le petit occidental ouvre les yeux au monde des adultes, les hommes et les temps ont pris soin d'organiser les cadres sociaux de la race. Il croit sans heurt, ni gêne, dans la sphère politique de son milieu qui lui inculque au jour le jour ses traditions, ses croyances, ses manières de penser et de sentir... Dans l'Afrique du Nord, …,nous pouvons vraiment parler de l'enfance algérienne comme une entité, réserver une place

toute spéciale à l'enfant musulman dont la vie nous intéresse tout particulièrement, dont le sort nous préoccupe car nous voudrions pour lui un avenir heureux et son intégration complète dans la grande famille européenne. Tant que l'enfant musulman est attaché à la mamelle de sa mère, il s'avère généralement comme un fort bel enfant ; la mortalité à cette période, est faible, malgré le taudis dans lequel il vit, malgré même les tares familiales qu'il porte en lui. Dès la plus jeune seconde enfance, quelquefois dès l'âge de cinq ans, l'enfant algérien est happé par la rue. Là, en haillons et le ventre creux, la sélection se fait : ceux qui survivent font leur apprentissage de la vie, d'une drôle de vie. Là, la lutte pour la substance autour des poubelles, le vol, la brutalité, la vue de la déchéance humaine…. ceux qui sont scolarisés et qui constituent encore malheureusement une minorité, qui appartiennent à des familles organisées, souvent très modestes ou nécessiteuses, connaissent un autre fléau : la sous-alimentation, devenue catastrophique depuis la guerre. Ces années où l'on a manqué des aliments nécessaires, indispensables au développement normal des enfants. Beaucoup d'entre eux sont dans un état lamentable d'hygiène corporelle, beaucoup sont insuffisamment vêtus ou chaussés. L'hygiène alimentaire de ces enfants est déplorable par sa qualité et par sa quantité. 47 à 50% dans certaines écoles des quartiers populeux sont dans un état de déficience reconnue, 10% sont atteints de lésions tuberculeuses dépistées…Les enfants sont décalcifiés par manque de matières grasses et de chaux. Cette déficience causée par des privations, l'atmosphère de crainte, de peur, d'appréhension dans laquelle ont vécu ces enfants, déjà nerveusement prédisposés, en ont fait des déséquilibrés, des instables, des agités…On trouve naturel de faire partir un enfant à l'école pour la journée avec un morceau de pain, alors qu'en France la mère de famille s'arrange à en donner un peu plus, selon des traditions qui font qu'elle sait qu'il faut préparer un repas. Aussi, constatons-nous un accroissement inquiétant d'enfants retardés, arriérés. ".

Conclusion

L'examen du bac est impératif ! Dans le temps, le niveau des études était élevé car à la fin des études primaires, presque la moitié des enfants a redoublé. Dans le moyen, encore une autre moitié des élèves a redoublé. Seulement, un tiers d'une classe d'âge se présente au baccalauréat. Un dixième environ entame des études scientifiques. De nos jours, il y a l'élève de l'école publique et celui de l'école privée nationale ou à l'étranger. L'école privée a pris de l'ampleur où on sert surtout un bon déjeuner à midi. En général, ce déjeuner est préparé selon le «régime alimentaire» qui est constitué de calories, de protéines, de calcium et de fer. A l'école publique, ce n'est pas un grand nombre d'écoles, collèges et lycées qui servent à déjeuner.

* Universitaire

Références :

1. Evry Schaltzman. Pour une nouvelle pédagogie des sciences. Sciences & Vie, Education, ? 857, Février 1989, pp.40-44 et p.171.

2. Groupe algérien d'éducation nouvelle. La semaine de l'enseignement d'avril 1946.

Brochure documentaire, pp. 81-82.