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Le forgeron et la pièce de louis d'or

par Slemnia Bendaoud

Métal précieux et vraiment très coûteux, l'or tel un coq hardi bien appuyé sur ses ergots et imbu de sa personnalité, défie du haut de son juché escabeau tout son monde, puisqu'il surclasse l'argent, supplante toutes les vieilles monnaies, ayant toujours cours, et mène à sa guise toutes ces belles aventures, en prenant cette place privilégiée qui lui sied au tout premier rang de toutes les bourses financières, les plus connues de la planète.

Inattaquable, parce qu'inégalable, il reste qu'il descend néanmoins bien souvent de son très haut piédestal tout juste pour parer en beaux bijoux cette bien aimée demoiselle ou cette très riche dulcinée dans sa nuit de noces, l'accompagnantmajestueusement dans sa liesse, jusqu'aux fins fonds de sa toute nouvelle demeure conjugale. De l'or comme génial et très prisé décor, on ne peut trouver meilleure formule ou bien précieux apport! Pas même d'ailleurs un sérieux concurrent ou un quelconque substitut à ce tout petit génie qui fait plier à genou les géants de notre planète!

Au loin, scintillant au moindre contact avec les rayons de soleil, il est aussi clinquant qu'une toute récente limousine débarquant ‘'tout feu, tout flamme''et sur les chapeaux de roues, un jour de fête, dans une anonyme contrée.

Sous forme d'un très fourni chapelet garni de ses toutes petites monnaies, accrochées au coup de la princesse ou jeune mariée, ces éléments dorée de la parure marquent les grandes cérémonies, faisant la distinction de ses grandes héroïnes.

Couleur robe de lion à l'orée de la belle saison de l'été, il tient du terrible carnassier autant ce haut prestige des véritables rois de l'univers que l'image d'un grand fauve qui inspire le grand respect et la crainte inspirée ou démesurée des autres bêtes féroces à son égard, sentiments qui lui sont d'ailleurs à tout moment manifestés.

Compagnon de choix -et surtout dans la longue durée des temps très anciens-des dynasties des princes et des rois, il lui arrive parfois d'égailler les festivités de ces invités de la junte féminine du tout premier rang des mariages des gens biens nantis ou même ceux, très opportunistes, se prenant pour.

Mais le seul à bien mériter son majestueux décor est plutôt ce pur cheval de course qui met dans le vent tous ses concurrents, jusqu'à inspirer tous les rois de notre grand univers à bien initier,quelque en soient d'ailleurs les risques à prendre, leur progéniture à habilement le monter, tels de véritables cavaliers.

Les harnachant très souvent à coup de gros pognon mais aussi de lingots d'or fin, coulés en mèches de fils, afin d'en faire ces luxueux harnais que surplombe une selle de virtuel héros sur laquelle sera porté en triomphe,bien avant même le début de la course envisagée,le grand héritier du Trône.

Au vu de toutes ces grandes qualités avérées et autres remarquables prestations qui lui sont régulièrement louées, est donc venu le tour des femmes enceintes, de condition modeste ou mêmes celles voulant faire dans l'imitation surfaite ou exagérée, de baptiser leur future progéniture femelle de ces Louis d'Or, autrefois réservés aux seuls nantis de la cité.

C'est donc de cette philosophie de mirage qu'apparut ce prénom de Louisa que porte désormais Hanoun, le leader du parti des travailleurs (PT) et ses nombreuses semblables, tant en Algérie qu'au-delà des frontières du pays.

En de véritables pièces de Louis d'or, nos fillettes apprennent donc dès leur très jeune âge à mieux apprécier la valeur inestimable de ce métal précieux, porté par elles en véritable étendard au travers du prénom qu'elles arborent et chérissent par dessus tout.

Longtemps espéré, ce prénom de rêve se trouve être enfin réalisé ; il ne leur manquera plus qu'à bien le mériter, afin de tout le temps bien mieux le porter !

Mais quel est donc le rapport à faire avec ce forgeron pour ce métier d'orfèvres et de grands joaillers ? La proximité du forgeron fait-elle manifestement très peur à cette pièce de Louis d'or, au point de vraiment tout le temps la déranger ?

Comment donc en sommes-nous arrivés là ? Et que faire pour (r)envoyer l'un et l'autre dans leurs propres univers ?

Depuis la nuit des temps existait la forge, véritable antichambre de l'industrie moderne de nos jours, mais surtout pilier fondamental de la fonction aratoire d'antan. On l'y intègre très jeune pour y passer ensuite toute notre vie ou presque ! On y apprend aussi de tout, jusqu'à tout forger dans notre environnement ! Sinon, on nous considère vraiment bien loin de cet utile métier de forgeron. Ainsi fut donc conçu ce métier de forgeron qui bat à longueur de temps, sueur dégoulinant de son front,les manches retroussées,le visage tout le temps bariolé de la couleur propre au coke, le dur et très chaud fer, afin de le façonner et d'en faire toutes ces pièces d'usage, de rechange ou autres objets utiles aux moissons, aux labours, aux fenaisons, tailles, carottages, bêchages, etc…

Du métier de forgeron, ce monde d'autrefois et de jadis garde encore en mémoire cette rigueur dans le travail qui sied le mieux à un gars très robuste, bien solide, au corps valide, les triceps bien apparents et la taille d'une armoire à glace, tournant et retournant à l'envi ces bouts de fer ou pièces en acier, tout à l'heure chauffées à blanc, destinées à être battues manu militari entre le dur marteau et la très résistante enclume. Par contre, de celui très noble du joailler, aussi vieux qu'est le temps, nous n'en retenons que ces touches fines et expertes d'un artiste habile dans la conception de ces métaux précieux, souvent offerts comme présents, qui aiguaient et meublent notre quotidien et donnent du sens à notre vie.

A la place du marteau et de l'enclume, du charbon et du soufflet du premier, cette seconde profession utilise pour les besoins de son noble et prestigieux métier juste de fines limes, de toutes petites pinces, un minuscule chalumeau et autres menus outils ou objets de grande précision.

Les deux sont donc artisans, tout un chacun à sa propre façon, mais chacun d'eux garde jalousement son territoire de gloire, ses traditions, ses écarts et limites conventionnels avec les autres, ses petits secrets etancestrales habitudes ou grandes pirouettes liées au métier pratiqué.

Mais lorsque le forgeron se prénomme Ali et que la pièce de Louis d'or a pour nom Hanoun, là, les jeux se corsent un peu, dans la mesure où au moindre différend ou bénin incident, le premier brandit comme sérieuse menace très haut son épée fourchue ‘'produit maison'' en signe de défense légitime alors que le seconde opte carrément en faveur de sa proximité avec les hommes forts de la maison, forte de son influence sur son monde, en quête de cette protection à quémander auprès de ceux pour qui l'or et celles qui l'exhibent font partie de la grande famille.

Ces deux métiers que rien apparemment ne rassemble –n'était-ce ces touches magiques à différends degrés et formes des pièces crées ou relookées- se trouvent être par la force des choses malheureusement mêlés l'un à l'autre dans cet embrouillamini politique des plus inextricables.

Dans leur combat à distance, combat de coqs ou alors guerre de tranchées affranchies de tous ses nombreux interdits, Louisa et Ali font l'actualité politique en ces temps de vaches maigres d'une nation devenue incapable de pondre (produire) la bonne parole, à défaut de convaincre ses administrés. Ainsi donc, à ces dénonciations codées et à peine voilée d'Ali le forgeron faites publiquement via la presse nationale par Louisa la «bien aimée de tous», c'est plutôt cette réplique très sèche et bien lourde qui lui tombe tel un véritable couperet ou grande masse sur sa petite tête ornée de bijoux de grande cérémonie, traduite en cette injonction: «tais-toi !».

Dans ce langage à gage, il n'y a plutôt rien d'étonnant : le concept étant propre au forgeron, la menace qui l'accompagne tient beaucoup de la grande masse du très lourd marteau qu'il porte à la main comme arme de combat, telle cette plume exhibée par son adversaire, politicienne de vocation.

A l'heure des grands défis, chaque acteur fait usage de ses propres ou très convaincants arguments. Et le très solide ou tout prohibé marteau de celui-là ainsi la plume alerte ou fourchue de celle-ci, en font donc également partie.

Apparemment, ce bras de fer esquissé ou à dessein provoqué à distance n'aura vraiment jamais lieu, sachant que l'entrée en lice des forces en présence réduira considérablement la durée de leur combat pour le porter à sa plus simple expression et provoquera surtout le courroux de ces grands spectateurs, bien nombreux à scruter tous les horizons d'où parviendra ce coup fatal qui mettra un terme dès la montée sur scène de l'autre adversaire.

Dans l'absolue réalité du moment, Ali, le forgeron de par son nom, part déjà avec l'avantage de tous les pronostics et les faveurs de remporter sans la moindre peine son combat. Cependant, ce tout frêle Monsieur, qui porte à la main ce très lourd marteau dû à son supposé métier que véhicule déjà en filigrane son nom patronymique de forgeron, qu'il arbore en étendard identitaire, peut-il défaire la carrière politique de cette Dame dont le nom est moulé ou enjolivé dans de l'or, au point où elle se confond avec cette pièce dorée de grand prestige, sans avoir à provoquer toute une levée de boucliers de part de la junte féminine, habituée elle à faire toutes ces grandes vitrines de bijoutiers, à la recherche de cette toute petite pièce de Louis d'or qui leur procure tout le grand prestige dont jouissent leur renommée ? Et même s'il se mettrait donc à probablement y penser ou à s'y essayer, il risque, son marteau à la main levée très haut, prenant appui sur ses solides jambes, de complètement ou très lamentablement rater sa petite cible, rendue vraiment invisible au moment de la lourde et très sèche frappe qui lui est destinée.

La noblesse ayant toujours triomphé de la force physique de la nature, la pièce de Louis d'or en sortira grand vainqueur de ce combat virtuel et plutôt inégal !

Dans cette autre éventualité, il reste à savoir si la petite pièce que visait le coup du grand marteau était vraiment faite de ce tout précieux métal, pour mériter tout le prestige loué à cette grande gloire de faire dans le miracle d'échapper à cette terreur de la nature des hommes !?

Face à cette force impressionnante (en apparence) dont jouit celui qui lui brandit très sévèrement cette terreur du marteau (sa véritable hache de guerre !) qui est levé sur la tête de sa pauvre victime,en signe d'avertissement ou d'épée Damoclès, nous, observateurs de la scène politique nationale, qui prenons forcément ou souvent par compassion le parti des opprimés, non celui propre à Louisa Hanoun, mais plutôt celui cher à cette toute petite pièce de Louis d'or, dans la présente conjoncture, nous ne cessons encore de nous interroger sur son authenticité, réelle valeur ou véritable cours de change, à plus forte raison lorsque celui-ci dispose également de son « volet parallèle » astucieusement indexeà son argus très officiel !

Louisa Hanoun, cette modeste «prolétaire» de l'ère socialiste de l'Algérie des années soixante et soixante-dix du siècle dernier, cette trotskiste d'un communisme désormais révolu, se serait-elle, au passage, muée ou déguisée en cette très précieuse pièce de Louis d'or afin de vraiment tromper tout son monde à la ronde, en jouant à ce jeu des gens nantis qui prennent les citoyens Algériens pour de vulgaires abrutis ?

Aura-t-elle les coudées franches pour longtemps résister à cet argent sale qui refait à sa façon le monde de la politique, en nous imposant de force ses nouveaux valets qui nous dictent à coups de galéjades et de quolibets leurs nouvelles valeurs sociétales ?

Lorsque l'on est en net déphasage avec son temps, on perd forcément ce goût de l'aspect très clinquant du métal qu'on est censé arborer et auquel nous nous identifions ! il reste que pour nous remettre sur selle, il nous faut absolument faire un petit tour du côté du forgeron du coin, manière à nous de nous refaire cette obligatoire seconde virginité politique.

Mais attention: le forgeron ne rate pas si souvent son coup de marteau fatal lancé en direction de ses invités de marque !