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Le vol du hanneton

par Bouchan Hadj-Chikh

Je suis littéralement sidéré par cette joyeuse marche forcée d'une partie des faiseurs d'opinions - si tant est qu'ils le soient vraiment - en direction du «trou noir» galactique, le tout «économie de marché». 

Nous sommes attentifs au moindre chuchotement de la Banque Mondiale ou du Fonds Monétaire Internationale. Cerise sur le gâteau, sans consultation de la « représentation nationale », M. Ali Mokrani, directeur de la coopération avec l'Union Européenne au ministère des affaires étrangères, nous annonçait, le 21 Octobre dernier, que notre pays s'est engagé dans la coopération avec l'OTAN. L'accord, nous apprend-il, « est finalisé et paraphé par les membres de cette organisation… ce document qui servira de cadre juridique à la relation bilatérale avec l'OTAN contient un préambule qui souligne les principes directeurs de la politique étrangère et de défense de l'Algérie ainsi que la référence à la dimension stratégique du Dialogue méditerranéen de l'OTAN».

Ce dernier point servant à faire passer la pilule.

Nous voici donc engagé dans un dangereux processus.

Et ce n'est pas tout.

Apothéose dans cette démarche d'alignement, on nous l'assure - les mêmes voix s'en réjouissent -nous abriterons une annexe de l'Ecole Nationale d'Economie Industrielle, de Toulouse, que dirige le tout nouveau « Prix Nobel » d'Economie, M. Jean Triole – connu pour ses idées libérales –.

Ainsi, une génération de décideurs et d'entrepreneurs algériens sera formatée dans cette vision néo libérale.

Si cette dernière décision était bonne pour nous, que l'on nous produise donc les preuves de sa réussite à résoudre le marasme économique mondial ou, plus modestement, sa réussite à sauver la France engluée dans ses 2.000 milliards de dette extérieure et qui, pour boucler son budget, devra recourir à de nouveaux emprunts, autour de 160 milliards, nous dit-on.

Curieusement, me souffle-t-on, à toute crise financière ou économique mondiale, l'Académie, ou plutôt la Banque Suédoise qui a créé ce prix,maquillé de la prestigieuse appellation Nobel, nous a produit un économiste faisant intrusion, dans le cercle des penseurs d'un nouvel ordre, avec des théories « prêt à porter ». Comme ce fut le cas, en 1976, avec Milton Friedman. Le prix « Nobel » de cette année là avait développe des thèses qui furent à l'origine du désastre économique Chilien.

Des économistes se penchent sur le nouvel ordre mondial que l'Occident veut imposer à la planète entière – et qu'ils nous en indiquent toutes ses failles et les desseins prédateurs de ses promoteurs - notre retard à l'allumage, ici comme en beaucoup de choses, nous fait sauter dans le dernier wagon d'un train nommé «nulle part», entrainé par une locomotive à bout de souffle qui, entrainée par une sorte d'aspiration de la force « trou noir », donnera l'illusion de prendre de la vitesse.

Si l'on commençait par mettre toutes les cartes sur la table pour voir ce qui a été achevé et ce qui ne le fut pas, et pourquoi en a-t-il été ainsi ? Et si on nous disait pourquoi, il y a un temps, le département chargé de la planification était un secrétariat d'état sans envergure au lieu d'être un ministère d'état ? Et pourquoi la planification a été passée sous la trappe ? Et pourquoi, en rade d'Alger, quotidiennement, une trentaine de cargos attendent – comme naguère - de décharger leurs produits, nous facturant en dizaines de milliers de dollars/jours cette présence?

Nous ne produisons rien de nos mains, notre géni est en panne sèche, mais nous avons ouvert une bourse à Alger supposée donner les quotations des valeurs industrielles. Quelles valeurs ? Rien. Mais nous voulons entrer, par effraction, comme toujours, dans ce monde. Avec quels atouts ? Quelle philosophie du développement ? Nous continuons de penser que la baisse des revenus des hydrocarbures n'est pas dramatique. Croyons nous, ou nous fait-on croire que nous avons prise sur ce marché ? Ils n'oseraient pas. Parce que la sagesse africaine nous l'a enseigné, « quand les éléphants de battent dans la savane, ce sont les brindilles d'herbe qui souffrent le plus » ?

Qui sont les éléphants et qui sont les brindilles d'herbe ?

Nul ne nous a interdit de nous consulter pour mettre en place un modèle de développement singulier. La Chine en a produit un. On voit où ça l'a conduit. A la place de numéro un mondial. En maitre du monde. Dans une tout autre échelle, Cuba, modestement, je le répète, a réussià mettre en place un système singulier pour contrer le blocus. Malgré tout, elle survit. Et le monde, l'autre monde, bouge. Contre l'ordre mondial se dessinent de nouvelles alliances. Brésil, Afrique du sud, Inde, Chine et Russie. Contre le dollar, des échanges entre des puissances industrielles se font, en grande partie, en monnaie nationale.

La Chine, toujours, et vingt autres pays ont signé, le 24 octobre, un protocole d'accord visant à créer « une banque régionale spécialisée dans le financement des infrastructures. Elle est conçue comme une alternative à la Banque mondiale », nous précise-t-on.L'Inde, Singapour, le Kazakhstan, le Pakistan, le Vietnam et le Qatar (qui se place, on ne sait jamais) figurent parmi les 21 pays signataires de l'accord. Naturellement le Japon, le principal concurrent de la Chine dans la région, ne fait pas partie de la fournée. Ni l'Australie, l'Indonésie et la Corée du Sud, pour des raisons de choix politiques évidents. Cette banque sera, comme la précédente création, dotée de 50 milliards de dollars. Son siège, Pékin.

Pour avoir émis l'idée d'abandonner le dollar pour l'euro ou un panier de devises, Sadam Hussein et MoammarKaddafi l'ont payé de leur vie. Alors ?

Et nous dans tout cela ?

Hé bien nous, nous regardons vers l'Université de Toulouse pour former les cadres du « trop tard ». Et nous nous disons disposés à faire de la réunion de la prochaine commission algéro-française une pierre blanche pour de nouvelles relations – ce que l'on nous sérine depuis 1963, et nous continuons de le croire -. Nous sommes également attentif aux propos de l'ambassadeur français en visite à Oran, qui assurait que son pays a pour ambition de prendre la place de premier fournisseur de l'Algérie.Mais pas de premier client, notez le bien. Une coopération à sens unique, si cela pouvait être possible.

La prochaine réunion du comité mixte économique franco-algérien (COMEFA), le 10 novembre à Oran en sera le cadre. Elle sera suivie de la convocation du comité intergouvernemental de haut niveau (CIHN) en décembre prochain à Paris - qui sera présidée par les Premiers ministres des deux pays –. Ce sera la voûte de l'édifice a assuré l'ambassadeur de France à Alger, M.Bernard Emié.

Tout cela dit dans un langage flatteur. Pour nous fait croire, à nous les hannetons, que nous pouvons survoler la cordillère des Andes. Que nous sommes des condors. Que nos élytres sont, en fait, des ailes.

Entre temps - mais dans quel dessein ? - un trader américain estvenu jouer les empêcheurs de tourner en rond pour mettre en garde, sans mâcher ses mots,qu'il n'y a plus rien à tirer de ce pays. David Einhorn, PDG du fonds Greenlight, estime même que la situation économique de la France devrait pousser les financiers mondiaux à spéculer à la baisse sur les obligations françaises.

Au moment où ce pays se tourne vers nous.

Est-il qualifié pour avancer cela ?

Peut-être bien. C'est lui, en tous cas,qui anticipa la faillite de Lehman Brothers. Dès 2007. Et ceux qui n'ont pas pris ses avertissements au sérieux ont perdu des plumes.

Alors ?