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Ces oubliés de la Grande Guerre 1914 - 1918 : les combattants algériens

par Rahal Redouane *

Le gouvernement français a commémoré cette année le Premier Centenaire de la Première Guerre mondiale de 1914 - 1918.

A cette fin, divers médias (Journaux - Hebdomadaires - Revues- Radios et Télévisions) ont diffusé déjà des numéros spéciaux ou des reportages sur cette guerre qui a touché sur le plan planétaire de nombreux pays indépendants ou colonisés. Des historiens publient également des ouvrages, plus de 100 sur le sujet, certains font allusion à l'apport des coloniaux dans l'armée française mais sans détailler leur origine et leur nombre surtout s'agissant des conscrits algériens engagés durant ce conflit, mondial à juste titre, pour la première fois dans l'histoire.

En effet, l'apport de ces conscrits durant la 1ère Guerre mondiale a été longtemps occulté même après la fin du conflit. Les historiens de l'époque en faisaient de brèves allusions mais sans mentionner leur importance.

D'ailleurs l'administration coloniale de l'époque à Alger et le gouvernement français lui-même n'ont jamais indiqué d'une part ni le nombre des algériens engagés dans ce conflit ni d'autre part, par voie de conséquence, celui des morts et blessés. C'était le mutisme généralisé voulu et entretenu. Ce n'est que bien après l'indépendance de l'Algérie que des historiens lucides et objectifs tels que feu Charles André Agéron ou Gilbert Meyenier ont pu dévoiler leur nombre, bien qu'approximatif, en signalant toutefois que dans les archives historiques de l'armée française, des cartons relatifs à cet apport des « indigènes algériens » sont supposés manquants peut-être à mon avis, relevant du Secret - Défense, pour diverses considérations politiques, dont le nombre réel des morts.

En réalité ce non-dévoilement est lié au poids des colons d'Algérie qui se sont opposés dès le début et comme toujours au recrutement des Algériens musulmans dans l'armée française de peur d'être privés d'une main-d'œuvre à très bon marché et, surtout, aussi la crainte que les indigènes algériens apprennent à manier les armes modernes.

De plus, une crainte entretenue, sous-jacente chez les Européens et les colons d'Algérie qui se déchaînaient chaque fois qu'il était question de recrutement des Algériens musulmans par/et dans l'armée française, était résumée par cette opinion bien répandue à l'époque publiée par le quotidien « La dépêche algérienne » du 5 novembre 1907 en des termes crus, racistes et xénophobes « Vous allez apprendre à tous les bicots à manier le fusil…on en fera des déracinés, de la graine des pillards et d'assassins…(sic) ».

Or, depuis l'acte général de la Conférence de Berlin du 15/2/1885 sur le partage de l'Afrique entre pays européens et la réunion d'Algésiras (Espagne) de 1905 sur le sort du Maroc, dont certaines villes étaient déjà occupées par la France depuis 1904, le gouvernement de ce pays a été contraint de faire appel aux conscrits algériens. De plus, les prémices d'un futur conflit France - Allemagne étaient en l'air depuis 1910. Enfin et surtout c'est pour préserver le maximum du sang des Français, sur les différents fronts, que l'administration militaire française décida malgré elle du recrutement des Algériens et ce par voie d'appel obligatoire ou d'engagement volontaire malgré les réticences des populations algériennes musulmanes à la veille de la 1ère Guerre mondiale.

L'importance de cette participation n'a jamais été détaillée ou rendue publique par les historiens français qui avançaient des chiffres oscillant entre 80.000 et 120.000 conscrits, alors que l'administration coloniale n'a jamais communiqué aucun chiffre. Mais dans son livre « Le Jeune Algérien » publié en 1930, Ferhat Abbas signalait que la conscription avait donné à la France une armée de 250.000 hommes qui laissa 80.000 morts durant la 1ère Guerre mondiale.

De plus, ce qui est occulté très souvent c'est le nombre des blessés et des soldats démobilisés atteints par la tuberculose contractée sur les différents fronts d'opérations militaires. C'est pour encadrer ces nombreux démobilisés que l'administration coloniale française créa en Algérie, ces officines appelées « Dar-El-Assakri » pour soi-disant leur faciliter la préparation de leurs dossiers de pensions, dérisoires en vérité mais en réalité pour les orienter psychologiquement et politiquement. L'administration craignant que du fait de leur séjour en Europe, ils n'aient acquis certaines idées dérangeantes en réclamant des droits reconnus déjà aux Européens - pieds-noirs originaires du pourtour de la Méditerranée.

Ce qui est certain c'est que l'apport des conscrits algériens musulmans durant la 1ère Guerre mondiale a été immense et conséquent. En France, dans la région « Alsace - Lorraine » il existe des cimetières de plusieurs hectares uniquement de tombes d'Algériens morts durant ce conflit. Ces morts qui ont contribué à la libération de la France, face aux troupes allemandes très aguerries, ne doivent pas être ni ignorés ni occultés. Ce n'est pas un tabou de le signaler car, pour la survie de la liberté et de l'émancipation des hommes, l'Algérie a contribué à travers ses conscrits à leur épanouissement. C'est à son bonheur de le dire et de le clamer haut et fort. Elle le fera dignement pour elle-même le 1er Novembre 1954 pour aboutir à l'Indépendance en 1962 malgré toutes les entraves du colonialisme.

* Avocat - Oran