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Le négoce du mouton bat son plein : Des transactions au noir en attendant une «fetwa»

par Abdelkrim Zerzouri

La fièvre aphteuse fait monter la température dans le milieu des maquignons. Tant des nouvelles annoncent un Aïd El Adha, très particulier, faisant craindre le pire sur les gros intérêts générés, à l'occasion, par le marché du mouton. Les revenus des éleveurs qui, pour la plupart d'entre eux, attendent ce rendez-vous de l'Aïd El Adha, pour cueillir les fruits de toute une année de labeur, sont mis sous caution de plusieurs facteurs, dont l'ouverture des marchés à bestiaux. Le mouton du sacrifice, à l'ombre d'une fièvre aphteuse qui menace, sérieusement, le cheptel ovin, se trouve objet de toutes les arguties et toutes les conjectures. A commencer par son prix, qui subit, de plein fouet, les effets d'un marché qui a tendance à s'enfoncer dans les transactions au noir. « Les marchés sont fermés, mais le négoce du mouton bat son plein », nous a confié un maquignon. Ce dernier nous apprendra que les bergeries, appelées en langage commun aux maquignons « z'riba », font office de marché ouvert où tout se vend et s'achète. Les éleveurs des régions réputées à vocation agricole, et qui approvisionnent, généralement, les marchés du nord du pays, sont directement sollicités par les acheteurs. Ces derniers répondent, favorablement, à la demande, à cause du manque d'opportunités pour écouler leur marchandise dans ce climat de sévère contrôle dans les déplacements du cheptel, vitaux pour les échanges commerciaux. « Ils ne peuvent que répondre, positivement, à la demande de clients qui achètent en gros, et qui les déchargent, ainsi, de toute contrainte imposée par le dispositif sanitaire, dans le cadre de la déclaration de la fièvre aphteuse », a-t-on laissé entendre. Des déplacements de maquignons vers le Sud, gros pourvoyeur de moutons, en pareille période, sont d'ores et déjà, signalés, voire des marchés déjà conclus entre éleveurs et maquignons. Le prix est très élevé, relativement, à l'année dernière, estiment différents interlocuteurs, précisant que certains ont payé 35.000 DA, la tête de mouton au prix du marché de gros, ce qui laisse entrevoir une petite idée sur le prix au détail, qui ne peut descendre en-deçà de 45.000 DA. C'est le prix à débourser pour le sacrifice d'un mouton moyen, pour ne pas dire très léger au poids. Le mouton n'est pas touché par la fièvre aphteuse, mais des mesures de précautions l'incluent dans le dispositif de lutte contre la propagation de l'épizootie et mis en place par les pouvoirs publics. Mais, de toute évidence, rien ne peut arrêter les ménages dans l'accomplissement des rites de l'Aïd El Adha. En pleine crise de fièvre aphteuse, peu de consommateurs se sont détournés des viandes rouges, qui continuent à s'écouler comme si de rien n'était, même les étals des bouchers clandestins demeurent très prisés. Pourtant l'origine de la viande est, difficilement, contrôlable, pouvant provenir d'abattage de vaches touchées par la fièvre aphteuse. C'est que tout le monde sait que la maladie est loin de se répercuter sur la santé humaine et que la viande reste, donc, toujours consommable. En tout cas, il est très difficile d'arriver à une prise de conscience collective, selon des aveux largement partagés. A commencer par les éleveurs eux-mêmes, qui ne font confiance qu'à leurs instincts et aux conseils que leur recommandent des « connaisseurs » sans titres, ni diplômes. « Vous savez pourquoi la fièvre aphteuse s'est propagée sur une grande échelle, d'Est en Ouest, en un laps de temps, relativement, très court ? C'est parce que éleveurs et vétérinaire entretiennent des relations exécrables », avoue un ancien vétérinaire. « Tant qu'on continue à cacher les cas atteints de fièvre aphteuse, tant qu'on continue à voir le vétérinaire comme quelqu'un qui vient juste piquer des sous, tant qu'on croit encore à la médecine traditionnelle pratiquée par ouï-dire, on parviendra, difficilement, à maîtriser la propagation des foyers de la fièvre aphteuse », ajoutera-t-il. D'où le risque de voir cette épidémie de fièvre aphteuse durer, plus loin encore que le mois d'octobre. Donc, la probabilité d'ouvrir les marchés à bestiaux, avant l'Aïd El Adha est très réduite, estiment des vétérinaires. Et au bout de la chaîne, on trouvera, inéluctablement, les dindons de la farce à la recherche désespérée d'un mouton à sacrifier. A moins d'une ‘fetwa' du ministère des Affaires religieuses et des Waqfs qui viendrait conforter le choix, admis sur le plan religieux, d'un report du sacrifice du mouton pour la fête de l'Achoura, fièvre aphteuse oblige.