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L'Itinéraire historique de l'Algérie, pourquoi l'alternance politique est inéluctable?

par Medjdoub Hamed



2ème partie

Le 30 janvier 1994, Le Haut Comité d'Etat est dissous, et Liamine Zéroual est désigné Chef d'Etat. En 1995, alors que le conflit s'étend pratiquement à toutes les régions d'Algérie, les pressions diplomatiques internationales, à travers la Plate-forme de Sant 'Egidio, à Rome, cherche à évincer l'armée et les forces vives de la nation de la lutte contre le terrorisme et d'une certaine façon à vouloir internationaliser le conflit. Donc créer un droit d'ingérence. Et auquel répondent rapidement les institutions de l'Etat qui organisent, en juin 1995, une élection présidentielle. Liamine Zéroual est élu président de la République avec plus de 60% de voix pour son élection qui a mobilisé massivement le peuple algérien. Zéroual symbolisé pour le peuple la «lutte pour la paix». Homme de dialogue, il a tout fait pour concilier «éradicateurs» et «réconciliateurs» et amener les «dirigeants islamistes» à choisir le chemin de la raison, de la sagesse. Malgré le sang versé, là encore le «Tribunal de l'Histoire» a tranché. Les islamistes des maquis ont commencé à déposer les armes, comprenant que leur guerre contre le peuple algérien est vouée à l'échec, et que leur seule voie est le «repentir» pour profiter de la «Rahma».

En 1998, l'Algérie commençait à sortir de cette «guerre sans nom». Evidemment, les pressions et les ingérences internationales de toutes parts ont tenté de plier le pouvoir algérien, mais ce pouvoir fortement ancré dans le peuple, et même ceux qui ont voté pour le FIS ont compris jusqu'où serait allé le FIS s'il avait pris le pouvoir. Et comme, on l'a dit, il y a un «Tribunal de l'Histoire» au-dessus des hommes. Et que rien ne vient sans lui, ni les pressions ni les hordes sanguinaires ne pourront plier le peuple. Et c'est cela qu'il faut souligner dans cette dure épreuve que l'Algérie a vécue et qui a fait des milliers de victimes et de martyrs.

4. DU FMI A ABDELAZIZ BOUTEFLIKA

«Un autre acteur a joué un rôle majeur dans la décennie noire, en Algérie».

Il faut rappeler qu'à partir de 1986, et le contrechoc pétrolier qui a suivi, auquel il faut ajouter les détournements de milliards de dollars vers l'étranger, durant la décennie 1990 – on a fait état de 50 milliards de dollars qui a disparu de l'Algérie et se trouve logé dans des banques étrangères et off shore – l'économie algérienne était depuis cette date en chute libre. Le dinar allait de dévaluation en dévaluation. En 1985, le taux de change du dinar algérien était supérieur au franc français. Un dollar valait 10 franc français et, en dinars, 4,85 DA. Un dinar se changeait pratiquement pour deux franc français.

A partir de 1986, les recettes pétrolières diminuant comme peau ce chagrin (chute du prix du pétrole et du dollar due au contrechoc pétrolier)), l'Etat algérien via la Banque centrale s'en est allé allègrement avec la «planche à billet» pour financer l'économie nationale et s'endetter en devises fortes pour les équipements et les produits de première nécessité importés de l'étranger. Se rappeler la crise de la semoule qui a donné le 5 octobre 1988, le rationnement du café, de l'huile, etc. qui souvent été donnés en dessous de table, dans les magasins d'Etat.

C'est ainsi que le dinar algérien s'est dévalué fortement, passant de 4,85 DA/US$ en 1985 à 22 DA/US$ fin 1991. Sous la direction du FMI dans le cadre du Plan d'Ajustement Structurel (PAS) imposé à l'Algérie, le dinar a été dévalué de 40,17%, le 10 avril 1994 à 00h00. Contre évidemment le rééchelonnement de la dette et une aide financière du FMI. Les clubs de Rome et de Paris étant fermés pour l'Algérie qui était insolvable (cessation de paiement).

Des milliers d'entreprises économiques étatiques dans le cadre du PAS étaient soit fermées soit privatisés par des repreneurs pour un dinar symbolique. Plus de 400 000 salariés remerciés, entraînant une paupérisation du peuple et un gonflement du chômage. Des milliers de vente d'équipements des patrimoines d'usines de l'Etat ou de structures de distribution mis aux enchères par les commissaires-priseurs et les études notariales. L'Algérie a vécu un double choc, économique et terroriste.

Il est évident que la loi de la «Rahma» promulguée par Liamine Zéroual n'allait pas suffire, surtout en 1998, année qui vit une crise économique systémique majeure après celle de 1997. La crise asiatique de 1997 qui a frappé l'Asie s'est étendue à l'Amérique du Sud et à la Russie. Forcément, l'Algérie sera touchée. Le pétrole fin 1998 a touché le fond, 10 dollars le baril. Tous les efforts pour rétablir la paix risquaient d'être balayés par la chute des cours pétroliers s'ils s'avéraient durables. L'accord stand by conclu, en 1994, avec le FMI avait déjà eu des conséquences catastrophiques sur l'économie algérienne. L'Algérie ne pouvait pas supporter pas un autre «Programme d'Ajustement structurel» en échange d'une aide financière. Il y avait une véritable panique au plus haut sommet de l'Etat.

La dissolution de milliers d'entreprises nationales, la mise au chômage de centaines de milliers de travailleurs Algériens, la dévaluation du dinar, etc., étaient encore dans les esprits. Par conséquent une crise économique supplémentaire risquait mettre de nouveau l'Algérie à genoux. Et cette situation économique grave, à l'époque, était peu perçue par l'opinion publique parce que diluée par les problèmes de lutte antiterroriste et de conflits au plus haut sommet de l'Etat.

On comprend dès lors le stress des décideurs algériens et l'absence de riposte contre une situation à laquelle les plus hautes instances se trouvaient désarmées. Les tensions au sommet étaient évidemment «naturelles». Et c'est là qu'entre la carte de «Bouteflika qui était censé être le sauveur de l'Algérie». Déjà, en 1994, lors du stand by avec le FMI, Bouteflika a été sollicité pour la présidence de la République, mais celui-ci, mettant la barre haute (conditions inacceptables par les décideurs) n'a pas été retenu. Et on comprend pourquoi ses conditions ne pouvaient être retenues. Il y a parfois «des instances qui sont une âme pour un peuple», et que même un président ne peut en avoir l'entière responsabilité. Et la même situation se représentait en 1999, sauf que «la lutte antiterroriste a été pratiquement résolue par le président Zéroual».

Homme politique très introduit dans les pays monarchiques, le choix sur sa personne était acquit, «Bouteflika devenait l homme providentiel» puisqu'il devait apporter les capitaux nécessaires à l'Algérie des pétromonarchies arabes. Quant à la «Rahma» entamé par son prédécesseur, il devait la consolider.

5.LE PREMIER MANDAT PRESIDENTIEL DE ABDELAZIZ BOUTEFLIKA

C'est ainsi que le président Bouteflika a accédé, le 27 avril 1999, à la magistrature suprême. On comprend pourquoi le désistement des six candidats aux élections présidentielles n'a pas influé sur la marche de l'Histoire algérienne. Une nécessité historique qui dépassait le caractère démocratique des élections. Il serait plus juste de dire une « herméneutique » de l'histoire, dans le sens qu'il y a des événements qui dépasse les hommes. Ceci pour dire que ce ne sont pas les problèmes et les conflits au sein du sérail politique algérien, même s'ils y ont joué, mais la situation économique et financière grave qui a commandé l'arrivée de Bouteflika à la présidence. L'Algérie pour ainsi dire faisait face à elle-même et à l'Histoire, comme d'ailleurs aujourd'hui, en ce post-17 avril 2014 qui voit une crise politique se profiler avec «la grave maladie du président et le quatrième mandat».

C'est ainsi qu'il faut rappeler que si, avec la crise systémique de 1997-1998, l'Algérie rééchelonnait une troisième fois, les conditionnalités seraient plus dures. On parlait d'hypothéquer la moitié des grands gisements pétroliers sahariens, ce qui serait une catastrophe pour l'Algérie. Mais la bonne étoile veillait sur le peuple algérien. «Les cours du pétrole ont commencé à monter à partir de l'été 1999», il passe de 10 dollars à 14 dollars le baril en juillet-août. En septembre 2000, le cours du baril de pétrole atteint 36 dollars le baril. Une « hausse providentielle » ou la bonne étoile de Bouteflika ?

Pour ce qui est des capitaux censés venir des pays monarchiques du Levant, l'Algérie en fait n'a pas ou peu bénéficié de ces capitaux. On peut même parier que si les cours du pétrole n'avaient pas progressé, les aides des riches pays arabes n'auraient certainement pas joué comme l'auraient espéré les plus hautes instances politiques algériennes. Pour la simple raison qu'il était nécessaire pour les pétromonarchies arabes « d'annihiler l'aura révolutionnaire du peuple algérien », et dont le régime républicain constituait un danger certain pour les régimes monarchiques arabes. Par conséquent, si les cours pétroliers ne s'étaient pas redressés et les capitaux arabes octroyés à l'Algérie au compte-goutte, il était peu vraisemblable que le président Bouteflika aurait apporté ce dont il était attendu de lui. L'Algérie, affaiblie par une décennie 1990 de terrorisme, serait retombée de nouveau dans une «crise déjà planifiée et bien plus grave.»

Donc, sans redressement des cours pétroliers, une situation économique et financière aggravée, les pétromonarchies ayant fait faux pas au deal attendu, le peuple algérien, sans alternative, aurait continué à poursuivre le combat contre les forces hostiles à l'Algérie. Et c'est là encore le «Tribunal de l'Histoire» qui a décidé autrement, la manne providentielle a permis à l'Algérie de sortir progressivement de la crise politique et économique et financière, et que la politique porteuse du président Bouteflika dans la «Concorde nationale » en droite ligne de la «Rahma» de Liamine Zéroual a confortée.

Dès 2003, la situation géopolitique et géostratégique du monde arabo-musulman s'est gravement détériorée, après les attentats du 11 septembre 2001 qui ont changé complètement les donnes mondiales. Les États-Unis, partis en guerre contre le terrorisme international, ont nommément ciblé le monde arabo-musulman. L'Afghanistan est envahi en novembre 2001, l'Irak en avril 2003. L'Iran est désormais menacé aussi d'invasion ou d'attaques préventives suite à la découverte du programme secret d'enrichissement nucléaire. Grâce à l'occupation rapide de l'Afghanistan et de l'Irak, les États-Unis se sentaient déjà en force de dessiner le monde arabo-musulman au grand bonheur de ses alliés notamment d'Israël, qui mena durant les opérations anglo-américaines, une forte pression militaire sur les fédayins palestiniens dans les Territoires occupés.

La Libye, la première, chercha les bonnes grâces de la première puissance mondiale. Le 13 août 2003, la Libye versa 2,7 milliards de dollars d'indemnités aux familles des victimes de l'attentat de Lockerbie et reconnaît sa responsabilité civile dans l'attentat. De son côté la France exigea préalablement le versement d'« indemnités équitables » aux familles des victimes de l'attentat contre le DC-10 d'U.T.A, qu'elle obtient le 11 septembre, amenant le Conseil de sécurité de l'O.N.U. à voter la levée des sanctions contre la Libye. Et surtout l'idée du Grand-Moyen-Orient qui mit en émoi toute la classe politique maghrébine, proche et moyen-orientale. Les Arabes, affaiblis, visées par la nouvelle politique hégémonique américaine, n'ayant aucun recours, l'Union soviétique a cessé d'existe, la Chine convertie en économie de marché ne pourrait être qu'un hypothétique rempart puisqu'elle-même est dépendante de l'économie américaine. Les pays arabes, en 2004, ne pouvaient qu'obtempérer aux desiderata de la superpuissance.

C'est ainsi que la « reconduction du président Bouteflika, qui était bien vu des Américains, devenait, le 8 avril 2004, une nécessité ». Le régime politique cherchait avant tout la sécurité.

6. LE DEUXIEME ET TROISIEME MANDAT PRESIDENTIEL DE ABDELAZIZ BOUTEFLIKA

La politique du président, au cours du deuxième mandat, sur la « concorde nationale » s'est encore renforcée grâce à la hausse spectaculaire des cours pétroliers qui a contribué à payer les indemnités des pertes humaines aux centaines de milliers de familles victimes du terrorisme. L'Algérie est réellement entrée dans une croissance économique qu'elle n'a pas connue depuis les années 1980. Les cours du pétrole ont atteint des sommets inconnus jusque-là.

En 2009, la situation économique s'est nettement améliorée. L'Algérie est devenue un véritable chantier à ciel ouvert. Le président a apporté avec lui la richesse, n'en déplaise les pétromonarchies qui ont vu et voient encore aujourd'hui un pays qui porte de l'ombre à leurs régimes politiques. L'Algérie, qu'on l'accepte ou non, est devenu un ilot de stabilité où il fait bon de vivre, n'en déplaise ceux qui n'aiment pas l'Algérie. Y compris les nationaux qui n'ont pas compris leur pays. Et aujourd'hui, la stabilité est telle qu'elle donne des ailes à la jeunesse qui cherche à prendre en main ses destinées. Ce qui est très positif en soi, mais ce n'est pas si simple que cela. L'Algérie évolue dans un monde mouvant et, qu'à la moindre inattention, elle risque d'en payer chèrement les frais.

En deux mandats 1999-2009, les réalisations nationales sont immenses. L'Autoroute Est-Ouest de 1500 kms, des autoroutes construites entre villes. On parle d'un million ou deux millions de logements construits, mais il est plus juste de parler de centaines de milliers de logements, ce qui est déjà considérable. Il faudrait mentionner aussi les centaines de milliers de voitures, là encore, il faudrait parler de millions de véhicules (légers, lourds, engins, etc.) importés. Plusieurs centrales électriques de plusieurs milliers de mégawatts réalisés. Des barrages, des écoles, des lycées, des universités, des hôpitaux dans plusieurs départements, le métro d'Alger en service, des tramways dans les grandes villes d'Algérie, des centaines de trémies, es édifices de portée internationale pour conférences, et tant de réalisations qui ont demandé des sommes astronomiques.

Le remboursement de presque la quasi-totalité de la dette publique est considérable. Et enfin le pactole aujourd'hui de 200 milliards de réserves de change. Mais là, pour être honnête, n'en déplaise ceux qui à tort n'aiment pas les forces de sécurité de la Défense nationale qui sont garantes à la fois de la stabilité et de la sécurité de l'Algérie. Et ce sont services du DRS/MDN (Services de sécurité de l'Algérie) qui ont, par leur vigilance et leur contrôle, «su préserver et assurer la sécurité des réserves de change qui se montent aujourd'hui à plus de 200 milliards de dollars » dont l'Algérie dispose aujourd'hui.

Si le DRS avait été disloqué comme il le fut du temps de Chadli, parce qu'il veillait à la sécurité, il est à parier que l'Algérie aurait eu, aujourd'hui, moins de 50 milliards de dollars de réserves de changes.

«Trois-quarts de ce pactole aurait été détournés par des mains inconscientes, frauduleuses et malveillantes au détriment du peuple algérien». Et on n'aurait pas remboursé la moitié de la dette algérienne. On comprend pourquoi le DRS n'est pas aimé par de nombreux politiques civils algériens. Ces politiques auraient aimé que le DRS soit complice avec eux dans leurs agissements pour «s'octroyer des châteaux à l'étranger». Et ce sont ces réserves de changes qui ont d'ailleurs permis d'assurer les différentes augmentation des salaires aux personnels de la fonction publique face à la hausse des prix, et aux formidables réalisations économiques en Algérie, durant le mandat de Bouteflika. Ce qui a permis la «paix sociale». Ceci étant, il reste que le président Abdelaziz Bouteflika est tombé gravement malade durant le troisième mandat. S'étant représenté pour un quatrième mandat, il est libre de le faire puisque tel est son choix. Cependant, on ne peut dire que ce sont des personnalités qui l'ont exhorté pour l'intérêt de l'Algérie, et combien même cela a joué dans la décision du président de se présenter, le peuple algérien néanmoins est mûr même s'il ne l'exprime pas, et ne peut dépendre d'aucun homme «sauveur» pour la simple raison qu'il attend pour voir.

Aussi doit-on souligner que les élections du 17 avril 2014 revêtent un caractère particulier, d'abord par la maladie du président qui est réellement invalidante pour un président dans sa fonction, surtout aujourd'hui, en période de troubles. Non seulement avec le «Printemps arabe» mais aussi avec une économie mondiale qui ne rassure pas. Et on ne peut croire qu'il n'y a pas de menace qui pèse sur l'Algérie, même avec les 200 milliards de réserves de changes et un cours élevé du cours du baril de pétrole. En réalité, tout n'est pas acquis.

A suivre