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Paris a versé 20 à 25 millions d'euros pour 4 otages au Sahel - La doctrine du non-paiement de rançons de Hollande: du Flamby !

par Salem Ferdi



Quatre Français détenus au Sahel ont été libérés et ont retrouvé les leurs mercredi à Paris. Cette libération a eu un prix : entre 20 et 25 millions d'euros. Dans le niveau «standard» du prix d'un otage occidental qui s'est monnayé, ces dernières années, entre 5 et 6 millions d'euros.

 Le gouvernement français, qui aimerait bien qu'on ne parle que de la joie des familles, a, sans surprise, nié tout versement de rançon. Officiellement, on ne déroge pas à la «doctrine» Hollande de non-versement des rançons. Mais comme dans le passé, le démenti formel ne masque même pas la formule «triangulaire» classique où des «amis» parmi les Etats et les notables de la région prennent en charge la négociation et le paiement. Par «humanité». L'Etat français se contentant de remercier les responsables du Niger, tout en affirmant qu'il n'a pas donné un sou? Mieux, selon le Monde, on ne serait même pas dans cette relation «triangulaire», ce sont des agents de la DGSE qui ont remis directement l'argent à la délégation de Touaregs qui s'est chargée d'aller ramener les otages français. «Selon une source française connaissant les détails de cette opération, des membres de la DGSE ont remis aux membres du convoi, la veille de leur départ de Kidal, la «contrepartie» à la libération des otages, «plus d'une vingtaine de millions d'euros», écrit le journal dans un article intitulé : «Otages d'Arlit : les dessous d'une libération». Cette libération contre rançon a été le fruit de plusieurs mois de négociations et l'échange s'est déroulé dans des conditions qui évitent aux ravisseurs d'être «dronés» une fois les otages libérés. Au centre du jeu, Mohamed Akotey, homme de confiance du président du Niger et président du conseil d'administration de la filiale Niger d'Areva et «intermédiaire» connu des djihadistes. Qui dit «intermédiaire» dit paiement. Selon le Monde, Pierre Bajolet, directeur de la DGSE (et ex-ambassadeur à Alger) qui voulait s'en tenir à la doctrine du non-paiement a été court-circuité par le président du Niger, Mahamadou Issoufou.

Celui-ci a appelé directement François Hollande pour lui signifier que les otages peuvent être libérés mais qu'il faut payer. Le président français aurait donné son accord contredisant, lui-même, la «doctrine» de non-paiement annoncée directement aux familles des otages en 2012.

LE RETOUR D'AG GHALY

Une fois cet accord présidentiel obtenu, les tractations vont se mener entre Touaregs. Il y a bien sûr le M. Otage du président du Niger, Mohamed Akotey, et en face des djihadistes touaregs dont le chef n'est autre que le fameux Iyad Ag Ghaly. Ce serait des djihadistes touaregs d'Ansar Eddine qui ont pris en main les otages après la mort d'Abou Zeid. Ag Ghaly aurait personnellement donné son aval à la libération des otages? En contrepartie, le budget de ce chef rebelle targui, que l'on croyait perdu, prend de la consistance. Ce n'est pas la première fois que la «doctrine Hollande» fond au soleil sahélien comme un yaourt Flamby. En avril dernier, entre cinq et sept millions de dollars ont été versés et 16 membres du groupe Boko Haram ont été libérés en contrepartie de la libération des sept membres de la famille française Moulin-Fournier. Officiellement, la France n'a pas versé de rançon?, mais une rançon avait bien été versée. Probablement via le président camerounais Paul Biya et avec l'assentiment du Nigeria.  Aujourd'hui, les mêmes démentis sont assenés par les autorités françaises. La France «n'a pas changé» sa politique, a insisté mercredi la porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem. Il s'agit de sauver la doctrine de non-paiement de rançons aux preneurs d'otages énoncée solennellement en 2012. «Notre politique est constante en la matière. Nous n'avons pas changé de politique à l'égard des rançons», a affirmé Mme Vallaud-Belkacem, tandis que l'Elysée réaffirmait que «la France ne verse pas de rançons». En réalité, personne ne peut croire que les otages détenus au Sahel puissent être libérés sans aucune contrepartie. La doctrine de non-paiement des rançons peut continuer à être la «ligne officielle», mais cela n'empêche pas que des tractations se mènent. Et que l'argent circule. 20 à 25 millions d'euros, ce n'est pas rien alors que le marché des armes est ouvert en Libye !