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Bienfaits du verbe, vertu du silence… !

par Slemnia Bendaoud

Bien nombreuses étaient ces anciennes personnalités souvent tant respectées juste avant de s'être publiquement affichées, communiquant enfin avec leur univers. Pour beaucoup de monde, le mieux pour ces derniers aurait été de garder encore ce silence, complice, factice ou hypocrite, marquant leur longue et désirée absence de la scène politique ou médiatique !

Se garder de prononcer le moindre mot afin d'éviter la risée déchainée de tout un monde alentour. Pour eux, le silence aurait été vraiment fait ou enjolivé de cet apparat bien clinquant propre au métal précieux. Renouer avec le verbe serait donc subordonné à la mise en œuvre de cet adverbe de temps et de circonstance bien superbe afin d'éviter d'écorcher certaines sensibilités ou de remettre encore sur le tapis des questions qui fâchent encore, puisque restées toujours en suspens ou d'actualité !

Et tant pis pour nous, pauvres malheureux qui les jalouseront, pour n'avoir qu'à hériter de ces bribes, miettes, débris, oublis et prébendes qu'ils nous jetteront à la volée comme en produit à chaque brassée de mains la fermière en direction de sa nombreuse population de volatiles.

Ils avaient intérêt à se faire oublier afin que le peuple oublie également, lui aussi, son malheur dans cet espoir hypothétique de retrouver au plus tôt ou plus vite son bonheur ! Retirés de la scène politique, il fallait qu'ils continuent à vivre encore retranchés de la société, tels qu'ils l'auront toujours été à l'égard (à l'écart) de la basse population durant leur long règne !

Et même souvent épisodique et sporadique, leur apparition sur scène génère pour ce misérable peuple ces malheureuses crampes d'estomac, ces fièvres épileptiques continues, ces aigreurs aigues et discontinues, ces problèmes anciens devenus bel et bien récurrents…

Après avoir revendiqué pour eux seuls toute la légendaire histoire d'une grande nation, il fallait qu'ils vivent le restant de leur vie bien cachés des regards scrutateurs et indiscrets de cette jeune et cultivée génération, mais égratignée dans ses nombreuses actions, lui épargnant la souillure de la mémoire collective d'une très grande révolution !

A la décence aurait donc suffi leur logique et prolongée absence des lieux qui les fera oublier à jamais. Et avec elle, pour certains du moins d'entre eux, leurs méfaits, négatifs effets, inévitables reflets, et nombreux portefaix !

Le monde a désormais ouvert une autre page, tirant un trait sur leur histoire. Il ne cherche plus à revenir à leur temps, bien décidé à oublier leur règne synonyme de son malheur et nombreux déboires, astucieusement indexés à la gloire de toute une grande nation.

Faute de ne pouvoir les balancer dans les poubelles de l'histoire, il tente tant bien que mal, autant faire se peut, de les occulter, de les complètement extraire de sa mémoire.

Ils auront commis, en son nom parfois, tant de bêtises qui lui procurent cette hantise de les revoir à nouveau, juste en les happant du regard. Lui, aura tout oublié de leur histoire commune. Mais eux, à chacune de leur apparition, lui font monter la tension d'un cran, descendre le moral d'une marche, virer son histoire d'une ère, à chaque fois que ses narines s'obstruent des cendres de leurs méfaits.

Autrefois, il ne les supportait plus ou guère. Aujourd'hui, il reconnait au travers du seul odorat leur sueur. A défaut de fuir le pays, il se bouche le nez, bien conscient qu'il ne peut faire mieux. Parfois même les oreilles. Il les nargue ! Se tournant toujours vers l'ailleurs ! Il en est vacciné pour avoir tout le temps été calciné par les brûlures de leurs méchantes flammes, indécentes manœuvres dilatoires, jugées donc obligatoires !

Et s'il lui arrive de tout le temps garder le silence à leur égard, cela ne relève d'aucune faiblesse de sa part. Il en a juste marre de remuer le couteau dans cette plaie de l'histoire qui l'exclut de tirer le moindre profit de la vie, et eux de toute sa gloire.

Raison pour laquelle il s'est longtemps tu comme un têtu, fétu qu'il soit, afin de mieux se désopiler la rate en les voyant de nouveau rater leur train de départ et lui revenir après au travers de cette fenêtre de l'histoire restée entre-temps entrouverte !

Il se gausse de leurs manières de communiquer, feignant d'être impliqués à ce système qui pourtant les nourrit tels de houris, les élèves comme de bons élèves de la meilleure des classes de tous les établissements du monde, les vénère pour les absoudre de toute vanité ou avanie…

Ainsi, le pauvre citoyen revoie de nouveau ses anciens dirigeants communiquer, critiquer, s'expliquer, lui jetant à chaque tournant des fleurs en pleine saison d'hiver, lui formulant ces nombreux louanges comme dans un véritable songe, bien étrange, lui exprimant enfin leur gratitude afin de se dédouaner à ses yeux de leurs nombreuses mauvaises attitudes commises ou solennellement affichées à son égard.

Seulement, il est bien conscient que ces racontars en hibernation, sortis un peu trop tôt ou très tard de leurs tanières ou tavernes, emmitouflés dans leurs lanières, ont longtemps pris tout leur temps afin de bien peaufiner leurs balivernes. Jouant à fond leur jeu bien vicieux.

A présent, ils excellent dans ce zèle propre à l'art de tout dénigrer, de bien mentir, d'accuser non sans en abuser de tous ces faux arguments concoctés à la maison, loin de faire appel à la moindre raison ou bonne raison, en toute saison, des choses et des faits !

Ils courent tous après cette hypothétique virginité qui les fuie à chaque tournant, les découvre tout nus à chaque versant de ces montagnes de mensonges dont ils ne peuvent plus escalader leur imposante stature et toute exagérée hauteur.

Ils sont donc tous otages de leurs mirages, bien esclaves de leurs insonores et molles slaves, à la recherche de ce message fortuit et bien gratuit qui ne produit plus aucun effet. Ils doutent à nouveau de leur univers et de leurs somptueux châteaux parés de leurs nombreux et luxueux objets en verre et devers.

En mesquins mécènes, ils veulent tous revenir au plus tôt au devant de la scène, comme jadis et autrefois, nous conter leurs plus belles histoires dont ils auront été le héros indétrônable, l'homme de la situation, le responsable inlassable de l'étape, le commis de l'état le mieux considéré en l'état…

Ils cherchent tous à reprendre encore du service, oubliant notre supplice, leurs nombreux sévices commis à l'endroit de leur peuple ! Ils usent du bon ou joli verbe et de ces phrases bien superbes, pensant encore bercer l'ouïe de ceux qui sont encore aux commandes du pays. Seulement, le langage déballé a l'air juste de celui que produit un correct valet, cherchant à chapeauter une valetaille dans sa bataille de ramper tout droit vers le roi et de soudoyer sa grande cour à coup d'épaules engagées, d'échines courbées et de poitrines couchées…

Ils se disent à eux-mêmes ou nous disent tout le temps leurs nombreuses bêtises et innombrables sottises qui frisent le ridicule, nous parvenant par particule dans ce parler non avenant et inconvenant qui nous incommode et nous érode !

Ils osent pour une fois nous dévoiler ces vérités dont ils ne croient plus à leur sincérité et véracité, hués d'abord par leur tout proche entourage d'avoir à commettre de la sorte tous ces nombreux commérages et considérables ratages de leur vie.

Bien sage, comme une belle image, le peuple d'en bas remarque distraitement l'émergence de cette culture de bas étage qui conduit droit au naufrage de ces capitaines d'autrefois se trompant de nouveau de rivages.

Leurs expressions, de jadis et d'autrefois, peaufinées et affinées à la mesure de l'épreuve, ne font plus impression parmi ce peuple qui aura perdu cette longue patience ou hypocrite passion de les écouter à nouveau deviser, le divisant au passage, et longtemps le mener à la baguette.

Quant à tenter de se justifier au travers de ces supercheries et travers au sujet de leur règne ou mandat, qu'ils sachent désormais que l'histoire en a déjà pris bonne note ! Et que leur peuple n'a plus le temps de les écouter. Qu'ils écourtent leurs discours et s'écartent de son futur !

Les plus sages d'entre eux sont déjà rentrés dans leur basse-cour. Comme des poules mouillées, ils caquettent au moindre bruit du vent !

N'empêche qu'ils attendent tous ce renvoi d'ascenseur en signe de probable retour sur investissement ! Seulement, l'écho tarde encore à leur revenir de cette lointaine colline !

Leur attente risque encore du durer dans le temps. A hauteur de leur calvaire du moment !