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Boukhalfa Yaïci : «Sonelgaz doit réserver une partie des marchés aux entreprises locales»

par Farouk Djouadi

Après une carrière de plus de vingt ans dans le secteur des énergies renouvelables, Boukhalfa Yaïci crée sa propre boite de conseil EnR Engineering Services. Selon lui, le contexte économique algérien est favorable pour l'investissement privé dans le secteur des énergies renouvelables, mais il faudrait que Sonelgaz fasse preuve de plus d'attention à l'égard des entreprises locales, dont les moyens sont limités.

Vous venez de lancer votre cabinet de conseil spécialisé dans les énergies renouvelables. Peut-on dire donc qu'il y a de la demande dans ce domaine d'activité en Algérie ?

Quand on regarde les projections du programme national de développement des énergies renouvelables et d'efficacité énergétique, on constate qu'il y a un besoin dans la formation des ressources humaines et dans l'industrialisation. Tout cela me fait penser qu'il y a un terrain favorable à ce type d'initiatives parce qu'il y aura de plus en plus de demandes de consulting de pointe sur des aspects précis. D'autant plus qu'un investissement dans le solaire où l'éolien se chiffre à plusieurs dizaines de millions d'euros. Beaucoup de sociétés, fabricants, installateurs et autres s'intéressent à ce domaine.

Quelles sont les principales difficultés rencontrées par les entreprises opérant dans ce secteur ?

La principale difficulté est liée aux marchés. Pour le moment, les marchés se chiffrent au compte-gouttes. De plus, on voit que pour les opérateurs locaux privés, la difficulté vient du fait que les projets de l'Etat sont d'une dimension supérieure à leurs capacités. Les entreprises locales doivent se regrouper pour être en face d'acteurs comme Sonelgaz. Il faut reconnaître que Sonelgaz est en train de faire des efforts dans ce domaine-là, puisqu'elle est sortie de son ancienne logique qui consistait à confier les projets à une seule société, qui fait l'étude, l'approvisionnement et la construction.

Actuellement, Sonelgaz applique ce qu'on appelle un allotissement. Le projet est découpé en lots, dans lesquels il y a des appels d'offre pour le génie civil, la fourniture d'équipements et d'autres pour la supervision et l'installation. Mais cela reste insuffisant. Nous souhaitons réserver une partie du programme de développement des énergies renouvelables aux entreprises locales. Sonelgaz peut déterminer les projets qui seront destinés uniquement pour les entreprises nationales. Et plus tard, dans deux ou trois années, on pourrait augmenter la part réservée à ces entreprises dans les marchés publics. C'est une démarche qui a fait ses preuves en Chine. Ça n'a rien de honteux. Ce sont des choses qui existent un peu partout dans le monde. Je ne vois pas pourquoi nous, on ne le ferait pas.

Vous ne pensez- pas à des incitations fiscales ?

Les incitations sont un tout. Les incitations fiscales s'imposent si l'on veut lancer le marché du solaire, dans le sens où les gens peuvent acquérir des systèmes pour les installer chez-eux. Avec la suppression ou la réduction des droits de douanes et des taxes, le prix final des équipements serait plus bas. Ce qui va favoriser une expansion du marché et, par voie de conséquence, le développement des entreprises.

La marge de manœuvre des entreprises algériennes, privées notamment, devrait-être limitée, vue que le secteur des énergies renouvelables exige un savoir-faire spécifique et une technologie de pointe.

Les entreprises locales sont très bonnes dans tout ce qui concerne le hors-réseau, à l'image de l'électrification des foyers épars, les pompages, ainsi que les éoliennes mécaniques et électriques. Ce sont des créneaux bien maitrisés par les entreprises locales. Ce qu'il faut davantage faire, c'est inciter ces entreprises à aller vers des créneaux beaucoup plus importants, telle que la construction de centrales de plusieurs mégawatts, comme par exemple celle qui est en cours de réalisation à Ghardaïa. Quand on a les moyens humains et financiers, on peut acheter l'ingénierie en Espagne, en Allemagne et bientôt en Chine. Mais, une fois cette période de démarrage terminée, il faut créer notre propre ingénierie. Et là, c'est vraiment le challenge de toutes les entreprises algériennes.