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Mami se réconcilie avec le public oranais

par Ziad Salah

La première soirée du «festival al karama», nom attribué par la présentatrice aux festivités artistiques marquant le cinquantième anniversaire de l'Indépendance nationale, a bien démarré.

Elle a été une soirée de réconciliation du public avec son emblème national d'un côté et Cheb Mami avec le public oranais de l'autre. En effet, des centaines de jeunes, de femmes et d'enfants, ont brandi le drapeau national pratiquement durant toute la soirée, y compris aux moments forts où la musique a interpellé davantage le corps que le sens. Il faut signaler que les organisateurs, l'Office de la culture et des arts de l'APC d'Oran, ont préparé l'esprit à cette résurgence du sentiment national. Avant «Kassaman», il y a eu la projection sur écran géant d'un documentaire traçant les moments forts de la Révolution et le rôle de certains historiques dans cette entreprise. En tout cas, l'entame de la soirée a été des plus émouvantes. Un feu d'artifice sur un fond musical et des centaines et des centaines de drapeaux brandis par un public très bigarré certes mais jeune dans sa grosse majorité.

La troupe folklorique «Al Wiaam» de Sidi Bel-Abbès a ouvert les débats par une série de tableaux de toute beauté. Quatre musiciens, dont un flûtiste et quatre joueurs de «galal», se sont introduits sur scène pour ouvrir la voie au reste de la troupe, sept autres artistes, pour exécuter des danses réglées au cheveu près. Les danseurs ont exécuté même une mise en scène où les joutes du «matrag» ont conféré une dimension esthétique à ce qui est considéré communément un art martial. Renversant les rôles, ce sont les musiciens qui ont effectué à quatre une danse, encore une fois millimétrée, sans se séparer de leur instrument. La troupe s'est retirée en hissant haut un grand drapeau, ce que le public a ovationné longuement.

Sans transition aucune, Mami, habillé très simplement, a rejoint sa troupe de musiciens sur scène. Il a commencé sa prestation par sa fameuse chanson «aya zouaou zomamra». Durant plus d'une heure, il a enchaîné chanson sur chanson. Par moments, il a réussi à arracher le public de ses sièges. Des jeunes, notamment des filles se sont éclatées à cœur joie. D'autres, heurtés au caractère de plus en plus élaboré de ses compositions musicales ont eu du mal à se laisser emporter. Il faut dire que Mami a, lui aussi, acquis une certaine épaisseur sur le plan musical. Il est bien servi par un groupe ou chacun excelle à titre individuel. C'est le cas de son guitariste et de son luthiste. Très à l'aise sur scène, il a surfé allègrement sur le plan vocal, passant du mielleux à la voix chaude. Se sentant rassuré par le public, il a étalé tout son savoir-faire acquis au bout d'une carrière très pro, sous d'autres cieux. Cependant, Mami, mettra du temps pour se soumettre aux vœux du public. Quand il se rendra compte des attentes des milliers de ses fans, il chantera un de ses anciens opus «Saida biida». Mais là aussi, il ne pouvait pas se départir de son professionnalisme, désormais lui collant à la peau. Il exécutera une ou deux chansons, en accompagnant son groupe avec un accordéon. Bien avant la fin de la soirée, les pistes du théâtre de verdure ont été investies par les jeunes et moins jeunes. Mami s'est finalement réconcilié avec le public oranais.

Le divorce entre «l'enfant de Saida» et les Oranais remonte aux milieux des années 90, lors d'un festival du raï, quand la star avait trop tiré sur la corde, en jouant à la vedette consacrée sur le plan international. Ce qui avait amené ses fans à le huer jusqu'à l'obliger à se retirer carrément de la scène. Samedi, Mami a bien montré qu'il a changé, en mûrissant sur tous les plans et par bonheur il a rencontré, en face de lui, un public de plus en plus familier avec ce type de soirée. Et tant mieux...