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Azzaba : Le centre commercial informel incendié, rasé

par A. Boudrouma

Dans la matinée d'hier, d'importants effectifs de police ont investi le centre commercial informel, situé non loin du siège de la daïra de Azzaba, ravagé dernièrement par un incendie, pour évacuer les jeunes qui se sont réappropriés les espaces qu'ils occupaient auparavant.

Les autorités ont décidé de tenir le langage de la fermeté face à la détermination des jeunes de s'accrocher à tout prix en lançant la reconstruction, d'une manière anarchique, de locaux commerciaux malgré les tentatives timides au début de les dissuader de poursuivre leur action de «reconstruction», créant une certaine confusion et offrant un spectacle insolite suscitant les commentaires aussi farfelus les uns que les autres.

Pourtant, comme une machine bien huilée, les forces de l'ordre ont commencé par déployer un impressionnant dispositif en cernant les lieux afin de permettre l'entrée en action des différents engins lourds mobilisés pour la circonstance, y compris des bulldozers, pour raser les lieux et les débarrasser complètement de tous les matériaux de construction ramenés par les jeunes pour construire leurs locaux après avoir démantelé et débarrassé ce qui en subsistait après l'incendie. Aucun débordement n'a été relevé, affirment des riverains qui ont soutenu que l'opération a été planifiée rigoureusement et les concernés ont été convoqués, la veille, au commissariat où on leur a rappelé que la loi sera appliquée dans toute sa rigueur à l'encontre de tous ceux qui entraveraient l'opération de démolition programmée.

La ville de Azzaba a vécu en tout cas une atmosphère tendue dans la crainte d'éventuels débordements, suivis d'émeutes semblables à celles qui se sont produites quelques jours auparavant. Pendant ce temps, certains commerçants sinistrés, la mort dans l'âme, se sont résolus à récupérer leurs matériaux pour ne pas avoir à subir de nouvelles pertes, chose que les policiers ont consenti à autoriser. Il est à noter que la plupart d'entre eux s'attendaient à cette réaction des autorités qui avaient maintenu le contact avec eux, à travers notamment des émissaires dépêchés sur les lieux pour leur faire entendre raison, mais seuls quelques-uns ont ralenti la cadence de construction, hésitants, tandis que d'autres ont continué l'édification de murs de clôture en parpaings violant ainsi toutes les règles urbanistiques et créant un véritable point noir, hors du contrôle des responsables.

Il est vrai que l'amas de ferraille qui caractérise la zone et la transformation des lieux en un genre de no man's land avait de quoi inquiéter les responsables, quelque peu irrités par cette situation. Mais les jeunes ne voulaient pas quitter les lieux pour ne pas reprendre le dur chemin du chômage qu'ils avaient oublié depuis des années, si ce n'était ce malheureux coup du sort de l'incendie qui vient de les mettre dans une situation encore plus précaire, surtout après les pertes de marchandises acquises parfois à coups de lourds sacrifices et des emprunts. Ne se faisant guère d'illusion au sujet d'une éventuelle prise en charge, ils ont joué et encore une fois, ils ont perdu. Maintenant, ils ne savent plus où aller, à moins d'une solution rapide, car certains avant eux, qui ont pris leur mal en patience, n'ont pas encore fini de scruter l'horizon mais n'ont encore rien vu venir.