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LIVRES : FAWRA , THAWRA, REFORMES , REVOLUTION, PRINTEMPS…CEUX QUI LES FONT ET CEUX QUI EN PROFITENT

par Belkacem AHCENE-DJABALLAH

Le Mythe en héritage… Recueil de chroniques Ouvrage de Mohammed Abbou Editions Hikma, Alger 2011 235 pages, 700 dinars.

La chronique journalistique est, dans la presse contemporaine (avec le billet) un genre majeur… Texte pas trop long ni trop court. Juste ce qu’il faut pour que le lecteur le lise en allant jusqu’à la fin (morceau le plus savoureux). N’y réussit pas qui veut! En général, ce sont les journalistes les plus expérimentés qui s’y versent.

Lorsqu’ils sont fins observateurs ou observateurs finauds, ils vont au billet, un genre encore plus difficile, le texte étant assez court. Il arrive cependant que des collaborateurs extérieurs dominent le genre. Ce sont surtout des universitaires… ayant une certaine expérience du terrain.

Le savant mélange de savoir, de connaissance de la vie, de pédagogie, et…. pour peu qu’il y ait, de style. C’est le cas de Mohammed Abdou. Ancien recteur d’Université, ancien ministre, ancien député de l’APN, membre actuel du Conseil constitutionnel. Ouf !

Vingt-deux (22) chroniques, publiées dans «Le Quotidien d’Oran». Ni fables, ni rêveries, ni histoires. Toujours une sentence au début (Ex: Dans « La foi buissonnière » qui aborde la « bigoterie frénétique » qui a pris la société algérienne : « Je ne servirai pas Dieu comme un laboureur qui attend son salaire» un dit de Rabia El Adawia , et une morale ou un adage à la fin (« La prière des Caïds, c’est le Vendredi et l’Aïd).. Autres bons mots: «Notre pays, nous ne le gérons pas, nous le distribuons», «La mythomanie n’est plus une affaire d’individus, mais se vit en groupe», «De la hiérarchie du hasard ne peut naître qu’une société par défaut», «L’intelligence, brimée, voit sa sphère s’atrophier et l’inconséquence s’engouffre dans tous les domaines où la gouvernance est en faillite». «La loi n’est pas violée , elle est abandonnée»

Beaucoup trop d’interrogations alors qu’on a besoin de réponses. Mais, la Vie, notre vie quotidienne de « marcheurs solitaires que nous sommes », racontée en diagonale, de manière ludique, légère.

A lire. A consommer avec modération. Une chronique chaque matin avant de sortir du domicile. Cela vous permettra d’être « averti » de ce que vous allez voir ou rencontrer à la sortie de votre domicile, ou sur la route ou sur les lieux de travail, ou… «Un homme averti en vaut deux».

Le Conseil constitutionnel a gagné un juriste. La presse a perdu un grand écrivant. Dommage ! Vivement que son mandat se termine et qu’il revienne à l’écriture

Le Monde arabe dans la longue durée. Un printemps des peuples? Ouvrage (Essai) de Samir Amin Editions Apic, collection Dissonances, Alger 2011 255 pages, 750 dinars

L’impérialisme n’est pas mort. Il est toujours là , aux abois, toujours aussi violent bien que plus pernicieux. « Il ne veut ni le progrès social, ni la démocratie» dans les pays du Sud (pays arabes y compris). « Les laquais qu’il remplace au pouvoir quand il gagne la bataille resteront les ennemis de la démocratie ».
Les Etats-Unis et l’Europe, veulent « tout changer pour que rien ne change !». «Il y a une duplicité permanente dans le langage des dirigeants de la triade impérialiste (Etats-Unis, Europe Occidentale, Japon)» Un langage que l’on croyait disparu des ouvrages et des réflexions scientifiques mais qui perdure, grâce (pas « à cause », comprenez-moi bien !) à des universitaires et chercheurs, toujours sur les barricades, comme Samir Amine, indécrottable « révolutionnaire » des amphis. Un « animal politique » , comme il se définit lui-même et c’est tout à son honneur, dont il est difficile de séparer la réflexion intellectuelle de ses combats et options politiques. Qui (se) pose beaucoup de (bonnes ) questions sur l’avenir du monde arabe, sur ses «printemps» passés, actuels et à venir, presque tous ratés, selon lui.
Qui s’inquiète, à juste titre d’ailleurs, aujourd’hui, de la récupération des luttes des peuples, par l’Islam politique, par les « dictatures conservatrices » (« favorisées par Washington ») et/ou par «l’internationale de l’obscurantisme» qui ne veut pas se libérer de la « vision passéiste ». Mais peu de réponses ! En attendant, la «désorientation mentale» (René Naba), du monde arabo-islamique continue

Un «has been ?» du succès qui revient en force avec les derniers soulèvements des « peuples » arabes. A lire, bien que difficile à comprendre par le large public qui a une autre vison du monde moderne … et , de la place de la religion dans la démocratie moderne. Hélas ! Dommage.

La Démocratie en Algérie. Réforme ou révolution ? Sur la crise algérienne et les moyens d’en sortir.

Ouvrage (Essai) de Hocine Belaloufi. Lazhari Labter Editions-Apic Editions, Alger 2012 499 pages, 900 dinars

Il est certain que le recouvrement de la souveraineté nationale n’a pas été accompagné du recouvrement de la souveraineté populaire.
Pourquoi ? Celle-ci avait été, très vite, confisquée On a eu, nous dit l’auteur, par la suite, une certaine «amélioration de la situation sociale» du peuple. Mais, à mon sens, toute virtuelle et n’ayant pas duré , car très vite « récupérée », « transférée » , « téléchargée » (avec les « restes » de la colonisation)… au bénéfice de groupes précis, Tout cela suivi par les retombées de la «rente pétrolière » au bénéfice de groupes encore plus limités.

Les « tamis successifs cachant le soleil», tout cela a fait illusion. Aujourd’hui, avec la mondialisation (ce nouvel «impérialisme ») et la crise mondiale de l’économie capitaliste, la misère est plus grande et plus large, les inégalités sociales sont insupportables, des jeunes sont sans avenir, la société est bloquée, des libertés sont bafouées, et on a un régime autoritaire à façade démocratique finissant… mais qui tient à rester aux commandes…

On aboutit même à des propositions politiques de solutions presque suicidaires (comme un régime jeune et vigoureux dictatorial à visage théocratique)… On a perdu de vue la Révolution et on rapièce avec des réformes en veux-tu, en voilà.
Une analyse fouillée. Mille et un problèmes, mille et une questions auxquels Hocine Belaloufi, journaliste engagé, tente de trouver (et de proposer) des réponses et même des solutions. En remontant le temps, en faisant des comparaisons avec les autres pays arabes, en osant, finalement, proposer comme alternative « à la barbarie capitaliste » le socialisme.

A l’heure du cinquantenaire de l’indépendance, il est utile de revenir sur le bilan pour tenter d’apporter ou de trouver des réponses. N’allez pas trop loin, l’ouvrage de Belaloufi est amplement suffisant. Presque. Si, bien sûr, l’on met de côté ses préférences idéologiques.… très (trop) «démocratiques » et plus que sociales, anti-impérialistes à mort. Il annonce d’ailleurs la couleur avec les auteurs de la préface et de la postface, Samir Amine et Sadek Hadjerès.. La lecture prendra du temps, mais vous ne le regretterez pas.