Envoyer à un ami | Version à imprimer | Version en PDF

A propos de l'utilisation des réserves de change placées à l'étranger par l'Algérie

par Abdou Attou *

J' ai trouvé très intéressant l'article paru dans Le Quotidien d'Oran du professeur Abderrahmane Mebtoul, expert international, sur les placements algériens dans les bons de Trésor européens et américains, un domaine dans lequel je travaille depuis de longues années au niveau des banques et places financières internationales. Le grand mérite de cette contribution est de poser les vrais problèmes stratégiques et de contribuer à un débat productif qui engage l'avenir de l'Algérie au moment - et c'est dans un proche avenir - de l'épuisement des réserves d'hydrocarbures où l'on extrait cette ressource éphémère pour les placer à l'étranger afin de financer l'économie d‘autres pays sans être garanti d'un rendement positif.

1. Je trouve que toute la stratégie et la politique du gouvernement algérien sur cette question sont très loin d'être adaptables aux réalités de la société algérienne. Le rendement de ces titres ne dépasserait pas les «1.5 % net» considérant que les yields ne sont pas très favorables en ce moment. Sachez que ces banques introduisent ce qu'on appelle le management fee qui est de l'ordre de 1% jusqu'à 2% en plus de la performance fee allant jusqu'à 25 % du profit. Alors je suis prêt à mettre mon argent, comme le souligne à juste titre le professeur Mebtoul, sur le fait que les placements algériens sont à performance négative (real terms) considérant tous les index de calcul sur ces titres, les bons américains sont les moins performants en ce moment. Pour les Européens, il n'y a pas un bon de Trésor européen, comme vous le savez, en ce moment sur les marchés. Les émissions de bons de pays souverains comme l'Espagne ou le Portugal sont dénommées en euros mais ils sont sujets de conditions économiques locales de ces pays respectifs. Le coût d'assurance des titres de ces pays est très élevé sur ces pays en ce moment puisque ils sont en pleine tourmente dans la crise financière européenne actuelle et il faudra s'attendre à une «haircut» que vont subir les investisseurs ou les «bondholders». Avec la Grèce, bien que le PIB de ce pays ne représente que 2% du PIB européen et la dette grecque environ 4% de la dette globale de l'Union européenne, par exemple donc une perte sèche pour un pays comme l'Algérie qui, peut-être, a investi indirectement dans des titres grecs via des structures de banques qui vous font placer là où ils veulent sous le nom de la «diversification».

2. Mais le problème est plus loin que le seul fait de placer l'argent sur les marchés. En plus de la gouvernance et la transparence de la gestion, il faut une stratégie globale d'accompagnement de ces capitaux au développement économique de l'Algérie, la réalité qui dérange peut-être certains est que le professeur A. Mebtoul soulève depuis de longues années dans ses nombreuses contributions à l'international et au niveau local pour attirer l'attention des pouvoirs publics algériens. Mais a-t-il été écouté ? C'est que le fonds de Temasek de Singapour, auquel j'ai eu l'honneur de suivre son évolution, est un fonds gouvernemental mais qui investit plus de 50% en interne avec des PPM en co-investissement, la majorité de ces placements se font selon ces «schemes» pour financer la construction d'infrastructures avec des retours extraordinaires en laissant seulement la gestion et l'actif aux operateurs privés. Ainsi le capital est maintenu et produit un retour de plus de 100%. Mais aussi Singapour a acquis des infrastructures de première classe qui font d'elle une place incontournable dans l'économie mondiale.

3. L'Algérie, quant à elle, possède et peut créer des actifs très rentables à l'intérieur du pays qui pourra régler pas mal de problèmes d'emploi et de formation dans l'industrie, l'agriculture, la santé, le tourisme et surtout l'éducation. Ce sont les femmes, hommes et enfants de l'Algérie qui veilleront sur l'intérêt suprême du pays dans un partenariat avec les investisseurs algériens et étrangers qu'il ne faut pas diaboliser dans le cadre d'un partenariat ciblé gagnant/gagnant créant de la richesse humaine et capitale pour contribuer au déclenchement du renouveau algérien. Comme le fait remarquer justement mon ami le professeur Abderrahmane Mebtoul, la rente des hydrocarbures peut être une bénédiction, mais également une malédiction, gaspillée et attention au syndrome hollandais. Un petite info pour finir, les Libyens ont perdu plus de 4 milliards de dollars place avec Goldman Sachs via LIA (Libyan Investment Authority) et cela ne fait que 4 mois de cela !! Et qu'en est-il pour l'Algérie ?

* Docteur Abdou Attou Expert en finance internationale (Londres)