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Les ailes d'Areski Idjerouidène

par Ali Bouazid

GoFast, Aigle Azur… Des noms connus qui ont donné des ailes à l'homme d'affaires franco-algérien Areski Idjerouidène. Profil d'un patron discret, antithèse du très bling-bling Moumen Khalifa qu'il a brièvement croisé…

Emigré en France en 1977, il commence par gagner sa vie derrière un comptoir chez un voyagiste. A priori, à cette époque, rien ne permet de présager qu'il va trouver la voie de la réussite. Dés le départ, il a une préférence marquée pour le transport. Ici et là, il le dit. C'est un métier qui le passionne. En plus de sa licence en droit acquise en Algérie, il est surtout motivé ; il a «la volonté, le dynamisme et l'esprit d'initiative», disent de lui ceux qui l'ont approché.

Lui, c'est Areski Idjerouidène, 55 ans, homme d'affaire franco- algérien. Il est le PDG de la société anonyme française GoFast, groupe spécialisé dans le tourisme et le transport, dont la compagnie Aigle Azur (société par actions simplifiée de droit français) est l'une des filiales. Il quitte sa condition de salarié en 1983 pour fonder GoFast, société de services logistiques et de transits. On sait depuis qu'il a des liens avec le voyagiste «Soleil Voyages», un autre algérien établi en France depuis 1967. Tous les deux sont natifs de Kabylie, ce terroir national. Sont-ils associés ? Publiquement, cela n'a jamais été évoqué. En tous cas, «Soleil Voyages» créé par l'octogénaire Mohand Akli Benyounés, dit «Daniel» – un ancien militant de la direction de la Fédération de France durant la guerre de libération nationale – a aujourd'hui pignon sur rue dans l'Hexagone et en Algérie. Comme Gofast et Aigle Azur.

 Au début des années 90, alors que le monopole d'Air Algérie est officiellement en vigueur, Gofast obtient des dessertes pour transporter du matériel industriel pétrolier et aussi du personnel pétrolier étranger à partir du Sahara sur Londres et Le Bourget (France).

Super contrat En 1993, selon des sources ouvertes, il décroche un super contrat avec Gaz de France : transporter 100 millions de tonnes de matériel pour la rénovation du complexe gazier GNL-Z de Skikda. Go Fast enchaînera avec un autre gros contrat pour acheminer un million de tonnes de matériel sur Hassi Berkine ; ensuite d'autres contrats avec Sonatrach, et Sonelgaz.

 Au fil des relations de Go Fast avec les compagnies pétrolières américaines naissent de nouvelles opportunités. Ainsi, une filiale est créée aux Etats-Unis. «Go Fast Inc USA» est installée aux ports et aéroports de Houston, véritable centre névralgique de l'industrie pétrolière américaine. En partenariat avec les plus grands transporteurs locaux, elles assurent la quasi-totalité du fret maritime et aérien à destination des champs pétroliers algériens.

 Go Fast, organisé en groupe, dont le siège se trouve sur la plate-forme de Roissy-CDG, est présent actuellement sur trois continents et dans 5 filiales spécialisées : Go Fast Logistique Transit, Pacatrans, Go Fast Inc USA, Go Fast Travel et Aigle Azur, dont la naissance date de 2001.

 Cette année-là, Areski Idjerouidène rachète en France la compagnie aérienne Aigle Azur, alors en difficulté, et réussit à en faire, à l'échelle européenne, une compagnie de transport de voyageurs de premier plan. Aigle Azur emploie aujourd'hui plus de 700 personnes. Son chiffre d'affaires a atteint en 2009 plus de 291 millions d'euros. La compagnie dispose de 11 avions de type Airbus (A319, A320, et A321) et elle en affrète chaque fois que nécessaire. Elle réalise une grande partie de son chiffre d'affaires sur l'Algérie. Selon les informations les plus récentes, Aigle Azur se positionne autour de 40% sur le marché France-Algérie, ou activent également Air Algérie et Air France, pour l‘essentiel. Elle réalise surtout 80% de ses ventes en France pour la destination Algérie. A coté de cette destination clé, Aigle Azur a étendu ses dessertes au Portugal, au Mali, à la Tunisie et au Maroc. Lisbonne se révèle une destination fructueuse puisque plus de 160 000 personnes y ont été transportées l'an dernier.

En attente… des lignes intérieures algériennes

 Son staff directorial lorgne du coté de l'ouverture des lignes intérieures algériennes, verrouillée pour le moment. Idjerouidène est prêt à s'y engager. L'homme sait qu'Air Algérie, seule, n'arrive pas à satisfaire les Algériens et que la demande est exponentielle. On se souvient qu'au début des années 2000, avec la brève libéralisation du ciel algérien, Areski Idjerouidène avait été autorisé à créer «Antinéa Airlines». Il était venu sur le marché algérien avec un avion. Peu de temps avant que n'éclate l'affaire du milliardaire Abdelmoumène Khalifa, il s'était défait de cette entreprise bébé au profit du «golden boy», en personne. Le conquérant Khalifa achetait ainsi un avion et une enseigne commerciale autorisée. Le «bling- bling» Khalifa et le discret Idjérouidène se séparent après ce bref épisode commercial.

 A mesure du développement du groupe, le super patron de GoFast veut se diversifier sur le même créneau que sont les transports. En 2007, il acquiert la majorité du capital de deux filiales de la CNAN : Cnan Nord et Cnan Maghreb Line. Il prévoyait alors d'acquérir une dizaine de navires modernes sur la période 2009-2013. Et surtout, il voulait faire tourner Cnan Maghreb Line. Rien de tout cela n'est visible, pour le moment. Judicieuse, l'option Maghreb – à travers entre autres le cabotage – aurait ouvert des horizons nouveaux dans un marché de plusieurs dizaines de millions d'âmes. En tous cas, son projet maritime n'a pas eu le même succès qu'Aigle Azur. En 2008, il s'est retiré de Cnan Maghreb Line. Quoi qu'il en soit, Areski Idjerouidène accumule succès et lauriers. En 2002, il se voit décerner pour son groupe GoFast le trophée de la société la plus performante d'Île-de-France et la deuxième au niveau national français. Il est fait en 2004 chevalier de la légion d'honneur par le président Jacques Chirac. En 2010, ses affaires demeurent à cheval entre la France et l'Algérie, tout en ayant quelques ramifications sur une vingtaine de pays. L'avenir ? Areski Idjerouidène est assisté de son fils, Meziane, un de ses trois grands enfants. Il tient Aigle Azur et communique publiquement avec une aisance remarquable. Il incarne la relève.