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La hausse des prix, moyen de déstabilisation politique ?

par Kharroubi Habib

En campagne à Sour El-Ghozlane, dans la wilaya de Bouira, pour le compte du Président-candidat, le secrétaire général du RND, Ahmed Ouyahia, a affirmé que les hausses actuelles subies par les produits de large consommation, spécialement la pomme de terre dont le prix a atteint le pic des 100 dinars dans certaines localités, «sont l'œuvre de spéculateurs travaillant pour les mêmes lobbys qui avaient, en 2004, essayé de saper le moral des Algériens en inventant mille et une fourberies contre le président Bouteflika».

Ainsi identifiée par le patron du RND, qui est aussi le Premier ministre en exercice, la cause de cette inflation qui ruine le pouvoir d'achat des citoyens et des ménages, cela voudrait dire que nous sommes en présence d'un complot politique dont l'objectif vise à déstabiliser le déroulement de l'élection présidentielle en détournant les citoyens du scrutin du 9 avril.

Si la chose est avérée, elle est gravissime. Alors pourquoi l'Etat a-t-il laissé faire ? Ahmed Ouyahia a promis que des poursuites allaient être engagées contre ces lobbys, alors que la logique aurait voulu que les autorités, renseignées sur la nature des menées déstabilisantes à l'origine de la flambée des prix, se devaient de réagir pour les contrecarrer. Elles auraient pu le faire puisque le Premier ministre semble savoir qui se cache derrière ces lobbys.

En partant de l'explication fournie par Ouyahia sur l'origine de l'inflation qui sévit dans les marchés, l'inertie de l'Etat est donc absolument injustifiable, car l'on est loin des arguments technico-climatiques avancés par d'autres sources officielles sur le même sujet.

Ce n'est pas la première fois que de hauts responsables de l'Etat dénoncent les agissements pernicieux de lobbys dans la sphère économique ou financière. Le même Ouyahia avait promis, juré, à son retour à la tête de l'exécutif gouvernemental, qu'il allait s'attaquer au démantèlement de ces lobbys auxquels sont imputés tous les déboires qui entravent l'oeuvre de redressement du pays. Sauf que nous n'avons rien vu venir en la matière. L'on constate au contraire que ces lobbys semblent s'être renforcés puisqu'ils n'ont pas craint, comme le prétend Ahmed Ouyahia, de se manifester sur le champ politique en tentant de «saborder» l'élection présidentielle.

Lobbys politico-économiques, spéculateurs avides, dysfonctionnement des circuits commerciaux, les autorités peuvent philosopher comme elles l'entendent sur cette inflation. Elles ne rencontreront pas, quoi qu'elles disent, l'adhésion et la confiance populaire. Et ceci pour la raison que les citoyens ne voient pas l'Etat agir, alors que leur situation socioéconomique atteint le seuil de l'intolérable.

Quoi de plus normal alors qu'ils affichent plus que du scepticisme face aux promesses électorales, surtout celle du camp du président sortant, assurant que tout ira mieux après le 9 avril si les électeurs se rendent en masse aux urnes à cette date.