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Sahel : La phrase de trop du Premier ministre marocain

par Yazid Alilat

Une fois de plus, les autorités marocaines accusent l'Algérie d'être à l'origine de l'absence de coopération, voire du blocage de l'Union du Maghreb arabe (UMA), et par conséquent de la non résolution du problème de décolonisation au Sahara Occidental. Cette fois-ci, c'est le chef du gouvernement du Maroc, M. Abdelilah Benkirane, leader du parti Justice et Développement (PJD, islamiste), qui est monté au créneau pour fustiger la position de l'Algérie dans ce conflit, que gèrent d'ailleurs les Nations unies.

Dans un entretien dimanche à des médias français, dont «Le Monde», il a souligné que l'intervention de la France au Mali n'est rien moins que le résultat du manque de coopération entre les pays de la région, c'est-à-dire entre Alger et Rabat, divisés, selon lui, sur le sort du Sahara Occidental. Cette intervention militaire de la France contre les groupes terroristes qui écumaient le nord du Mali et tenaient en otages les villes de cette région du Sahel malien, est de fait la résultante du manque de coopération et de coordination entre pays riverains.

En clair, c'est la faute de l'Algérie qui refuse un règlement rapide de la question sahraouie. «Je parle de l'Algérie, du Maroc, de tous les pays qui sont aux alentours, a-t-il précisé (...). C'est d'abord notre responsabilité», a-t-il dit. Il précise que «si on avait pu trouver une solution entre nous et nos frères algériens concernant l'affaire du Sahara (Occidental), on coopèrerait beaucoup mieux et on serait capable, tous les deux, de résoudre ces problèmes». Il va plus loin dans cet entretien, également accordé à RFI et TV5, en affirmant qu' «avec la situation au Sahel, nous sommes devant des conditions stratégiques qui font qu'on devrait laisser tomber tout ça». Pour le chef du gouvernement marocain, l'Algérie devrait donc, face à la situation critique au Mali et au Sahel, épouser les thèses marocaines sur la ?'marocanité'' du Sahara Occidental. «Tout le monde sait (...) que le Sahara est marocain et que, dans le cadre de (l') autonomie, on pourrait trouver une solution. Si l'Algérie décide de régler ce problème, en une journée, c'est réglé», a encore affirmé M. Benkirane. Mais, dans la foulée, il met de côté toutes les résolutions onusiennes sur cette question de décolonisation du territoire du Sahara Occidental, encore inscrite à l'ordre du jour de la Commission des Nations unies pour la décolonisation, un conflit aujourd'hui vieux de presque quarante ans.

Le chef du gouvernement marocain oublie, ou passe sous silence, également que l'Algérie ne fait qu'observer les résolutions pertinentes des Nations unies sur ce dossier, et prodigue son aide diplomatique aux Nations unies pour la mise en place d'un référendum d'autodétermination au Sahara Occidental, comme cela est réclamé, depuis 1991, par le peuple sahraoui.

En fait, les autorités marocaines, qui tentent de s'ingérer dans les questions de sécurité au Sahel, alors que le Maroc n'a aucune frontière avec cette région africaine, veulent faire passer à l'opinion publique internationale l'une des options mises sur la table des négociations, sous l'égide de l'ONU avec le Front Polisario, sur l'avenir politique de ce territoire, à savoir «le plan d'autonomie» du Sahara Occidental qu'il a proposé, alors que d'autres options restent valides, dont celle de l'autodétermination à laquelle les résolutions de l'ONU et de son Conseil de sécurité font référence et veulent appliquer, n'était-ce l'opposition farouche de Rabat et de ses soutiens. Enfin, M. Benkirane a salué le «courage» de la France au Mali, réitérant l'appui du Palais royal à cette intervention militaire.