Envoyer à un ami | Version à imprimer | Version en PDF

L'Union générale des étudiants musulmans algériens en France (UGEMA) revisitée par un militant français

par Ahmed Rouadjia

Parmi les ouvrages parus sur l'Algérie en ce mois de février 2016, deux d'entre eux ont retenu plus particulièrement notre attention pour des raisons qui tiennent à l'actualité brûlante des sujets qu'ils soulèvent et dont certains sont quasi récurrents : l'écriture ou la réécriture de l'histoire de la guerre de libération nationale ou de certains de ses épisodes, jamais achevés, d'une part, et de la crise urbaine que vit le pays depuis l'indépendance, d'autre part(1)

A ces deux problématiques sans cesse débattues, s'est ajoutée, depuis l'effondrement du rideau de fer en 1989, la question, toujours lancinante, de la transition du régime autoritaire issu du parti unique, à économie dirigée ou planifiée, vers un régime « libéral » dont l'économie obéit par définition au libre jeu du marché, tandis que la politique du gouvernement à la volonté du peuple sanctionnée par les urnes. Commençons d'abord par un de ces pans de l'histoire de la guerre de libération nationale, pan représenté par le syndicalisme estudiantin et ses figures de proue, telles que ressuscitent les témoignages de Dominique Wallon2, lequel apparaît à travers le récit qu'il livre, comme l'un des protagonistes de la scène syndicale parisienne en phase totale avec le militantisme national incarné, entre autres, au sein de l'émigration algérienne par l'UGEMA (Union générale des étudiants musulmans algériens) dont l'un des leaders fut Messaoud Aït Chaalal, porté à sa présidence lors du 3e Congrès en décembre 1957. Mais en janvier 1958, le gouvernement dissout l'UGEMA et fait arrêter puis incarcérer Aït Chaalal, Chaïeb Taleb, vice-président de l'UGEMA, ainsi que Mahfoud Aoufi, président de la section parisienne du mouvement. Libérés provisoirement quelques jours plus tard, après avoir été inculpés par le juge Pérez « d'atteinte à la sécurité intérieure et extérieure de l'Etat », les trois hommes s'exilent en même temps que la direction du l'UGEMA et installent son siège à Lausanne (Suisse) (p.67).

L'auteur de ce livre, qui fut à la fois un acteur et un témoin de premier plan des évènements qui ont marqué de manière profonde les rapports antagoniques, entre la France coloniale et l'Algérie colonisée, se révèle à la lecture de son ouvrage, fruit d'un travail de mémoire reconstitué, comme il le dit lui-même, par « bribes » (p.17), un des défenseurs de l'idée de l'indépendance algérienne, idée qu'aucun parmi ses pairs de l'UNEF (Union nationale des étudiants de France) n'osait alors soutenir de crainte de se voir qualifier de «renégat». Son livre porte justement et essentiellement sur les rapports très difficiles, faits tour à tour de rapprochements, de ruptures, de retrouvailles, puis de «cassure» suivie de réconciliations entre les deux mouvements estudiantins, entre 1958 et 1962.

Le cheminement de l'auteur et le contenu de son livre

Qui est Dominique Wallon ? Né le 21 juin 1939 à Paris, il a été successivement président de l'Amicale des élèves de l'IEP (Institut d'études politiques) de Paris en 1959-1960, vice-président «Algérie» de l'UNEF (Union nationale des étudiants de France) en 1960-1961, puis président de l'UNEF en 1961-1962. C'est à ce titre qu'il a écrit son livre en l'intitulant: «Combats étudiants pour l'indépendance de l'Algérie». L'homme et son livre s'avèrent ici indissociables. Tous «deux» expriment un principe de justice et d'équité: le respect de l'Autre, de son autonomie, de sa liberté… C'est pourquoi Wallon prend fait et cause pour l'Algérie et réclame pour elle, en dépit des oppositions ou des réticences ambiantes de l'époque, justice et indépendance pour les Algériens insurgés. Outre le principe d'équité qui l'animait et l'anime encore, Wallon a une empathie naturelle pour l'Algérie envers laquelle il se sentait et se sent encore « si proche de son peuple, confronté dans toute son histoire à des épreuves d'une rare violence… » (p.98). Peuple pour lequel, cinquante trois ans après l'indépendance, il dit ressentir toujours « une relation fraternelle » (p.180). Vallon se raconte en ces termes : «A l'instigation des deux remarquables aumôniers catholiques du lycée, je décide alors de militer, puis de prendre de premières responsabilités à la JEC (Jeunesse étudiante chrétienne), organisation d'action catholique qui assumait ses responsabilités sociales et faisait partie de la mouvance de gauche des mouvements de jeunesse, dont le responsable du lycée, Xavier Lerville, sera peu après un membre du bureau national de l'UNEF ».

« Le discours réactionnaire et anticommuniste primaire du pape en 1953, dans l'affaire des prêtres ouvriers, avait joué un rôle accélérateur de ma conscience politique. De même en 1957-1959, le conflit entre la JEC et l'épiscopat, qui condamnait l'engagement du mouvement d'action catholique étudiant, parfois aux côtés des communistes, dans les actions contre la guerre d'Algérie et la critique des conditions du retour au pouvoir du général de Gaulle ont eu le même effet d'accentuation de ma politisation. Mon mépris pour ces évêques réactionnaires, chamarrés et bedonnant que j'avais aperçus aux rassemblements jécistes a sûrement accéléré, et en tout cas facilement ‘justifié' mon éloignement définitif de la foi chrétienne » (p.18). En rompant en visière avec la foi chrétienne, notre auteur ne s'est pas contenté d'en rester là. Il s'est résolu de prendre position, au nom de la justice, pour la cause algérienne, que l'ordre colonial s'efforçait en vain de nier ou d'occulter. En d'autres termes, Vallon était « plus profondément […] scandalisé par l'idée que la grandeur de la France doit se mesurer à la taille de son empire colonial et l'étendue de sa domination sur d'autres peuples ». (p.19)

L'UNION GENERALE DES ETUDIANTS MUSULMANS ALGERIENS (UGEMA)

L'objet principal de cet ouvrage est l'histoire mouvementée, conflictuelle et ambiguë qui a marqué les rapports UGEMA/UNEF pendant la guerre d'indépendance. L'UGEMA a vu le jour lors de son congrès constitutif, à Paris, du 8 au 14 juillet 1955. A cette date, le nombre d'étudiants musulmans algériens à l'université d'Alger était de l'ordre de 600 et légèrement supérieur en «France métropolitaine». Deux tendances s'étaient affrontées en son sein: les tenants «considérés comme d'obédience marxiste, d'une UGEMA laïque et ouverte aux adhésions de toutes origines à partir d'une base politique claire, dont Mohammed Harbi fut l'un des défenseurs. Et ceux, très majoritaires, défendant une UGEMA où l'introduction du mot «musulman» dans le sigle voulait affirmer plus nettement la revendication nationaliste identitaire» (65). Ses fondateurs furent Belaïd Abdesselam, Mohamed Seddik Benyahia, Mohamed Khemisti, Rédha Malek, Lakhdar Brahimi, Mouloud Belaouane, Ahmed Taleb Ibrahimi, qui sera le premier président. «Les futurs responsables de l'UGEMA ont presque tous été des militants du MTLD/PPA et ont vécu la grande crise qui a divisé le parti, avant le lancement de la lutte armée par le groupe des 22, puis des 6 qui sera le noyau constitutif du FLN. Ils adhéreront ou, en tout cas, s'affirmeront tous dans la mouvance du FLN qui est alors en voie d'organisation» (p.65). «De cette origine, comme de l'importance des débats internes, l'UGEMA, tout en s'affirmant en 1956 comme «une unité de combat du FLN», gardera une relative autonomie organisationnelle et politique (au moins jusqu'en 1961) et donc des relations complexes avec les directions du FLN, particulièrement avec celles de la Fédération de France et du GPRA. (66). L'Union nationale des étudiants de France (UNEF) était alors représentée par Robert Chapuis, qui fut présent au congrès tenu par l'UGEMA en 1955. Les relations initiales entre les deux organisations syndicales estudiantines étaient constructives, mais, très rapidement, elles deviennent «conflictuelles et au bord de la rupture» en raison de l'attitude ambiguë de l'UNEF vis-à-vis de la cause algérienne défendue par l'UGEMA. Quoi qu'il en fût, cette dernière s'en tenait aux principes sacrés de l'indépendance et décida de tenir son second congrès en mars 1956 en vue d'élire une nouvelle direction à la tête de l'organisation. A cette date, Mouloud Belaouane fut élu président en remplacement de Taleb Ibrahimi qui fut appelé à prendre des responsabilités au sein de la Fédération de France du FLN avant de se faire arrêter en 1957 et placé en détention sans jugement jusqu'à l'automne 1961. A cette occasion, le congrès adopte «une plateforme nationaliste radicale», et le 19 mai, la section d'Alger de l'UGEMA lance un appel «à la grève générale illimitée pour rejoindre les combattants de l'ALN». Grève qui s'étendra à tous les étudiants algériens en France et dans les autres pays du Maghreb. Suite à quoi, de nombreux cadres de l'UGEMA seront arrêtés par la police et détenus sans procès pendant trois ou quatre années (p.66).

L'UGEMA lance un appel aux intellectuels français et met en demeure l'UNEF de choisir son camp

Après avoir lancé plusieurs appels aux intellectuels français, l'UGEMA met en demeure l'UNEF de «prendre une position claire sur les aspirations nationales du peuple algérien». Cette dernière reste muette, et c'est en réaction de quoi que l'UGEMA décide, fin décembre 1956, de rompre les relations avec l'organisation syndicale française, entraînant derrière elle «toutes le organisations étudiantes «d'outremer», réunies dans le comité de liaison des organisations étudiantes des pays coloniaux ou nouvellement indépendants» (p.67). L'année 1957 sera une année dure pour les militants nationalistes affiliés à l'UGEMA, qui avaient subi une sévère répression policière suivie d'une dizaine d'arrestations ciblant surtout les cadres de l'organisation, et au premier chef desquels le secrétaire général qui était alors Mohamed Khemisti, qui sera arrêté et placé en prison durant deux ans, sans jugement comme ce fut précédemment le cas de Taleb Ibrahimi. Début octobre 1957, l'UGEMA appelle à la fin de la grève des cours lancée précédemment à l'attention des étudiants algériens en France, dont le nombre était alors en augmentation sensible, approchant les 2.000 en 1958-59, suite à leur désertion de l'Université d'Alger. Le troisième congrès de l'UGEMA qui eut lieu en décembre 1957, porte Messaoud Aït Chaalal à la tête de celle-ci. Mais ce dernier ne tardera pas à être arrêté en janvier 1958 par la police parisienne en même temps que Chaïeb Taleb, vice-président de l'UGEMA, dissoute en janvier 1958, et du président de la section de Paris, Mahfoud Aoufi. «Ils seront mis en liberté provisoire quelques jours plus tard après avoir été inculpés par le juge Pérez d'«atteinte à la sécurité intérieure et extérieure de l'Etat». C'est à la suite de quoi que la direction de l'UGEMA part alors en Suisse pour installer son siège à Lausanne [67]. Après la reprise des relations entre l'UGEMA-UNEF amorcée en 1960, Aït Chaalal sera l'interlocuteur de cette dernière.

Il faut signaler que l'UNEF n'a reconnu la lutte de l'indépendance menée sous la bannière du FLN que très tardivement, d'où s'expliquent les difficiles relations qui ont émaillé l'histoire des deux organisations syndicales. Ce n'est qu'au début des années soixante que l'UNEF s'en est ravisée. En février 1960, il eut à Grenoble une réunion dite «Journées d'études syndicales» dont le débat fut consacré «presque uniquement à l'Algérie avec la possibilité de reprendre les relations avec l'UGEMA. Le président de l'UNEF était alors Freyssinet, qui présente à cette occasion les résultats informels des discussions qu'il a eues à Tunis avec les représentants de l'UGEMA, qui fut l'hôte de l'UIE. Pierre Gaudez rend compte des travaux de la Conférence nationale étudiante (CNE); quant à Gilbert Barbier, retour aussi de Tunis, est plus résolu à soutenir l'indépendance de l'Algérie et choisit plus tard volontiers l'insoumission… Il dit que la reprise des relations avec l'UGEMA est possible si l'UNEF vote au congrès de Lyon une motion reconnaissant le FLN comme unique représentant du peuple algérien, pour négocier avec la France les conditions d'application de l'autodétermination. (Mais, côté UNEF, ni débat ni nécessité de reprise… » (69). Tandis que les Associations générales d'étudiants (AGE) les plus militantes et les plus engagées, comme celles de Normal Sup, de Grenoble, Nancy, Besançon…, étaient pour la reconnaissance de l'indépendance, d'autres étaient au contraire fort réservées, et voyaient d'un très mauvais œil ceux qui leur semblaient se rallier purement et simplement aux thèses du FLN. L'UNEF, toutes tendances confondues, n'était pas à ses débuts pour l'indépendance, mais seulement contre la guerre d'Algérie. D'ailleurs, le congrès de Nice tenu en 1955 avait adopté une déclaration unanime sur «l'outremer» dans laquelle la modération et les réserves l'emportaient au loin sur l'engagement en faveur des thèses indépendantistes défendues par l'UGEMA. Par ailleurs, l'UNEF ne s'était pas tellement opposée au rappel du contingent à destination de l'Algérie insurgée, et d'où la colère de l'UGEMA qui venait de se constituer à Paris en juillet de la même année. Autrement dit, «l'UNEF reste sinon silencieuse, en tout cas assez discrète sur la question du rappel du contingent; son vice-président «outremer», Robert Chapuis (mino dans un bureau d'union) fait une intervention forte au congrès de l'UGEMA qui laissait augurer un engagement ferme du syndicat étudiant en faveur de «la paix» en Algérie. Il déclare: «…c'est en tant que Français que nous souhaitons voir l'Algérie et la France bientôt «associées» pour une même entreprise: l'évolution de leurs peuples dans la liberté et l'égalité, contre toutes les formes d'oppression, contre toutes les atteintes à la justice et à la dignité de l'homme…» [31]. Mais pas un mot en faveur de l'Indépendance ou de reconnaissance du FLN comme représentant légitime du peuple algérien. C'est cette attitude ambiguë de l'UNEF vis-à-vis de l'indépendance qui va amener l'UGEMA, dès le mois de décembre 1956, à rompre en visière avec son homologue française. Après avoir dénoncé les atermoiements de l'UNEF, l'UGEMA réaffirmait sa solidarité active et son engagement aux côtés du FLN, à l'occasion de son deuxième congrès réuni le 31 mars 1956, congrès auquel l'UNEF n'était pas conviée. Au contraire de l'UNEF, dont la position n'est pas sans rappeler celle de Maurice Thorez (L'Algérie nation en formation) formulée dans son fameux discours du 11 février 1939, position avalisée plus tard par le Parti communiste algérien, l'UGEMA s'inscrivait en porte-à-faux contre toutes ces allégations et considérait à cette occasion que «le colonialisme, source de misère et d'analphabétisme» était «la négation même de la dignité d'un peuple; que la lutte du peuple algérien est juste, légitime, dans le sens de l'évolution historique des peuples, et qu'elle ne saurait avoir d'autre aboutissement que l'accession du peuple algérien à sa souveraineté » [32].

De l'exil de l'UGEMA en Suisse à son effacement devant l'UNEA

A partir de Lausanne, l'UGEMA va mener une double action internationale : 1. sur le plan social d'abord : elle s'attelle à gérer les bourses accordées par les gouvernements étrangers) et 2. au plan politique : elle s'emploie à défendre la plateforme d'indépendance portée par le FLN et le GPRA. Grâce à cette double action, le nombre d'étudiants algériens sera bien plus important dans les pays du Maghreb (Tunisie, Maroc…) et de l'Orient arabe (Egypte, Syrie, Irak…) qu'en Algérie et en France. L'Europe de l'Est recueillit, elle aussi, bon nombre d'étudiants algériens, notamment la RDA où l'on dénombrait déjà plus d'une centaine. La Suisse et l'Allemagne de l'Ouest étaient, dans une moindre mesure, un des lieux de destination des étudiants algériens : « enjeu politique interne majeur pour les directions du Front et du GPRA, pépinière de cadres pour l'ALN, le FLN et le GPRA, l'UGEMA va réussir, grâce à une position internationale extrêmement forte, et admirée, à tenir une ligne d'autonomie relative dans sa solidarité évidemment totale, ou sa dépendance naturelle, avec les décisions stratégiques des instances algériennes ». Reconnue par les deux principales organisations étudiantes internationales (l'UIE) dont le siège se trouvait dans la capitale tchèque et par la CIE/COSEC dont le siège était au Pays-Bas, l'UGEMA s'était acquise alors une position « exceptionnellement forte sur la scène internationale » au point que « presque toutes les organisations nationales d'étudiants dans le monde avaient repris et soutenu ses positions pour des négociations avec le GPRA et l'indépendance de l'Algérie » (p.68). Mais à partir de la tenue de son quatrième congrès qui eut lieu en août 1961, à Tunis, congrès qui marqua son apothéose, l'UGEMA perdit tout à coup son autonomie relative suite à la démission de son Comité directeur et son remplacement par une instance intermédiaire dont le responsable, Mohamed Mokrane, fut nommé par le GPRA. C'est que la moindre velléité d'autonomie politique ou syndicale ne pouvait s'accommoder d'avec le principe d'unité de pensée et d'action inauguré par les hommes du Premier Novembre 54. C'est parce qu'elle voulait garder les coudées franches, en dépit des tensions internes dont elle était le siège, que l'UGEMA fut interdite d'activité en décembre 1961 par Krim Belkacem, alors ministre de l'Intérieur du GPRA. Dès lors, elle n'existait désormais que comme prête-nom international et non comme organisation syndicale relativement indépendante comme elle l'était à l'origine de sa création. Il lui fut substitué alors une section universitaire placée sous l'égide du FLN et devant regrouper en son sein « l'ensemble des étudiants algériens, qu'ils se trouvent en Algérie, en France ou à l'extérieur ». 3 « Le 5e congrès tenu à Alger, en septembre 1962, en pleine lutte intérieure pour la conquête du pouvoir de la République algérienne, sera un échec total et le congrès sera « refait » un an plus tard. Depuis, l'UGEMA a laissé la place à l'UNEA » (p.68).

Notes

1- Mohamed SRIR (Dir.), Dynamiques Urbaines à Alger. La (re-fabrication de la ville en questions , Paris, L 'Harmattan, 2016, 288 p., prix 31 euros.

2- Dominique WALLON, combats étudiants pour l'indépendance de l'Algérie, Paris l'Harmattan, février 2016,237 p., prix 24 euros.

3-Note 7, p.68