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Affaire Khashoggi : Le royaume wahhabite rassuré par ses alliés

par Reghis Rabah*

Il faut préciser d'emblée que la presse internationale et les ONG's de la profession n'ont pas été à la hauteur de l'événement.

Il s'agit d'un acte unique dans son genre et constitue un précédent grave non seulement pour la libre opinion mais aussi la neutralité des postes diplomatiques dans le monde. La presse musulmane, première concernée par les deux lieux saints est restée timide tandis que les éditorialistes du monde occidental qui ont l'habitude de faire des analyses dans des tables rondes des heures et des heures se sont contentés des informations au compte goûte pour ne pas froisser le royaume dont ses pétrodollars figurent dans toutes les actions des principales chaines. Il est probable que plus jamais un journaliste ne s'aventurera à dénoncer ce régime qui ne recule devant rien. La piètre version imaginée par le président Donald Trump dés le lendemain même de cet assassinat est livrée pèle mêle par le royaume et comporte de nombreuse zones d'ombre. En effet, Cette annonce ne s'est toutefois pas faite sans confusion : le directeur d'un centre de réflexion considéré comme proche du pouvoir a donné une autre version. «Khashoggi est mort d'un étranglement au cours d'une altercation physique, pas d'une rixe à coups de poings», a déclaré Ali Shihabi, disant s'appuyer sur une source saoudienne haut placée. Puis, plus tard, le département international du ministère saoudien de l'Information a publié une déclaration en anglais attribuée à «une source officielle», affirmant que les discussions au consulat ont pris «une tournure négative» entraînant une bagarre qui a conduit à la mort de Khashoggi et à une «tentative» par les personnes qui l'avaient interrogé de «dissimuler ce qui est arrivé». Tandis que l'agence presse service saoudienne (SPA) a diffusé le communique intégral du parquet de Ryad qui souhaite au défunt supposé démembré de reposer en paix.

Ankara œuvre pour que ses relations avec Riadh ne pâtissent pas de cette affaire

Les versions du royaume ont changé 3 fois pour reconnaitre enfin le dimanche dernier par la voie officielle de son ministre des affaires étrangères Adel El Joubeir qu'il s'agit là d'une erreur « monumentale » mais Riadh ignore où se trouve la dépouille du défunt.

Les coups de fils en cascades entre Erdogan / le roi Salmane, Mohamed Ben Salmane / Trump et Trump/Erdogan montre qu'on se dirige vers un scénario consensuel d'une mort accidentelle pour sauver le Davos du Sahara qui se déroule timidement actuellement. Recept Tayyip Erdogan est sous les feux de la rampe pour avoir été approché pour corruption politique des saoudis va certainement développer les détails cette opération morbide d'assassinat de Khashoggi et surtout du reste de son corps.

Mais prouver l'implication directe du royaume saoudite dans l'enlèvement et le probable assassinat du journaliste saoudi Djamal Khashoggi, le gouvernement turc livre des informations par bribes comme s'il les monnayait avec le royaume wahhabite. Ainsi il a sciemment laissé fuiter par l'intermédiaire de son institution policière un enregistrement audio où on entend clairement le journaliste gémir de la torture qu'on lui fait subir en commençant par lui couper ses doigts. On entend aussi le consul général demander aux tortionnaires de sortir pour faire leur besogne dehors car cela pourrait lui attirer des ennuis. Le lendemain, effectivement ,le 17 octobre au moment de l'enquête, il a fuit Istanbul. La presse française s'appuyant sur les vidéos diffusées par ses confrères turcs et ce qu'a révèle la veille le journal New York times qui a publié plusieurs photos pour appuyer ses dires, Maher Abdelaziz Mutreb a notamment accompagné le prince lors de déplacements aux Etats-Unis en mars 2018 ainsi qu'à Madrid et à Paris en avril 2018. Les autorités turques ont diffusé une photo de lui arrivant à l'aéroport d'Istanbul avec 14 autres dont Salah al-Tubaigy, un médecin légiste qui a procédé au démembrement de la supposée victime en écoutant la musique. La fiancée du journaliste, une turque de confession musulmane avait déclaré au journal où a collaboré son futur époux que le 18 septembre, Jamal s'est rendu au consulat de l'Arabie Saoudite à Istanbul, où les fonctionnaires ont pris en charge sa demande et lui ont demandé de partir et d'attendre qu'on l'appelle lorsque son attestation de célibataire pour laquelle il s'est déplacé jusqu'en Turquie sera prête. C'est pour elle, la raison pour laquelle, il était confiant lorsqu'il a franchi le seuil de l'ambassade le 2 octobre à 13 h 15.

Cela prouve conclut le journal que les instructions sur ses déboires sont venues après, directement du cabinet du Royaume ; ce qui explique l'arrivée en urgence en Turquie de 15 proches de MBS le jour même de sa disparition. L'atrocité décrite par la presse dans le traitement de ce journaliste dans une ambassade, sensée être sécurisée et touchée par une neutralité politique même en temps de guerre n'est pas étonnante lorsqu'il s'agit du royaume wahhabite.

Le royaume a limogé deux proches du prince MBS pour donner des gages

En effet, face à la réaction internationale provoquée par l'affaire Khashoggi, l'Arabie veut donner des gages. Le royaume a donc annoncé la destitution d'un haut responsable du renseignement saoudien, Ahmad al-Assiri, et celle d'un important conseiller à la cour royale, Saoud al-Qahtani, considéré comme le bras droit de MBS.      

Le roi Salmane a également ordonné la création d'une commission ministérielle présidée par son fils pour restructurer le service saoudien du renseignement. Il se trouve que ce très proche de Mohamed Ben Salmane (MBS) annonçait il un peu plus d'une année sur sa page Twitter le châtiment réservé aux opposants du régime qu'il recommande de tuer même à l'intérieur de la Kaâba. En effet, Saoud El Qahtani comme le montre l'image de sa page s'appuie sur un verset coranique et ce qu'a ordonné le prophète Mohamed (SWS). Il a regroupé dans un hashtag ce qu'il a appelé la liste noire dans laquelle figure tous les opposants au régime du royaume. Le gendre de Donald Trump aurait collaboré à sa confection.

Le général Al-Assiri âgé d'une soixantaine d'années, était un conseiller de haut rang proche de la cour royale. Avant d'être promu chef adjoint du renseignement général en 2017, il était le porte-parole de la coalition militaire intervenant au Yémen depuis 2015 contre les rebelles Houthistes soutenus par l'Iran.

Le quotidien panarabe à capitaux saoudiens Al-Hayat qualifiait d'ailleurs ce général, formé à la prestigieuse école militaire française Saint-Cyr, de « pilote saoudien le plus connu au monde ».Parlant couramment le français, l'anglais et l'arabe, Ahmed Al-Assiri assistait souvent aux réunions à huis clos du prince héritier avec des dignitaires étrangers en visite dans le royaume. L'homme avait également acquis à l'étranger la réputation de harceler les journalistes dont les articles critiquaient les «bavures » saoudiennes au Yémen. Au printemps 2017, il avait été la cible d'un jet d'œuf lors d'une conférence à Londres et le gouvernement britannique s'était excusé pour cette «agression». Avant son limogeage samedi, le New York Times avait rapporté que l'Arabie saoudite attribuerait vraisemblablement la responsabilité de la disparition de Khashoggi au général Assiri et El Qahtani pour tenter de dédouaner «MBS »

Khashoggi n'était pas un fervent opposant à l'approche MBS

Dans sa toute dernière tribune publiée dans les colonnes de Washington post et la veille de sa disparition, Jamal Khashoggi a envoyé un message consistant pour vanter les reformes de Mohamed Ben Salmane sous réserve de ne pas l'accompagner par une répression (01). Il n'a jamais figuré sur cette liste comme opposant farouche. Au départ, Il s'est opposé à MBS parce qu'il a touché aux fondamentaux, dits piliers du régime à savoir : la reforme de la vision wahhabite, le tripotage du code de la famille par l'mancipation de la femme, la centralisation de la rente pétrolière qui était au mains de tous les membres de la nomenklatura royale. En termes simples, Khashoggi est d'accord avec toutes les règles du régime Saoudis traditionnel. Si donc, cette inhumanité avec laquelle il a été traité dans le consulat de l'Arabie Saoudite à Istanbul se confirme, c'est pour d'autres raisons que ces attaques répétées contre le jeune prince dans ses contributions à Washington Post. S'agit –il de renseignements confidentiels que le journaliste détient sur la famille royale avec laquelle il été très proche depuis 1999. Il a été l'intermédiaire principal entre le régime et Ben Laden qui lui a accordé plusieurs entretiens. Son grand père a ouvert la voie à sa famille pour rentrer au palais royal par être le médecin particulier « d'Ibn Saoud ». En tout cas, ce n'est pas la première fois que le régime s'attaque à ses opposants sans offrir ce spectacle international comme c'est le cas de Khashoggi. Depuis fin des années 80 plusieurs opposants ont été enlevés avec la complicité des principales capitales du monde et disparus à ce jour :

• Nasser Said Echamsi en 1979 au Liban

• Le prince Sulatn Ben Torki 2003 en plein Paris

• Le prince Torki Ben Bendek 2015 au Maroc

• Le prince Saoud Ben Saif ENasr 2015 en Italie

• Le prince Abdelaziz Ben Fahd par traitrise l'«année dernière

La liste est longue et ne compte pas ceux qui sont actuellement menacés comme le prince Khaled Ben Farhan acculement en Allemagne qui se dit s'attendre à son enlèvement tous les jours. Le plus grave est ce jeu paradoxal entre le prince Mohamed Ben Salmane et le président Donald Trump. Ce dernier le menace, l'autre lui réplique directement au nom de l'OPEP qu'il réduirait la production du pétrole pour faire flamber les prix des carburants dans les principaux pays consommateurs. C'est la preuve par 9 que pour ses intérêts, il est capable d'utiliser son droit de veto pour ordonner aux membres l'OPEP de le suivre et ils le suivront. Les prix à la pompe sont déjà contestés à un baril 80 dollars. On peut se demander si ce n'est sur cette fibre que le royaume mise pour être si rassuré face aux horreurs qu'on lui prête ? Pas mal de personnalités politiques ont boycottés la rencontre de ce mardi mais tous les contrats programmes ont été signés à part l'Allemagne qui a suspendu celui de vente d'armes au royaume.

* Consultant, Economiste Pétrolier

Renvoi :

(01) : regarder la vidéo qui montre le dernier Twitt de Khashoggi :et les circonstances de l'assassinat

https://fr.yahoo.com/news/l-apos-arabie-saoudite-reconna%C3%AEt-221300913.html

https://www.facebook.com/kaida1/videos/2022666371087534/?t=48

https://www.facebook.com/kaida1/videos/2023357137685124/?t=157

https://www.lepoint.fr/monde/en-arabie-saoudite-tout-le-monde-a-peur-19-10-2018-2264092_24.php?fbclid=IwAR1EsQgld1vC7G9JwTNk0wOaU5_Fp76ZEKCwt2-GtOJNz_SWeHCF3XqhSvc

https://www.lepoint.fr/monde/en-arabie-saoudite-tout-le-monde-a-peur-19-10-2018-2264092_24.php?fbclid=IwAR1EsQgld1v C7G9JwTNk0wOaU5_Fp76ZEKCwt2-GtOJNz_SWeHCF3XqhSvc

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https://www.facebook.com/HishamAbdallahh/videos/201620660735115/?t=461

https://www.facebook.com/kaida1/videos/2024198847600953/?t=63

https://www.facebook.com/crazymahboub/videos/2261645190721645/?t=90

https://www.facebook.com/crazymahboub/videos/2261474510738713/?t=110