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Hausse du climat : il est urgent de se bouger !

par Pierre Morville

«Nous sommes d'ores et déjà pleinement entrés dans le « futur climatique ». Hausse des températures moyennes et récurrence des chaleurs extrêmes, y compris dans le nord de notre hémisphère ce été, fonte des glaciers et de la banquise, sécheresse, modification de l'aire de distribution de certains animaux et espèces végétales, destruction d'écosystèmes rares et précieux, hausse du niveau de la mer, désoxygénation et acidification des océans, etc. : les manifestations du changement climatique ne cessent de s'accumuler.

Quant au futur, les projections d'impact sur les milieux, les espèces et les humains sont systématiquement revues à la hausse au fur et à mesure des nouvelles connaissances ». C'est un véritable cri d'alarme qu'ont lancé le week-end dernier, 700 scientifiques français dans une pétition publiée par le quotidien Libération. L'accord de Paris signé en 2015 par l'essentiel des pays (à l'exception des Etats-Unis, l'inénarrable Trump ayant a posteriori retiré la signature des USA) visait modestement à limiter la hausse de la température de +2° d'ici 2100. Principal outil : la limitation des émissions de gaz à effet de serre dues largement à la combustion des énergies fossiles. Côté résultats, on en est loin. La combustion des énergies fossiles réduites ? Les scientifiques relèvent que la hausse est toujours en cours : + 1,8% en Europe, +3,2% en France en 2017 par rapport à 2016…

Beaucoup de chaleur… mais aussi des ouragans

Facteur supplémentaire aggravant, il existe une variabilité naturelle du climat. A la hausse. Pour 2018-2022, l'impact lié à la variabilité naturelle du climat sera «équivalent au réchauffement climatique anthropique», ce qui aboutira ainsi à une hausse de température moyenne deux fois plus élevée qu'avec le seul réchauffement provoqué par l'homme, a précisé à l'AFP l'auteur principal Florian Sévellec, du Laboratoire d'océanographie physique et spatiale (CNRS/Ifremer). Beaucoup de chaleur mais pas seulement. Le nouveau climat sera propice aux ouragans « Nous sommes entrés dans une phase de chaleur, poussée par la variabilité naturelle, qui devrait durer cinq ans ou plus », ajoute ce chercheur. Selon son étude, les risques d'épisodes de températures anormalement élevées de la surface de la mer seront également plus importants, une situation propice aux ouragans.

Les trois dernières années ont déjà été les plus chaudes jamais enregistrées. Et malgré les engagements des États signataires de l'accord de Paris de 2015 à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, la planète se dirige vers un monde à +3°C par rapport à l'ère préindustrielle, avec son lot annoncé de sécheresses, ouragans ou territoires submergés par les eaux.

Les chaleurs de l'été ont été particulièrement impressionnantes, y compris dans les pays nordiques. Des records absolus de température ont ainsi été battus en Norvège avec 33,7°C le 18 juillet à Drag. Au même moment, en pleine nuit à Makkaur, sur les bords de la mer de Barents, le mercure n'est pas descendu sous les 25,2°C. Le lendemain, à Lakselv, on a enregistré 33°C, soit plus de 15°C au-dessus des normales, selon l'institut météorologique norvégien.

À Paris, la canicule précoce du printemps 2017 ou au contraire le violent coup de chaud tardif de septembre 2016 ne seront bientôt plus des exceptions. La capitale et sa région vont continuer à se réchauffer, et pourraient gagner jusqu'à 4°C d'ici la fin du siècle, selon Météo France.

Sécheresse et incendies

Autre conséquence, le retour de la sécheresse, y compris dans les pays dits tempérés. Les sécheresses, définies comme un déficit en eau sur une période relativement longue, font partie des extrêmes climatiques à fort enjeu sociétal. Les événements récents que la France a connus lors de l'été 2003 ou plus récemment au printemps 2011 ont rappelé la sensibilité de nos systèmes aux extrêmes hydrologiques et à la disponibilité de la ressource en eau.

Le changement climatique, du fait de l'augmentation de l'évaporation liée à la hausse des températures, renforce l'intensité et la durée des sècheresses des sols. Coordonné par Météo-France, le projet Climsec montre qu'en France, les sécheresses, définies comme un déficit en eau sur une période relativement longue, font partie des extrêmes climatiques à fort enjeu sociétal.

Les événements récents que la France a connus lors de l'été 2003 ou plus récemment au printemps 2011 ont rappelé la sensibilité de nos systèmes aux extrêmes hydrologiques et à la disponibilité de la ressource en eau.

Le changement climatique, du fait de l'augmentation de l'évaporation liée à la hausse des températures, renforce l'intensité et la durée des sècheresses des sols.

Les effets sont déjà visibles dans différentes régions du monde, dont le Bassin méditerranéen (5e rapport GIEC 2013).

Tout cela fait que les incendies redoublent d'intensité.

Et si on descend un peu plus dans le sud, auprès de la rafraichissante Méditerranée ? Pour les chercheurs du laboratoire d'océanographie de Villefranche-sur-Mer , les résultats concernant la température et le taux d'acidité sont mauvais : la température de l'eau et son taux d'acidité augmentent chaque année en Méditerranée. Entre 2007 et 2015, les eaux de surface ont gagné 0,7°C. La population des eaux change : « On rencontre plus de mérous, de barracudas qu'avant, on arrive à avoir une Méditerranée qui devient presque subtropicale » , explique Jean-Pierre Gattuso, directeur de recherche.

Mais le plus grave n'est pas là : le réchauffement pourrait mettre fin aux vins de Bordeaux et des Côtes du Rhône ! Cataclysme culturel…

Et en Algérie ?

SI l'on traverse la Méditerranée, considérée comme l'un des 25 points chauds dans le monde, on se retrouve évidemment au Maghreb, et notamment en Algérie.

La superficie de ce pays est la plus grande d'Afrique, avec 2 381 741 km2 soit quatre fois la France ou 60 fois la Suisse. Mais la partie désertique saharienne couvre plus de 80 % de la superficie de l'Algérie soit environ 2 millions de km2 Et le désert peut continuer de croitre.

« L'Algérie se trouve dans une région très vulnérable aux effets des changements climatiques. Ces risques émergents sont devenus aujourd'hui une réalité vécue», a averti M. Grimes lors de la 2e conférence internationale sur l'énergie et l'environnement, propos rapportés par le site transaction dalgerie.com.

Plus de 13 millions d'hectares (ha) sont touchés par l'érosion, dont 4 millions de manière «grave», a noté le responsable ajoutant que l'Algérie perd annuellement près de 400.000 ha à cause de ce phénomène.

En outre, l'Algérie subit depuis les années 70 une sécheresse récurrente avec une baisse de précipitations d'environ 10% durant les 20 dernières années, entraînant ainsi un dérèglement du calendrier agricole et une baisse des rendements des céréales allant jusqu'à 50%.     

Les experts prévoient l'accentuation de cette baisse à l'horizon 2040 avec une diminution attendue de 10 à 20% par rapport au niveau enregistré en 2011, a-t-il ajouté. Autre conséquence, des inondations qui ont fortement touché certaines régions du pays à 10 reprises depuis 1971.