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Le vent du Sud

par Moncef Wafi

S'il est certain que les actions, interdites de surcroît, à Alger d'une partie de l'opposition n'ont qu'un impact limité, porté plus sur la symbolique et la volonté de créer le buzz pour interpeller et l'opinion nationale et internationale, la protestation des chômeurs dans le sud du pays a ce quelque chose de terriblement authentique. Loin de nous l'idée de suggérer la fatuité des représentants de la contestation algéroise, mais le pouvoir sait pertinemment que le danger réel pour son cahier des charges est ce Sud en perpétuelle ébullition.

Lundi dernier, la quinzaine de chômeurs de Ouargla qui ont menacé de se suicider, refusant «le dédain du gouvernement», ne fait que prolonger un malaise latent que les pouvoirs publics ne semblent pas être en mesure de résoudre définitivement. Du moins ont-ils pu, juste, désamorcer le conflit à travers des promesses de travail et de formation, envoyant au charbon les représentants du gouvernement et multipliant les discours de bonne volonté. En 2013, et après plusieurs mois de sit-in un peu partout dans le pays à l'appel de la Coordination nationale de défense des droits des chômeurs, des milliers de personnes s'étaient rassemblées sur la place de l'Armée de libération nationale pour réclamer un travail et davantage de justice sociale. Sellal, alors Premier ministre, avait décrété des mesures d'urgence traduites par des crédits bancaires à taux zéro, préférence locale dans le recrutement, obligation pour les entreprises d'assurer des formations…

Le ministre du Travail, de l'Emploi et de la Sécurité sociale, Mourad Zemali, avait affirmé, en mai dernier, devant les parlementaires que les procédures particulières prises par le gouvernement sont entrées en vigueur de manière graduelle au niveau de toutes les wilayas du Sud. Cette démarche vise à «apporter une gestion plus ferme et transparente au marché de l'emploi et de faciliter l'intégration des demandeurs de travail» dans cette région du pays, avait-il précisé. Ce retour au premier plan d'une résistance «hard» signifie que les chômeurs du Sud ont compris qu'ils ont plus qu'une carte à jouer, un véritable atout dans leur manche pour faire pression sur un gouvernement qui veut, à tout prix, éviter de faire des vagues à l'approche de la présidentielle de 2019.

On ne veut surtout pas revivre, en haut lieu, les scènes de 2016 où six jeunes chômeurs ont entamé une grève de la faim devant les portes du siège de la wilaya de Ouargla, où la contestation est née, avant de se taillader le corps avec des lames. Quelques jours auparavant, d'autres chômeurs s'étaient cousu les lèvres et avaient bloqué des camions-citernes en menaçant de se faire exploser. Le système en place n'a pas besoin d'une contestation de masse qu'il ne peut pas contrôler, sauf dans la répression. Le pays se cherche une image lisse et consensuelle pour des besoins d'exportation et surtout de beaucoup de cash-flow pour louer une paix sociale en fin de bail.