Envoyer à un ami | Version à imprimer | Version en PDF

Une réforme de l'Education, avant toute refondation, n'est qu'une perte de temps et sera vouée à l'échec comme les précédentes réformes

par Hakem Bachir*

Le degré de corruption, de piston et de trafic d'influence auquel est parvenue la société algérienne est tel que personne n'ose ni n'a le temps de soulever les vraies questions qui font mal et qui compromettent l'avenir de tout un pays.

La priorité des priorités est, aujourd'hui, l'Education dont le mal est beaucoup plus profond que ne le pense la majorité des Algériens qui n'ont pas compris que tout ce qui arrive à notre société : mal gérance, violence, corruption, trafic, mensonge vient de l'école et seule celle-ci peut y remédier, à condition d'y mettre les moyens et d'avoir la volonté de changer positivement les choses.

Le ministère de l'Éducation nationale, en Algérie, est aujourd'hui, dans l'obligation, avant toute réforme, d'engager la refondation de l'École qui visera à réduire les inégalités et à favoriser la réussite de tous. La refondation de l'École concrétisera l'engagement de faire de la Jeunesse et de l'Education la priorité de la Nation et le pari de tout un peuple de relever les défis de développement, devant une mondialisation d'une réforme qui a détruit l'Ecole algérienne, en particulier.

Parlons d'abord du bilan du système éducatif en Algérie et les non-dits.

Première partie : constat

Le système de l'Education nationale est à revoir, dans sa globalité L'Ecole algérienne est confrontée, aujourd'hui, en 2018, aux défis de l'efficacité et de la qualité. Nous ne devons plus nous mentir et se satisfaire de la réussite d'enfants ne sachant ni lire, ni écrire, ni compter. Nous savons que la plupart des universitaires, aujourd'hui, ne savent pas rédiger une lettre.

Le bilan de la réforme initiée depuis 2003, et dictée par l'UNESCO est désolant. Il est vrai que certaines réalisations ont été notées, comme la généralisation de l'accès à l'école, la décentralisation de la gestion du système, le renouvellement des contenus des programmes ou encore la nouvelle architecture pédagogique mise en place. Mais l'essentiel de la réforme reste à accomplir. Même si l'accès à l'école a été généralisé, pour les tranches d'âge de 6 à 11 ans, pour le primaire (jusqu'à 100 %, dans certaines villes comme Oran, Alger et Constantine), les taux vont en s'amenuisant, à fur et à mesure que l'on avance dans les tranches d'âges ou dans certaines régions. De 12 à 15 ans, au collège, par exemple, le taux passe à 80%. De 15 à 17 ans, au Secondaire il passe à 75%, et de 19 à 23 ans à seulement 24%. Alors que dans d'autres pays, ce dernier taux est bien plus élevé. Il est de 36% en Tunisie, de 12% au Maroc et de 43% en Europe. Ce qui est bien sûr, révélateur de dysfonctionnements liés au passage d'un niveau scolaire à un autre, à relever et à traiter. Les chiffres liés à l'abandon et à l'échec scolaire sont, pour leur part, assez inquiétants. Le taux « moyen » de redoublement au primaire est de 3% (jusqu'à 7%, dans certaines régions), de plus de 8% au collège, et de 5% au lycée, sans la 3ème année secondaire où le taux dépasse 50%, ce qui démontre l'anomalie et prouve que le taux de redoublement ne reflète pas le vrai niveau des élèves. Concernant l'abandon scolaire, le constat est amer. Plus de 500.000 enfants ont quitté l'école avant l'âge de 17 ans, en 2006. Ce qui veut dire que des centaines de milliers d'enfants restent livrés à eux-mêmes durant des années, sans avoir aucun statut, au sein de la société. Dans les milieux ruraux, ces enfants sont en majorité exploités dans des travaux agricoles non rémunérés.

Aujourd'hui, seuls 10% des élèves de la 4ème année du primaire maîtrisent les connaissances de base dans toutes les matières enseignées. Cela veut dire que plus de 80% de ces élèves ne comprennent pas ce qu'on leur enseigne ! Dans certaines villes, ce taux est catastrophique. La société pointe du doigt les enseignants. Ces derniers sont à la fois victimes et responsables de la défaillance du système. Ils ont été poussés à intégrer un domaine d'activité pour lequel ils n'avaient au départ aucune vocation, faute de mieux. Ils ont été, par la suite, mal formés, sous-payés et donc pas du tout motivés. Cela se répercute, forcément, sur la qualité de l'enseignement. D'où la nécessité de la mise en place d'un programme de formation et de « remise à niveau » des enseignants. Même si l'opération risque de coûter cher à l'Etat. En tout cas, la facture sera bien moindre que celle engendrée par l'abandon scolaire au primaire, qui, à lui seul, coûte à l'État une perte sèche de plusieurs milliards de dinars. Quand on constate qu'une grande partie des enseignants ne sait pas manipuler correctement un outil informatique, et qu'une large proportion d'entre eux est de formation littéraire, mais donne quand même des cours mathématiques, on se rend compte de l'urgence des actions à entreprendre.

• Pour commencer la refondation de l'Ecole, deux grands chantiers sont concernés en priorité: celui des infrastructures, des encadreurs administratifs, des parents d'élèves et des enseignants :

• Infrastructures désastreuses

L'état des infrastructures d'accueil des élèves est littéralement désastreux. Des milliers de salles sont déclarées insalubres. Dans le milieu rural, des écoles ne sont pas raccordées au réseau électrique, ne sont pas raccordées au réseau d'eau potable, ne disposent pas de sanitaires et ne sont pas dotées de chauffage. Résultat : des classes à plus de 40 élèves. La localisation géographique des nouvelles infrastructures n'obéit à aucune étude démographique.

• Encadreurs administratifs

Le manque d'encadreur administratif est énorme et dans la plupart du temps, ils sont non qualifiés pour cette mission pédagogique. Au lieu d'être des accompagnateurs au travail des enseignants, ils font le contraire et sont, souvent, à l'origine du désastre que vit l'Education par leur complicité avec certains élèves ou parents d'élèves.

• Les enseignants et leur formation.

Les enseignants sont recrutés, en grande partie, sur la base d'un concours et sont jetés dans la gueule du loup sans aucune formation, sans salaire et sans hébergement dignes. Donc tout frais, issu de l'Université, ces derniers ont besoin de temps d'adaptation et de formation et ne sont pas prêts à affronter une génération d'élèves très difficiles à convaincre et à maîtriser. Les solutions existent, il suffit de recruter, scientifiquement, en commençant par ceux qui ont été formés, pendant des années, en tant que contractuels et de se donner le temps à la formation des novices dans l'Education. Le critère de vocation doit être l'un des principaux points de recrutement.

• Les parents participent au désastre de l'Ecole indirectement.

Les parents soucieux de l'avenir de leurs enfants, qui refusent la résignation, la soumission, qui sont contre l'incivilité qui gangrène l'Ecole, et qui sont pour la citoyenneté, pour le rétablissement des valeurs culturelles et identitaires de la Nation algérienne, mettent leurs enfants dans des écoles privées de fortune ou leur payent des cours particuliers. Ces parents ont choisi la solution facile, mais la mauvaise, car ces écoles privées, dans la plupart du temps, sont des fonds de commerce en l'absence de tout contrôle de l'Etat. Ces parents devraient, dès le primaire, participer au développement de l'Ecole publique, suivre de près les programmes enseignés, tout en dénonçant toutes anomalies et ne pas habituer leurs enfants aux cours particuliers, chez leurs propres enseignants.

L'Ecole algérienne a perdu le sens du plaisir et de la scolarité, aussi bien, de l'apprenant que de l'encadreur et, à tous les niveaux, administratif ou pédagogique.

L'Ecole doit, d'abord, être un projet de société, ce qui n'est plus le cas chez nous, depuis longtemps. Pour cela, avant de confier nos enfants à un enseignant, celui-ci doit être formé, connaître les programmes qu'il transmettra, avoir la vocation d'enseignant et surtout l'objectif auquel il est destiné.

Pourquoi la refondation de l'éducation ?

Tout d'abord, l'Ecole est depuis longtemps un laboratoire à ciel ouvert. Depuis 1986 et l'adoption de l'arabisation dans toutes les matières, à 100%. Les enseignants, aussi bien que les élèves ont été, d'abord les cobayes de l'arabisation aveugle, sans formation. Dans les années 90, l'expérience de la création de la branche « Sciences islamiques » ne dura que quelques années pour être supprimée et remplacée par la matière « Science islamique » qui est généralisée et introduite comme matière d'examen au baccalauréat.

En 2003, les élèves et les enseignants furent confrontés à la venue de la nouvelle réforme, exigée par les multinationales et l'UNESCO. Le laboratoire algérien dans l'Education continue, là aussi, avec la suppression de l'enseignement technique, dans les lycées et des milliards sont sacrifiés, avec des machines modernes importées, en devises, qui rouillent en ce moment même ou bien ont été revendues au prix de la casse, sans qu'aucune enquête n'est été faite, un autre matériel a été réceptionné après, mais sa destination restera inconnue. Des ateliers des lycées techniques ont été ainsi détruits en entier. L'expérimentation continuera en réduisant l'enseignement primaire à cinq (05) années et en obligeant une génération d'enfants de faire 6 ans de primaire et une autre, une année de moins. Pour rattraper le temps fixé par l'UNESCO, pour le 1er baccalauréat de la réforme, en 2012, et pour obéir au bricolage et non au travail pédagogique, 2 générations se croiseront au BEM et au baccalauréat : l'une ayant suivi l'ancienne réforme et une autre, la nouvelle. C'est du pur bricolage où nos enfants et nos enseignants en font les frais, et de nouveau des cobayes, mais cela durera jusqu'à quand. Toutes les enseignantes et tous les enseignants n'ont pas été formés pour appliquer cette réforme et durent s'auto-former pour les plus consciencieux ou bien enseigner suivant les moyens à bord et en appliquant la réforme par objectif. La finalité, enseignants et élèves furent des cobayes sans professeur, ainsi la réforme ne fut jamais appliquée et plus de 50% des élèves échouent à l'Université.

Les statistiques de réussite au baccalauréat sont faussées par une notation où les questions faciles et de moindre intérêt sont très largement notées et celles de moindres difficultés sont très largement notées. Cela donne des statistiques de réussite d'environ 50%, au baccalauréat et parmi eux plus de 75% échouent en 1re année universitaire. Donc une correction dans les normes donnera des statistiques de moins de 20% de réussite au baccalauréat, ce qui représente la réalité de la formation, l'échec de l'Ecole et de la réforme. Arrêtons de nous mentir et de croire en nos mensonges.

 Donc, aujourd'hui, ayant le courage de faire une vraie refondation de l'Education avant toute réforme et qu'elle obéisse aux objectifs et au profit de la Nation et non à celles des lobbies et des multinationales.

 Deuxième partie : La refondation de l'enseignement

 La refondation de l'école primaire

Aujourd'hui, il est temps de scolariser les enfants à partir de 4 ans, au préscolaire, cela permettra, à tous les élèves, de maîtriser la langue et aux enfants, comme en Europe, d'être moins dans la rue. Le préscolaire deviendra le vrai tremplin vers la réussite, tout au long de la scolarité et faire émerger une société plus juste. Des assises regroupant tous les acteurs à travers tout le pays, de 2 ou 3 jours doivent voir le jour, pour préparer l'élève à aborder la 1re année du primaire

Ces échanges qui auront lieu durant ces 2 ou 3 jours pourront nourrir une réflexion pédagogique et renforcer un soutien aux acteurs. En effet, exercer au pré-scolaire est une mission spécifique qui appelle des qualifications particulières.

L'école primaire regroupe l'école pré-scolaire (2 ans) et l'école élémentaire (de la 1re à la 5ème année).

Elle comprend :

- Le premier cycle des apprentissages premiers, et cela durant le pré-scolaire pendant 2 années.

- Le deuxième cycle des apprentissages fondamentaux, et cela, de la 1re à la 3ème année élémentaire.

- Le troisième cycle de la consolidation des apprentissages, et cela, de la 4ème à la 5ème année élémentaire.

Passage, redoublement ou saut de classe à l'école

À l'école primaire (pré-scolaire ou élémentaire), l'enseignant évalue, régulièrement, les acquis de l'élève et informe les parents de sa situation scolaire. À la fin de l'année scolaire, le conseil des classes se prononce sur la poursuite de sa scolarité. En pré-scolaire, les redoublements ne sont pas possibles, mais le saut de classe l'est. En élémentaire, les redoublements sont exceptionnels.

Le conseil des classes de l'école est composé :

• Du directeur d'école,

• Des enseignants de l'école,

Il se réunit au moins 1 fois par trimestre.

À la fin de l'année scolaire, le conseil des classes de l'école peut proposer :

• Un passage en classe supérieure,

• Ou un saut de classe si l'enfant fait preuve de grandes facilités dans ses apprentissages,

• Ou le redoublement.

Le redoublement peut être proposé par le conseil des classes si l'accompagnement pédagogique n'a pas permis de pallier les difficultés importantes d'apprentissage rencontrées par l'élève. Cette proposition intervient après un dialogue avec les parents et sur l'avis de l'inspecteur de l'Education nationale. Un dispositif d'accompagnement pédagogique spécifique doit être prévu.

La proposition du conseil est adressée aux parents.

À la fin de la classe de 5ème année élémentaire, le conseil se prononce, ainsi, sur le passage ou non de l'enfant au collège.

Les élèves de 4ème année élémentaire, pour lesquels a été décidé un saut de classe, sont également concernés.

À noter :

Le conseil des classes ne peut prononcer qu'un seul saut de classe durant la scolarité d'un élève en école primaire (pré-scolaire et primaire). Exceptionnellement, il peut proposer un 2ème saut de classe après avis de l'inspecteur de l'Education nationale.

Donc la refondation au primaire concernera le pré-scolaire qui doit être obligatoire. Des écoles spéciales doivent être créées dans chaque wilaya, et, qui prendront en charge les enfants en grande difficulté de scolarité. Ces écoles comprendront des classes spéciales pour les élèves ayant besoin de prises en charge particulière : discipline ou niveau très bas.

Des passerelles spéciales, doivent être créées à la fin du cycle primaire, pour prendre en charge les élèves en difficulté pour suivre une formation professionnelle dans des collèges techniques permettant, ainsi, la déperdition scolaire du primaire d'être presque nulle, ces collèges formeront des élèves qui après 4 années iront dans des lycées de formation professionnelle pour préparer un baccalauréat professionnel.

2) La refondation de l'enseignement moyen

La scolarité dans ce cycle se déroulera pendant 4 années. L'enseignement moyen comprendra 3 collèges du cycle moyen :

a) Le premier comprendra les élèves ordinaires ayant réussi normalement leur cycle primaire.

b) Le second comprendra les élèves ayant réussi normalement leur cycle primaire, mais toujours en difficulté disciplinaire ou ayant encore besoin de soutien.

c) Le troisième comprendra les élèves ayant échoué leur cycle primaire et destinés à une formation professionnelle qui porteront la dénomination de collège professionnel.

À la fin de ce cycle, les élèves auront droit à accéder soit au lycée, soit à poursuivre leur formation professionnelle dans les centres professionnels pour l'obtention d'un baccalauréat professionnel de spécialité. Une première orientation se fera à la fin de ce cycle, pour désigner les élèves destinés aux lycées d'enseignement général ou aux lycées d'enseignement technique ou tout simplement aux centres de formation professionnelle.

3) La refondation de l'enseignement secondaire

La scolarité, pendant ce cycle, se déroulera pendant 4 années, soit dans les lycées d'enseignement général ou dans les lycées d'enseignement technique, pour l'obtention :

a) Baccalauréat d'enseignement général par spécialité : mathématiques, sciences expérimentales, économie, lettres ou informatique.

b) Baccalauréat d'enseignement technique : Technique mathématiques avec ses spécialités: agriculture, …

La première année secondaire sera un tronc commun pour tous les élèves, ceux qui seront dans les lycées d'enseignement général ou d'enseignement technique, pendant cette année les élèves doivent obtenir une moyenne générale de 10 comptabilisée avec le même coefficient. Une fois cette moyenne acquise, le passage en 2ème année secondaire sera assuré, l'orientation se fera sur la base de calcul de nouveau des moyennes suivant les coefficients des matières de spécialités, pour tous les élèves et ainsi nous aurons un profil d'élève exact à 90%. Là aussi, des lycées spéciaux doivent exister, dans chaque wilaya, pour les élèves en difficulté disciplinaire ou en besoin de soutien particulier.

Une fois l'orientation faite, les élèves poursuivront leur cursus en 3ème année secondaire et pour passer un pré-bac pendant 2 jours :

1) Mathématiques, français, sciences islamiques et histoire-géo pour les littéraires.

2) Arabe, français, sciences islamiques et histoire-géo pour les autres branches.

Ces résultats seront enregistrés pour être comptabilisés en classe terminale qui sera la 4ème année secondaire. Pendant cette année, les élèves seront libres s'ils veulent annuler leurs résultats du pré-bac et les repasser ou bien les comptabiliser et passer uniquement les matières restantes pendant deux jours.

Les examens du baccalauréat ou du pré-bac doivent se dérouler à partir du 20 juin, pour préparer les bacs blancs et les examens des autres années, à partir du 07 juin et ainsi les cours se termineront, le 30 mai pour tout le monde.

*Professeur de mathématiques