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Le Secrétaire général de l'UGTA, Abdelmadjid Sidi Saïd, au « Le Quotidien d'Oran »: Mettre un terme à l'anarchie des prix

par Interview Réalisée Par Ghania Oukazi

Abdelmadjid Sidi Saïd dénonce et rejette les remontrances du FMI, les rappels à l'ordre du BIT et la condamnation de l'Algérie par la Commission internationale des droits de l'Homme. Il considère que «ces institutions répondent d'officines occidentales qui veulent déstabiliser le pays.» Il estime aussi que «quand on a des convictions, on surmonte des montagnes.» Il appelle alors à la construction d'« une dynamique collective » pour booster l'Economie nationale et préserver sa dimension sociale, à l'ombre de la stabilité et la paix qu'il affirme rétablies grâce aux efforts du président de la République. «Nous lui restons fidèles et loyaux. Nous lui vouons une grande affection. Plus il perdure avec nous, plus nous avançons, » dit-il.

Le Quotidien d'Oran.: Ce n'est pas la première fois que le FMI trouve à redire sur ce que fait l'Algérie au plan économique, financier et social. Pourquoi avez-vous décidé de réagir cette fois ?

Abdelmadjid Sidi Saïd: Avec toutes ces attaques frontales extérieures que dirigent des officines étrangères contre l'Algérie, on ne peut que constater que les hostilités sont féroces. Aujourd'hui, c'en est trop. Je rappelle que chaque année que le FMI fait son rapport sur l'Algérie, il est reçu par l'UGTA. Nous avons avec le FMI des débats importants. Nous lui avons même remis des documents qui mettent en relief le dialogue social, les propositions des tripartites sur les questions économiques et sociales, l'entente entre l'Organisation syndicale et le Patronat, la convivialité entre le gouvernement et l'UGTA… C'est-à-dire qu'il y a entre nous, partenaires sociaux, un dénominateur commun pour dire au FMI qu'il y a une synergie pour faire avancer les questions économiques.         Ce qui est bizarre, c'est quand le FMI est chez nous, il est ébahi par ce qui se fait et affirme que ce sont des exemples concrets rassurants. Mais il ne fait, jamais, allusion à tout cela dans ses rapports. Je crois que le FMI cherche à casser des dynamiques nationales pour enclencher la sienne et placer le pays entre ses griffes.

Q.O.: A ce point, vous pensez que son hostilité à l'égard de l'Algérie est grande ?

A.S.S: Quand il dit, aujourd'hui, qu'il faut supprimer les subventions, augmenter le prix du pain, le lait, ne plus donner de logement social, cela veut dire qu'il y a un schéma d'officines auquel il obéit pour déstabiliser le pays. La dimension sociale est un des fondamentaux de la déclaration du 1er Novembre 1954. Il veut, aujourd'hui, qu'on la renie ?!? Nous sommes persuadés que cette dimension sociale, purement algérienne de surcroît, dérange les officines occidentales parce qu'elles savent que c'est elle qui conforte la stabilité et la paix dans le pays.

Q.O.: Mais pourquoi l'Algérie dérangerait tant ?

A.S.S: Parce que l'Algérie est un pays monument qui a des principes et des valeurs qui ont toujours été la source à la gestion du président de la République. Cette particularité algérienne fait que la solidarité entre les Algériens n'a pas d'égale. Le FMI est un déstabilisateur. Là où il est passé, les économies ont été cassées, l'herbe ne pousse plus. C'est Attila…

Q.O.: Mais n'est-ce pas le gouvernement, le premier, qui a avancé l'idée de supprimer les subventions?

A.S.S.: Le gouvernement n'a jamais parlé de leur suppression. La problématique nécessite un débat national. Il faut trouver des passerelles pour que cette dimension sociale ne souffre pas. Il est nécessaire qu'on en discute entre nous tous. Le FMI ne doit pas la reprendre à son compte pour nous donner des leçons.

Q.O.: Le FMI a-t-il eu raison ou tort de se prononcer contre le recours de l'Algérie au financement non conventionnel, à la planche à billets ?

A.S.S.: Ce n'est pas son problème. Nous savons qu'il veut que l'Algérie renoue avec l'emprunt international. Il veut qu'on fasse le bonheur des pays qui le commandent en nous poussant à nous endetter auprès d'eux. Le paiement de la dette extérieure décidée par le président de la République leur a fait très mal. Pour eux, toute décision souveraine d'un pays qui ne cadre pas avec leur diktat est considérée comme non contributive à l'économie.

Q.O.: Ne pensez-vous pas que le monde du travail reproche plus de choses au gouvernement que le FMI ? La cherté de la vie par exemple ?

A.S.S: Je suis tout à fait d'accord que pour régler ce problème, il faut aller vers des instruments de contrôle rigoureux et même répressifs et je pèse mes mots. C'est une urgence pour contrôler le marché et mettre un terme à cette liberté des prix qui casse le pouvoir d'achat des citoyens.

Q.O.: Avant le FMI, il y a eu le BIT qui a reproché à l'Algérie de marginaliser les syndicats autonomes ? Comment avez-vous réagi ?

A.S.S.: On a le FMI, le BIT, on a la fameuse commission des droits de l'Homme qui a trouvé des arguments, tout à fait fallacieux, pour condamner l'Algérie alors qu'elle ne bouge pas le petit doigt pour condamner le massacre des Palestiniens, ni pour ce qu'a fait l'Europe aux Migrants… Il y a des éléments qui se conjuguent pour comment déstabiliser l'Algérie. Le BIT sait que les syndicats autonomes sont présents dans des secteurs névralgiques comme l'Education, la Santé et qu'ils dialoguent et négocient avec leurs responsables. Où est la marginalisation ou l'exclusion ?

Q.O.: N'ont-ils pas le droit de dialoguer avec le gouvernement au même titre que l'UGTA ?

A.S.S: Je tiens à dire qu'il faut comprendre que l'action syndicale ne doit pas reposer sur un concept de violence. Plus l'action syndicale est marquée par le consensus, par le dialogue, plus elle apporte ses fruits.       Le salarié a besoin qu'on lui règle ses problèmes, pas qu'on lui ajoute des difficultés. Il faut chercher des solutions sur une base consensuelle,       C'est ce que font les pays développés. Ce n'est pas un hasard que l'Allemagne, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne ont chacun un seul syndicat. Ceux qui nous parlent de libertés syndicales n'ont qu'un seul syndicat. Il y a quelque chose qui ne va pas… Pour eux, c'est tout à fait normal qu'il y ait une seule organisation syndicale qui agit avec le gouvernement mais pour les autres pays, il faut aller vers plusieurs.

Ils doivent certainement penser à pousser le pays dans plus de perturbations. Il y a, aujourd'hui, des velléités de déstabiliser l'Algérie, c'est une évidence. Le cas du FMI, il n'a ni crédibilité ni souveraineté pour s'ingérer dans la politique économique et financière du pays. Cette politique a son maître, c'est le président de la République. L'UGTA condamne avec ferveur et avec force toutes ces agressions contre le peuple et le pays. Nous savons que l'une des raisons, parmi tant d'autres, qui fait réagir le FMI, c'est la diminution des importations décidée par le gouvernement, qui pour lui, pénalise les sociétés occidentales. On a affaire à un FMI à deux vitesses, clément avec les pays nantis et exploiteurs et sévère avec les pays qui veulent construire leur économie.

On en a marre des politiques à deux vitesses. Il faut qu'ils sachent que la solidarité nationale est vivace quand on touche à la souveraineté de l'Algérie. Nous avons payé un lourd tribut dans le passé. Soyons vigilants et travaillons calmement.

Q.O.: Vous avez reçu, jeudi dernier, l'ambassadeur des Etats-Unis et dimanche l'ambassadeur de France. Vous ont-ils parlé des mêmes problèmes que le FMI ?

A.S.S.: J'ai rencontré l'ambassadeur des Etats-Unis avec les représentants des 32 fédérations de l'UGTA. J'ai reçu les deux ambassadeurs à leur demande. Nous avons discuté de questions politiques et économiques. C'est bien de discuter «algérien» avec des ambassadeurs, en étant nous-mêmes. Nous nous devons d'être positifs et ne permettre à personne de nous donner des leçons de démocratie, de politique économique ou sociale.

Q.O.: L'UGTA a été la première organisation a appeler à un 5ème mandat. Pensez-vous déjà à faire la campagne électorale pour le président ?

A.S.S.: Le chiffre importe peu. Nous lui renouvelons encore et toujours notre fidélité et notre confiance. La campagne pour le président, on la fait tous les jours, quotidiennement. Notre engagement, notre fidélité, notre confiance, notre affection pour lui ne sont pas conjoncturelles, Préserver la stabilité et la paix, c'est notre campagne de tous les jours. Je suis heureux de voir les familles aller rompre le jeûne aux Sablettes, de voir les Algériens veiller, tardivement, en toute sécurité.

C'est ça l'Algérie, c'est ça le président. Quand on a des convictions, on surmonte des montagnes.      Depuis que Abdelaziz Bouteflika est aux commandes de la République, en tant qu'organisation syndicale et en tant que syndicaliste, nous nous sommes engagés à ses côtés d'une manière intrinsèque. Un engagement intrinsèque intérieur de ma personne mais également celui de l'organisation, à l'endroit de la personne du président de la République. Aujourd'hui, en plus de notre engagement, c'est la consécration de notre fidélité à son égard.

Q.O.: Qu'est-ce qui vous a amené à passer de l'engagement à la fidélité envers un président que vous n'avez peut-être pas connu dans le passé, du moins pas personnellement ?

A.S.S.: Je ne le connaissais pas personnellement bien qu'il a toute sa place dans l'histoire nationale et internationale. Notre fidélité repose sur plusieurs éléments mais le plus important, c'est son affection et son amour pour le pays. On sent à travers lui, la sérénité et la sécurité pour le pays.

Il incarne l'apaisement. Il dégage des ondes positives qui font qu'aujourd'hui, on va vers lui spontanément et avec cet esprit de vouloir l'accompagner. Psychologiquement, on sent qu'à travers lui et avec lui, on peut avancer.

Dès le début, nous avons ressenti chez lui ce besoin fondamental de donner à l'Algérie une assise nationale et internationale, le besoin de réaliser, de donner du bonheur à son peuple.

De l'engagement, nous sommes passés à la fidélité, à la confiance entre nous. On sait qu'il attache tellement d'importance à la confiance et à la loyauté.

Nous lui restons fidèles et loyaux. Nous lui vouons une grande affection. Plus il perdure avec nous, plus nous avançons.

Q.O.: Quels ont été les acquis du monde du travail depuis 1999?

A.S.S: Ce n'est pas seulement le monde du travail qui a eu des acquis, c'est le pays qui a gagné sur le plan économique et social. Le président a révolutionné le paysage économique et social du pays.

Q.O.: En faisant quoi ?

A.S.S.: Les grands chantiers, les différents investissements économiques, que ce soit dans l'Industrie, dans l'Education, dans la Santé… Il a apporté un plus fondamental pour le pays. Il ne faut pas qu'on nie ce qui a été fait depuis 1999 à ce jour. Avant, pour aller d'Alger à Oran, il nous fallait minimum 8 heures, aujourd'hui avec l'autoroute Est-Ouest, c'est 3 heures. Même si on est négatif, la réalité commande d'avoir une appréciation positive, en constatant ce qui a été édifié.

En plus des nombreuses infrastructures qui ont été réalisées, il y a les acquis sociaux, les salaires, les retraites, les indemnités, l'emploi pour les jeunes, l'Ansej…. Il y a un ensemble de fondamentaux qui fait qu'aujourd'hui, on peut dire qu'il a fait beaucoup pour le pays.

Q.O.: Pensez-vous que les travailleurs perçoivent des salaires qui peuvent leur assurer un pouvoir d'achat décent ?

A.S.S.: Les salaires n'ont rien à voir avec ce que le président de la République a réalisé.

Les salaires doivent suivre un mouvement économique qui peine à se mettre en place.

Nous savons tous que les salaires ont toujours été assurés grâce à la rente pétrolière. Aujourd'hui, on se doit de renverser la vapeur. Les salaires doivent être assurés par l'élément économique hors hydrocarbures. C'est un objectif à atteindre.

Q.O.: Qu'est-ce qui a empêché à ce jour de l'atteindre ?

A.S.S.: Il faut reconnaître que ça commence à prendre dans pas mal d'entreprises publiques et privées. Il faut cependant, que le monde du travail, employeurs et salariés, créent une culture économique…

Q.O.: Qu'est-ce qui manque le plus?

A.S.S.: C'est la volonté qui manque. Nous n'avons pas encore intégré dans notre subconscient la nécessité du changement pour mettre en place une économie hors hydrocarbures.

Q.O.: La volonté ne doit-elle pas émaner en premier du politique?

A.S.S.: Le politique est un instrument. Les acteurs économiques sont frileux de mener une action collective pour changer de cap.

Aujourd'hui, il faut qu'il y ait un éveil. Il y a une donne essentielle, on ne fait plus de différence entre l'entreprise publique et l'entreprise privée, c'est l'entreprise algérienne qui doit, aujourd'hui, générer du profit et des richesses. Or, que ce soit les employeurs, les salariés, l'intelligentsia, on a toujours cette tendance pernicieuse à attendre l'argent du pétrole. Il faut, absolument, que cet argent devienne le moteur et l'accompagnateur d'une nouvelle dynamique économique qui doit être portée par le collectif national, c'est-à-dire le décideur, l'employeur, le salarié et le citoyen. La condition est que cette dynamique doit être collective. Chacun de nous doit la booster. Nous avons aujourd'hui, les bases du développement qui ont été jetées par le président de la République, elles existent, elles sont visibles à l'œil nu. A partir de ces bases, il faut entreprendre un saut qualitatif pour amorcer cette dynamique. Tous les gouvernements qui se sont succédé ont fait des efforts dans ce sens. Ce qui est dommage, c'est que nous nous sommes toujours accommodés à la critique négative de tout ce qui se fait. Ce qui porte préjudice à l'ambiance collective.

Il est impératif, pour nous, de trouver un consensus pour faire avancer la question économique, ce n'est plus un besoin, c'est vital. Certes, le gouvernement doit être l'élément moteur, mais autour de lui, il faut créer une ambiance de solidarité. Il faut sortir de la politique du « baïlek » et aller vers la culture du compter sur soi. Le premier élément fondamental à ce processus de changement, c'est la paix. Si le président de la République n'avait pas enclenché le processus de la paix à travers la Charte pour la paix et la réconciliation nationale, peut-être qu'on aurait continué à vivre à ce jour des situations néfastes. Le rétablissement de la paix est un élément important à ajouter à son crédit. Il a eu le courage politique de dire à son peuple «arrêtons l'effusion du sang, on doit faire avancer le pays», ce qui n'était pas évident. C'est l'une de ses meilleures réalisations.

Aujourd'hui, nous sommes un pays exportateur de paix. On fait des jaloux au regard de l'hostilité de l'environnement international à notre égard. Il faut qu'on reconsidère, collectivement, les questions économiques et sociales pour qu'on puisse redresser notre économie et faire face à une agressivité qui, au passage, ne nous fait pas peur. Mais on doit rester en position d'éveil, on doit rester vigilant.