Envoyer à un ami | Version à imprimer | Version en PDF

Hacha !

par Mostéfa Laroussi *

Jlakh, khnez, louwsakh, zoubia, fouha, tmarmid… Hachakoum et avec tout le respect que je vous dois, c'est notre pain quotidien ou plutôt cela fait partie de notre mobilier urbain ! Nous devenons aveugle des immondices qui sont quotidiennement devant nous, s'entassent, se jettent, s'éparpillent partout et remplissent notre champ visuel.

Nous ne nous estimons pas responsables ou acteurs de cet état de fait que j'ai nommé en début de cet article. Inconsciemment, celui qui a fini un paquet de cigarette le jette par terre, de même pour les mégots. Ahhh le dégât que fait ce petit mégot à nos forêts, plages, trottoirs… celui ou celle qui a mangé un bonbon, une banane, un chewing-gum jette ce qui reste et c'est ainsi sur tout le territoire de ce beau pays. Je ne vous parle pas des sacs bleus, avant ils étaient noirs, mais comme on est plus marketing on a mis du bleu c'est moins voyant peut-être ? Nous avons distillé, semé, éparpillé du plastique bleu sur nos villes, nos champs, nos plaines et même sur nos belles dunes et c'est ce qu'on peut qualifier de massacre à ciel ouvert. En fait, si nous avions payé des étrangers pour faire du mal sur le plan écologique, à notre pays, ils ne réussiraient à le faire comme nous le faisons nous-mêmes.

Quelques-uns d'entre nous, ne savent pas ‘boire', au fait le mot ‘boire' en algérien veut dire boire de l'alcool ! Je disais donc qu'on ne sait pas boire ni avec modération ‘Ngassrou ou Nkhasrou' ni avec propreté ‘Nwaskhou' et nous ne sommes pas respectueux envers notre ‘prochain' ‘Ndabzou' encore moins envers la nature. La nature, ce patrimoine de l'Humanité que nous avons effacé de notre lexique. Dire que la culture musulmane et nos traditions nous enseignent un civisme exemplaire que malheureusement nous avons mis au placard, et qu'on apprécie dès qu'on traverse la Méditerranée. Pourquoi, je ne sais pas, ‘This is the question'.

En effet, on jette les cannettes, bouteilles de bière, vin… sur les trottoirs des carrefours, là où les voitures se garent et je vous invite à faire un tour dans les carrefours de nos grandes villes, des endroits cachés. Je ne parle pas de notre pauvre littoral, un tour sur nos corniches et le constat est affligeant, le même paysage désolant est offert à notre vue ceci de Annaba à Port Saïd. Je peux témoigner en force de celle que je connais le mieux, la corniche oranaise où les plages sont devenues un dépotoir à ciel ouvert, on jette les cannettes et bouteilles de l'endroit où on se gare, sur la plage. Faites un jogging, ou marcher sur les plages devient autre chose qu'un bol d'air bien iodé. L'exemple de la corniche oranaise est aussi représentatif que le reste de notre littoral. Donc, de St Rock aux Andalouses, ahhh les Andalouses le temps où tu étais l'endroit de prédilection, l'endroit de quiétude et d'harmonie avec une plage sublime, un sable fin et doré. Tout cela n'est que nostalgie. Non seulement la saleté qu'on appelle détritus de tous genres a pris place, mais sa ‘cousine' a fait de même ; je parle de la saleté des constructions et là c'est le bouquet. Nous avons accaparé le domaine littoral qui est pourtant bien protégé par la loi maritime algérienne et universelle, nous avons construit dans les rochers, allez voir ce qui se passe du côté du ‘Rocher de la Vieille' en passant par St Rock, Claire-Fontaine, Les Coralés, Bousfer et j'en passe. Ce qui explique pourquoi les nantis ou ceux qui ont les moyens préfèrent rester chez eux ou ne fréquentent que les endroits, ‘hatta', ‘clean' et bien-sûr avoir une ‘main ou un pied ' à terre, au-delà de la Méditerranée est devenu une mode ou une nécessité, je ne sais pas ? Chez nous qui dit ‘hatta' dit cher ! Et, tout ce qui est ‘beylek' est sale. Toujours la notion de ‘beylek', ce n'est pas chez moi, c'est l'Etat, c'est dehors…et c'est comme ça. Cette situation n'est pas l'apanage des seules grandes villes, un autre exemple de ville qui souffre de notre indélicatesse, de notre négligence, de notre incivisme et de notre non-respect à la nature, je nommerai Hassi Messaoud, notre poumon, notre patrimoine des hydrocarbures. Notre champ pétrolier depuis les années cinquante où des jeunes ingénieurs et techniciens l'ont façonné et ont pris le flambeau après l'Indépendance surtout quand il y a eu le départ massif des experts français. Tout le monde s'attendait à ce qu'il y ait le chaos, Et bien non, le patrimoine en question a été pris en main et géré et fructifié avec le peu d'expérience en ce temps-là, et il existe encore des acteurs vivants pour témoigner de cette période. Voilà donc une raison que nous pouvons dire que le défi est surmontable, car le génie algérien est une réalité et des exemples existent dans notre histoire pour dire que de grands défis ont été surmontés. Mais, ceci est pour la motivation, pour l'instant continuons notre constat et revenons à la réalité de Hassi Messaoud.

En sortant de l'aéroport de Hassi Messaoud vous avez le choix de tourner à droite ou à gauche pour aller à la ville, à gauche c'est un peu le désert presque pas d'habitations, des étendues de sable de dunes, je veux dire de ce qu'il reste. Une vue à l'horizon avec des immondices de gravats de constructions sur des kilomètres, des immondices de tous genres, une déchèterie sur les bas-côtés de la route et à l'intérieur, car le bas-côté ne suffit plus. En prenant à droite il y a plus d'habitations, de bases de vie, plus de circulation et en prenant la double voie, pour aller à la ville, vous avez une vue verte sur les bas-cotés. Je répète une vue verte, comme celle d'un gazon mais malheureusement ce n'est pas du gazon mais des bouteilles de bière, des amas de verre, encore une fois ‘Ngasrou ou Nkhasrou'. Et pourtant cette double voie est la voie que tout le monde emprunte, du petit au plus grand des communs de mortels que nous sommes. Pourquoi, faisons-nous cela ? Est-ce que nous Algériens sommes-nous tous sales ? ‘Hacha'. Entrez dans n'importe quelle maison algérienne, ville, village, douar, dans le désert et vous serez surpris par la propreté, que l'on soit riche ou pauvre…

Un étranger nous dira, « Vous les Algériens vous avez un problème de subconscient ou vous êtes malades, en termes de comportement? Pas de doute, l'équation est difficile à résoudre, pourquoi on se détruit comme ça, quel argument avons-nous pour avoir ce rejet prononcé aux biens communs?

La question est sociétale et comportementale, le même groupe d'individus jetant les mégots, le paquet de cigarette, la bouteille de bière, changera de comportement, radicalement une fois la Méditerranée traversée ? Vous ne me croyez pas, et pourtant c'est la vérité et nous avons tous un témoignage en mémoire. Ceci est d'autant plus vrai et constaté dès l'atterrissage de l'avion d'Air Algérie et les autres, sur le tarmac d'Orly et dans tous les aéroports de France et de Navarre et ailleurs dans le monde. La solution est toute indiquée, ‘là-bas', (au fait' là-bas' en algérien veut dire ‘la France' ou bien ‘el Harba'), l'Europe et dernièrement le Canada et les USA, ils appliquent, ‘le matrag'. Sur ce sujet, j'ai eu l'occasion d'écrire, dans un autre article, « la roulette russe » qu'il y a une trilogie : l'Information, l'Education et le ‘Matrag'. Trois étapes bien définies, l'Information fait partie du protocole de communication qu'on veut mettre en place pour tout projet, une stratégie, une vision. L'Education permet à tous de s'embarquer avec les mêmes règles de vie, l'idée est que tout le monde s'associe aux règles et le ‘Matrag' est pour la personne qui ne respecte pas ces règles adoptées par tous. Cependant, seule la justice est habilitée à donner le ‘matrag'. Un matrag clair ou nul ne pourrait l'ignorer ou intervenir. Un matrag lié à une Justice qui doit se mettre en avant et être sans pitié, sans état d'âme avec les terroristes de la nature. J'associe le mot terrorisme à celui que l'Algérie a combattu et vaincu, un terrorisme le plus abject que notre histoire de pays indépendant ait connu, juste un petit mot pour dire que ce terrorisme a fait basculer des pays dans le chaos et que le monde développé essaie d'endiguer car il frappe n'importe où et à tous moments, tuant sans compter et sans discernement. Et c'est devenu la hantise des services secrets mondiaux. El hamdoullah, nous sommes mieux équipés, mieux sécurisés et mieux rassurés que nous l'étions, les années précédentes. L'expertise algérienne dans ce domaine est prisée et même devenue un label dans le monde. Alors que faire du terrorisme de la route, plus de 40.000 morts en 10 ans plus de 600.000 blessés avec plus de 300.000 accidents et que faire du terrorisme à l'environnement ?

Terrorisme que nous constatons tous les jours, alors que nous avons combattu le terrorisme le plus dur, le plus pernicieux, normalement on devrait être capables de s'en débarrasser rapidement ? Et bien non, on souffre de cette image que nos routes nous donnent et de notre comportement envers notre cadre de vie. Stop, oubliez tout ce que je viens d'écrire juste là-haut, je me suis trompé… en Algérie il y a de nombreux endroits qui sont propres, avec une verdure qui n'a rien à envier aux jardins du château de Versailles et d'ailleurs. Non, ce n'est pas une blague c'est la réalité, je veux parler de nos casernes, les casernes militaires ! je ne sais pas si vous avez eu l'occasion de visiter une caserne, ou juste regarder par la porte d'entrée, comment les allées sont bien tracées, blanchies avec de la verdure par tout. Mais j'ai un problème de compréhension, ces casernes se trouvent bien en Algérie, tenues par des Algériens qui sont issus comme nous tous du même peuple, ‘Houston we have a problem' ?

Eureka, nous avons donc notre solution et c'est une solution locale cela tombe bien, ces derniers temps, tout le monde parle du local, le joueur local, le produit local, le cadre local, donc c'est dans la lignée ou la logique des choses. Nous n'avons pas besoin de faire appel à l'expert de là-bas, il suffit que nous tous fassions un stage militaro-civique dans nos casernes. Non, ahhh cela ne plaît pas aux républicains que nous sommes, ok !. J'ai une autre idée, l'administration algérienne locale est dirigée par un triumvirat : le wali, le maire et le chef de daïra et si on implique le chef de la Région juste dans l'environnement, on lui dit par exemple de sensibiliser, interpeller, coacher, responsabiliser les responsables locaux si dans la région qu'il dirige il y a une attaque à l'environnement ? J'utilise le mot ‘attaque' explicitement car les militaires comprennent bien ce mot et ils sont bons dans la stratégie quand il s'agit d'attaque rappelez-vous Tiguentourine où le monde n'a rien compris à leur attaque ? C'est pour vous dire que l'expertise est bien locale, profitons-en. Non, cela ne plait pas aussi aux républicains que nous sommes ? Mais, enfin pour une fois que nous avons une solution locale qui ne coûte pas cher et qu'elle est opérationnelle, surtout en cette période de vache maigre, profitons-en. Non ?

Bien sûr il y a toujours des cas isolés ou de bonne volonté, qu'elle soit individuelle, collective, associative, par exemple le village de Tiferdhouth qui a été élu le village le plus propre de la wilaya de Tizi Ouzou, pour l'année 2017. Multiplions cette initiative par 48 et nous aurons déjà fait un petit pas. La solution réside en nous, et ce n'est pas une question de gros sous, c'est une question de comportement et de gestion. On ne se brosse pas les dents une fois par an ; mais bien après chaque repas, alors pourquoi ne nettoyons-nous pas nos recoins quotidiennement ou avec une fréquence répétitive tout le long de l'année ? L'environnement est une source d'embauche, son financement peut venir de taxe dédiée, tel habitation, taxe verte, recyclage. Justement, le recyclage peut rapporter gros, toute bouteille de plastique ramener vaut 10 cts (exemple), une bouteille en verre 15ct, carton plastique (sac) par kilo, quelques cts ce qui donnera ou créera une économie associée ou tout simplement la mise en place d'une économie circulaire. Créons des startups dans l'environnement par le biais de l'ANSEJ au lieu des sociétés de transports ou de locations …Voilà donc, des postes de créations durables à faire dans toute commune avec une police d'environnement agissant sous un cadre juridique ou la verbalisation est sue, connue, lue par nous tous et appliquée à nous TOUS, surtout avec effet immédiat.

L'Etat investit lourdement dans le tourisme et il y a une volonté réelle de faire en sorte que cette richesse soit exploitée à juste titre, vu le potentiel que nous avons. Cependant, les effets de retour ne sont pas à la hauteur de l'investissement. Je prends juste un petit exemple, avec tout mon respect au personnel travaillant pour le secteur étatique, je nomme le Grand hôtel de Bou-Hanifia, ville thermale, à coté de Mascara. Les cafards font partie du mobilier, une literie douteuse, les toilettes hachakum. A ce sujet, je voudrais partager avec vous quelque-chose, pour évaluer un établissement public ou privé, en termes de gestion de l'endroit en question, demandez toujours « où sont les toilettes ? ça ne loupe pas car c'est un indicateur parlant ». Il ne faudrait pas avoir un doctorat de Harvard ou de l'Université de ‘Tataouine les bains' pour comprendre que dans nos établissements ‘touristiques' le client est absent de la préoccupation du management. Et pour ce qui est du Grand Hôtel de Bou-Hanifia c'est un bel endroit avec un jardin magnifique c'est juste l'absence de la gestion quotidienne, mais c'est la faute à ce ‘beylek' qui ne veut pas nous lâcher les baskets. Pas de doute, c'est un dur à cuire, la preuve il nous ne lâche pas et ce depuis l'époque ottomane !

Encore une fois l'hygiène et le service envers le client ne sont pas pris en compte ce qui explique pourquoi tant d'Algériens vont ailleurs pour passer leurs en vacances. Ils veulent juste le service, la qualité, la propreté et le prix ; je voudrais préciser un point, ce n'est pas parce qu'un hôtel appartient à l'Etat que c'est comme ça, mais c'est bien à cause de la gestion. Ce même personnel travaillant dans un ‘Cinq Etoiles des chaînes hôtelières connues, changera, du tout au tout, et son comportement et le service qu'il fournira…Pourquoi ? Je ne vous parle pas de la ‘saleté' de l'air ou si vous voulez de la pollution de l'air qui devient, de plus en plus, une problématique des grandes villes, notamment avec l'augmentation du parc mobilier et de sa vétusté. Cette problématique a une conséquence directe sur la santé, sur l'économie et par conséquent sur la qualité de vie. Chez nous la consommation grandissante de carburant prend une part non négligeable de nos exportations et cela va exponentiellement. Deux ‘petits' projets peuvent être envisagés, l'un en trois ans est de faire en sorte que les transports publics (RSTA, RTO…) et privés (bus et taxis) roulent en électrique. Notez, svp, que la quote-part de l'électrique, en 2020, sera réelle et prépondérante. Deuxième projet sur cinq ans est celui de lancer à la ‘SNVI' une voiture électrique à bas coût style ‘ZOE' de Renault. Tiens, le nom de ‘SNVI' est rarement mis en avant sauf le jour où on a ramené en bus ‘El Khadra' de l'aéroport après son exploit de Oum Dourman. Et pourtant, après tant d'années de production ce produit local pourrait rivaliser avec n'importe quelle marque que nous voyons circuler sur nos routes. Je pense que SNVI a besoin d'un bon (ne) Marketer et un bon (ne) stratège, mais ceci est une autre histoire. Je termine pour dire que l'hygiène est dans la conduite, dans le bâti, dans le travail, dans la finance, dans les relations humaines, dans le respect du voisinage, du bruit que nous faisons : klaxon, fêtes, parler fort ‘Nzagou' (par contre je ne vous garantis pas la réussite de cette particularité de chez nous, moi-même je n'y arrive pas!). Le manque du bien-être de la tranquillité, du respect ; fait que beaucoup d'entre nous ont préféré quitter le pays pour le vivre sous d'autres cieux., Imaginons un instant que nous réglons cette question, je suis convaincu que notre pays fera un bond de plus de 50% sur tous les indices de progrès.

*Docteur en microélectronique de l'université Paul Sabatier Toulouse obtenue en collaboration avec le Centre National de la Recherche Scientifique-France. Alumni INSEAD ex Directeur du Centre Européen de formation, groupe Schlumberger.