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Laissez-nous la paix, prenez le reste !

par El Yazid Dib

«Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots.» Martin Luther-King

C'est cette tristesse qui s'éjecte du regard d'un enfant ou cette douleur qui se tait devant la camera qui fait que la paix n'arrose pas encore tout le monde. Le déracinement, les déchirements, les bombes, les chaloupes, la misère et la famine ne sont pas un destin. Ils sont un coup d'état contre l'humanité.

Il n'y a que des eaux et des frontières qui puissent séparer les uns des autres. Une histoire commune, houleuse, guerrière et diversifiée est là pour dire que c'est elle qui unit ou désunit les peuples. Ne sont-ils pas en finalité tous condamnés à être au moins aimant l'un l'autre sinon vivant totalement, réciproquement en paix ?

C'est sous ce signe révélateur de vivre en paix que se dégagent toutes les politiques de chacun des Etats qui font le monde actuel. Un monde encore flou et en eternel construction, voire recommencement. Les gouvernements, selon plusieurs accords ont affirmé, dans le contexte d'un monde en mouvement et des défis de la mondialisation, leur volonté de développer un partenariat fecond fondé sur des intérêts mutuels, la proximité géographique pour les uns et les liens étroits nourris d'une histoire commune et d'une mémoire pour les autres qu'il leur revient de partager. En dehors de points de fixation relevant presque de tabous ; les relations réciproques ont de tout temps été empreints tantôt de brouillard, tantôt d'amourettes déçues et retrouvées. Si l'Algérie est stable sur ses positions, l'autre partie est sujette à l'humeur politique de l'instant.

C'est ainsi que l'histoire n'est qu'une somme de dates. Une chronologie, tout le temps estampillée d'affrontement, d'injustice et de tourmente. Rarement de liesse et de fiesta. Le monde par le bais de certaines politiques d'exclusion et de marginalisation des peuples s'est fixé le seul diagramme de l'intérêt économique. L'autre monde meurt de faim au moment où un autre ,plus nanti, plus avancé se vautre dans les festins orgiaques et tend dans l'exclusivité à dicter l'image, la sienne du monde de demain.

Il ne peut y avoir de paix sans cette justice planétaire. La terre est un et unique espace qu'obligatoirement tous les êtres se doivent de le partager. Si la notion de souveraineté, de nationalité, d'Etat, voire de nation est venue dans un temps où le partage du monde n'était qu'un rapport de puissance et de muscles, elle n'en a pas pour autant de puissance pour ne pas répandre le bon sentiment et le sens fraternel.

De quelle paix, de quel vivre ensemble est-il question lorsque des millions d'individus ne sont devenus que des épaves maritimes englouties par des vagues affolées et émus par ce désir de fuir une situation, pas un pays ? Immigration clandestine dites-vous ? Asile politique ? Les familles qui s'installent sous des tentes de fortune et jonchent les tracés frontaliers de certains Etats, ne l'auraient pas fait de pleine jouissance. Elles ne sont en aval que le produit d'une politique de leur Etat, elle-même produite par l'action de certains autres Etats. Fuir sa terre natale, abandonnant ainsi son lien ombilical ne serait jamais une sinécure ou une ardeur tenace vers une aventure ou une villégiature non recherchée. C'est un pur instinct de survie, irrésistible. Toujours contraignant. L'Algérie sachant cette douleur, pour l ‘avoir atrocement vécue durant la guerre de libération s'est ouverte à ces personnes « déshumanisées » que l'on appelle maladroitement les migrants. Les pouvoirs publics conscients de l'ampleur du fléau et malgré l'usage malsain de ce drame humanitaire par certains cercles acquis aux causes de la déstabilisation arabo-printanière, se sont toujours mis au service de ces victimes dont les bourreaux sont ailleurs.

Le « vivre ensemble et en paix » est certes une conviction et un vœu séculaire, mais tant subsistent les différences flagrantes dans le traitement des cas en fonction d'une obédience politique ou d'un classement idéologique, ethnique, religieux, il ne demeurera qu'un impur slogan chez les Etat façonneurs du sort d'autrui. L'hégémonie d'une vision unicitaire, inégalitaire et exclusive des droits des peuples, qui à son auto-détermination, qui à la réappropriation de son territoire n'est pas apte à susciter de l'engouement populaire envers, hélas ce dicton noble en soi. L'usage du droit international, parfois son détournement, s'il ne se fait pas au profit des peuples, au service de leur quiétude, de leur bonheur et leur épanouissement il n'aura que cette honte et cette lâcheté qui l'ont souvent caractérisées ces derniers temps. L'on le bafoue sans égards ni retenue. L'on ose même le braver, le mettre en défi et pire, s'enorgueillir de se retirer intempestivement des accords solennellement conclus. C'est de l'audace qui franchit sans rougir les limites de la décence. Nous sommes plus dans une épreuve de démonstration de force mais dans une simple folie due à un excès de prétention. Et l'on parle de « vivre ensemble et en paix » ?

Si l'assemblée générale des Nations Unies, n'avait pas ce frein indéracinable du conseil de sécurité, ce mauvais droit de veto, sa résolution adoptée le 08 décembre 2017 à l'initiative de l'Algérie, consacrant le 16 mai de chaque année comme journée internationale du « vivre ensemble et en paix » aurait été un couronnement historique dans las annales de l'humanité. Cet organisme, ce « machin » créé après la seconde guerre mondiale n'avait-il pas pour impératif principal de semer la paix, de la maintenir et d'œuvrer à son partage ? 73 ans après ou voyez-vous régner cette paix ? S'il n'y a pas la guerre, il y a l'insécurité, le rejet et la phobie. Ce regard haineux et effrayant d'un homme face à un autre si différent et qu'une humeur, une politique ou un apôtre avait réussi à les mettre en porte-à-faux.

Même chez eux, chez ceux-là même qui font et défont les guerres et la paix, le « vivre ensemble » ne s'inscrit que dans l'intolérance de l'autre, de ses rituels, de ses aspirations. Il en est de même chez nous, chez nos voisins, chez nos frères co-sanguins, chez nos cousins où la tolérance n'est plus une valeur à savourer, à respecter et à chérir. Il suffit que l'autre ne soit pas conforme à vos penchants ou ne cadre pas avec vos pulsations ou vos croyances, voilà qu'il est sine die vilipendé, exclus, voire banni et honni. On lui colle les milles et une étiquettes. De mécréant à islamiste, de communiste à baathiste. Ainsi l'on ne peut se voir que dans l'évolution d'un créneau allant d'une extrémité à l'autre. Pouvoir et savoir garder son « extrémisme » et regarder l'autre bout avec acceptation et magnanimité devient ou une condamnation sociale, ou une déviation morale, une contre-révolution, ou un haram et une irréligiosité. Une divergence d'opinion, d'avis ou d'attitude n'est pas forcement une offense ou une insulte à une autre position contraire ou différente. Seulement il est des vertus cardinales et des valeurs intrinsèques qui désélectionnent certains comportements pris et entretenus au nom d'une certaine liberté fantaisiste ou d'un acharnement égocentrique. Durs sont ces temps où l'on ne peut plus admirer une femme qui fait son footing sur une plage déserte ou une autre qui fait ses emplettes en hidjab ou cette fifille que l'on oblige à se voiler ou cette fille que l'on oblige à se dévoiler aux accès des écoles de Jules Ferry , sur le parvis de la Seine, aux bords de la Tamise, ceux du Nil ou du Mississippi. L'homme par essence est né libre et aspire à respirer et expirer cette liberté en paix. Par volonté il persiste à vouloir le demeurer. Alors pour quel objectif universaliste veut-on le conditionner pour le cantonner dans une simple entité statistique remplissant les bordereaux démographiques des populations vivant dans ce monde ? La paix et la liberté sont tributaires l'une de l'autre. Elles forment la symbiose du parfait couple que doivent éjecter les puissants du monde dans l'âme et l'esprit de chaque individu quel que soit l'indice de son sang, de sa peau, de sa langue ou de sa foi. Plus qu'un oxygène, la vie en paix et en une cohésion d'ensemble ne fera que rétablir l'homme dans sa dimension d''homme et réinventer un autre monde plein de bonheur, de liberté et de paix. A défaut, laissez nous cette paix et prenez tout le reste !