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Trump : semaine « tré(trum)pidante »

par Pierre Morville

La dernière déclaration spectaculaire de la semaine a été celle de Richard Grenell, ambassadeur des États-Unis en Allemagne depuis quelques jours, qui se prend dorénavant pour le consul « romain » ou le gouverneur militaire de la puissance américaine dans les « colonies européennes ». Il a ainsi expliqué dans un entretien à Breitbart, mouvement allemand d'extrême droite, qu'il désirait «soutenir d'autres conservateurs partout en Europe». Une sortie jugée par le gouvernement allemand, pourtant en général prudent dans ses relations avec l'allié américain, comme « totalement contraire à la neutralité à laquelle n'importe quel ambassadeur est supposé s'astreindre».

Dans son interview à Breitbart, le diplomate, par ailleurs chroniqueur régulier sur la chaîne ultra-conservatrice Fox News, a ainsi déclaré avoir été contacté par «de nombreux conservateurs dans toute l'Europe», qui lui ont fait part de leur sentiment d'une «résurgence en cours» de cette mouvance politique, portée par l'échec des politiques de gauche. «Je veux absolument soutenir d'autres conservateurs partout en Europe », a fait savoir Richard Grenell. L'ambassadeur des USA appelait sans l'ombre de la moindre précaution diplomatique, à une alliance des droites dures en Europe, racistes et éventuels supporters de Donald Trump.

Même Angela Merkel, connue pourtant pour la prudence constante de ses propos oraux et écrits, notamment vis-à-vis de la politique menée par Washington, ce coup-là, elle a été énervée : l'Allemagne a officiellement demandé le 4 juin à Richard Grenell des explications après ses déclarations de «soutien» aux pires conservateurs en Europe.  

Le SPD socialiste et de nombreuses personnalités politiques allemandes ont de leur côté, réclamé le départ immédiat de « l'ambassadeur» Grenell. Plus diplomatiquement, Berlin a demandé «une clarification» à ce diplomate, selon un porte-parole du ministère allemand des Affaires étrangères, ajoutant que Richard Grenell, en poste depuis moins d'un mois à Berlin, aurait l'occasion de s'expliquer lors d'un entretien prévu cette semaine avec le secrétaire d'Etat allemand, Andreas Michaelis.

«Je sais que vous êtes encore tout nouveau à votre poste mais cela ne fait pas partie des prérogatives d'un ambassadeur de s'immiscer dans la politique de son pays hôte, Monsieur Grenell», a également commenté Lars Klingbeil, le secrétaire général du SPD (social-démocrate) allemand, parti membre de la coalition gouvernementale d'Angela Merkel, dans une référence à la neutralité diplomatique qu'un ambassadeur est censé observer.

Attaqué sur Twitter, l'ambassadeur a paru partiellement revenir sur ses propos. Il a ainsi jugé «ridicule» l'idée qu'il puisse appuyer des partis ou candidats conservateurs lors d'élections en Europe. «Je maintiens mes propos sur le fait que nous vivons un réveil de la majorité silencieuse, ceux qui rejettent les élites et leur bulle. [Un mouvement] mené par Trump», a-t-il ajouté. Je démens que je démens! Prout ! Prout !

Menacer et sanctionner l'Europe

Richard Grenell, avant de s'imposer comme policeman de la vie politique allemande avait auparavant, à peine arrivé à Berlin, déclaré : « comme le dit Donald Trump, les sanctions américaines viseront les secteurs stratégiques de l'économie iranienne. Les entreprises allemandes qui font des affaires en Iran doivent immédiatement se retirer ». Car la même semaine, l'ineffable Trump a déclaré une guerre économique à l'Europe avec de lourdes menaces pour une exigence : « Faites avec moi la guerre à l'Iran, sinon… ».

Pour sanctionner les pays européens qui continuent à avoir des relations commerciales avec l'Iran, (après l'accord sur le nucléaire signé en juillet 2015, sous l'égide de l'Onu, entre l'Iran avec l'Allemagne, la France, la Chine, la Russie, les États-Unis, alors sous la direction d'Obama ; accord ensuite déchiré par l'inénarrable Trump !), le gouvernement américain dirigé par le même Donald Trump vient de prendre l'une des décisions les plus lourdes de conséquences de son mandat : au 1er juin, les tarifs douaniers de l'acier européen à destination des USA, vont augmenter de 25 % et de l'aluminium européen de 10 %. Il met ainsi à exécution ses menaces de guerre commerciale dont il avait jusqu'ici repoussé par deux fois l'échéance. Et c'est sans compter les innombrables sanctions qui pourraient affecter des entreprises européennes qui continueraient à travailler avec l'Iran ; ces relations commerciales avec l'Iran leur seraient extrêmement coûteuses car elles seraient poursuivies par la « justice » américaine, à coût de centaines de millions de dollars de pénalités, voire l'interdiction de vendre leurs produits ou services aux États-Unis.

Au résultat, dans le seul cas de la France, des grandes entreprises comme Total, PSA (les véhicules Peugeot sont très populaires en Iran), Airbus, la société hôtelière internationale Accor et le pharmacien Sanofi ont déjà tous renoncé et annoncé leur retrait de l'Iran.  L'essentiel de leurs contrats abandonnés sera ramassé par la Chine. Il n'y a pas que les Européens qui se font fesser par le patron de la Maison-Blanche.

Trump a pris à rebrousse-poil le Canada et le Mexique alors que Washington discute avec eux depuis plusieurs années un nouvel accord de libre-échange. Tiens ! Et si les Européens taxaient eux aussi Coca-Cola, les productions Disney, et sacrilège suprême, Google, Facebook, IBM, Microsoft, Amazone, Apple... Hélas, les Européens, toujours très divisés ne sont pas prêts à des ripostes commerciales communes vis-à-vis des Etats-Unis.

Trump, Trump, Trumpette !

L'inénarrable Trump est un voyou. Les Européens sauront-ils répondre à ses menaces de cow-boy excité ? Et non, pas sûr du tout. Notamment parce que la tension aux USA même, est forte.

Tout d'abord, Donald Trump doit affronter à la rentrée les élections de « mid-term » , qui interviennent au milieu de son mandat de quatre ans.

Le pays est tout entier tourné vers les élections législatives de novembre 2018, à la fois pour le Congrès des États-Unis et pour les assemblées des États. « Ce que fera le Congrès d'ici à novembre, la dynamique Congrès-président à partir de janvier 2019, les perspectives de réélection de Donald Trump en 2020, les nominations judiciaires ainsi que la carte électorale pour la chambre basse en 2022, tout cela dépend largement du scrutin du 6 novembre. Les enjeux sont multiples, les deux partis (Républicains et démocrates) très proches l'un de l'autre au Congrès, et les déterminants souvent contradictoires et complexes » rappelait le Nouvel Économiste. Bref, pour convaincre ses électeurs, Trump doit toujours s'afficher comme le leader mondial incontesté. Même si la grogne internationale contre la politique trumpiste gagne tous les jours. Ensuite, les plus lucides de l'administration américaine, et il en reste beaucoup, sont confrontés au problème suivant : comment ramener le président américain à des positions plus réalistes sans que cela apparaisse comme un recul sérieux de la première puissance mondiale ?

En tous cas, Trump s'en fout et ne doute de rien : le président américain a même tweeté, le 4 juin, avoir « le droit absolu » de se gracier lui-même, en cas de difficulté juridique, alors qu'il est l'objet d'une enquête spéciale sur ses relations supposées avec la Russie, lors de son élection. Trumpette d'or !