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Trump devient le champion du protectionnisme

par Pierre Morville

Donald Trump a une qualité : il applique le programme sur lequel il a été élu.

Le président américain maintient son projet de taxer les importations d'aluminium et d'acier alors que les appels à renoncer se sont multipliés à l'international et au sein même du camp républicain. Les entreprises locales tirent aussi la sonnette d'alarme. Elles seront reçues à la Maison-Blanche aujourd'hui. Mais le président américain a fait savoir, en marge d'une réunion à la Maison Banche avec le premier ministre israélien Benjamin Nétanyahu, qu'il n'entendait pas renoncer à son projet d'imposer des droits de douane de 25% sur l'acier et de 10% sur l'aluminium. «Nous ne faisons pas machine arrière (...) Je ne crois pas que nous allons avoir une guerre commerciale», a-t-il affirmé, sans autre explication. Pourtant, la pression monte sur le président américain, aussi bien dans son pays qu'à l'international.

Les réactions, notamment européennes furent vives. Efficaces ? On peut en douter.

L'affaire vient de loin : le monde entier s'inquiétait déjà du « tournant protectionniste » que promettait d'enclencher le 45e président américain. Si les mesures annoncées par le magnat new-yorkais sont brutales, il n'en demeure pas moins que la défense des intérêts commerciaux est prépondérante de l'autre côté de l'Atlantique. L'image de libre-échangiste des Américains passe aussi par les accords commerciaux signés avec ses voisins, notamment l'ALENA et le TPP, mais sur lesquels veut revenir Donald Trump.

Or, il convient de rappeler que, notamment concernant l'accord transpacifique, le choix du 45e président américain n'a pas en rupture avec ses prédécesseurs.

Les Etats-Unis ont à leur actif pas moins de 1.280 mesures protectionnistes, selon Global trade alert. Ce qui les place en tête, loin devant la France (319), mais aussi d'autres grandes puissances comme la Chine (267), l'Inde (656), l'Argentine (447) et la Russie (666).

Reste qu'à l'OMC notamment, les Etats-Unis sont régulièrement l'objet d'attaques de la part de leurs partenaires commerciaux pour violation des accords. La première puissance mondiale est à l'origine de nombreux litiges, avec 139 plaintes à son égard déposées à l'OMC depuis 1997.

Bref, le protectionnisme américain ne date pas d'hier. Donald Trump est pour le moins dans une grande cohérence : farouche opposant à l'Alena, l'accord concernant les deux continents de l'Amérique du Sud et du Nord, Trump s'est servi de la renégociation de cet accord pour mettre la pression sur le Canada et le Mexique. Il fait notamment miroiter aux deux pays des exemptions sur les droits de douane américains sur l'acier et l'aluminium s'ils acceptent de renégocier l'Aléna dans des termes plus favorables aux États-Unis.

Autre épisode du feuilleton, le soi-disant « accord Pacifique »(TPP). Le traité avait pourtant été promu par Washington, sous la présidence de Barack Obama, et signé en février 2016 après des années de négociations entre 12 pays ayant un accès sur le Pacifique: les États-Unis, l'Australie, Brunei, le Canada, le Chili, le Japon, la Malaisie, le Mexique, la Nouvelle-Zélande, le Pérou, Singapour et le Vietnam. L'accord prévoyait une levée des barrières douanières et des barrières non-tarifaires, comme la mise en place de normes communes dans plusieurs secteurs d'activités, entre ces 11 pays rassemblant près de 500 millions de personnes.

Tout était clos mais Donald Trump est sorti violemment de la salle de réunions : le traité était devenu la bête noire du président américain, qui s'était inquiété du danger pour «les travailleurs américains».

De son côté, l'Union européenne «va réagir fermement et proportionnellement pour défendre (ses) intérêts», a rétorqué le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, ajoutant que la Commission présenterait «dans les prochains jours une proposition de contre-mesures contre les Etats-Unis, compatibles avec les règles de l'OMC (Organisation mondiale du commerce), pour rééquilibrer la situation».

L'Union européenne prépare d'ores et déjà une liste ciblée de produits américains qu'elle pourrait lourdement taxer afin d'envoyer «un message politique» à Donald Trump, a indiqué une source européenne. Bof !

Côté Asie : la Chine ne « veut pas de guerre commerciale » mais ne restera pas sans réagir face aux menaces américaines contre ses exportations, a averti Pékin dimanche dernier, dans une ferme mise en garde aux velléités protectionnistes de Donald Trump : Pour la première fois depuis ces attaques, Pékin a agité ouvertement dimanche de possible représailles. « La Chine ne veut pas d'une guerre commerciale avec les Etats-Unis », a noté Zhang Yesui, porte-parole de l'Assemblée nationale populaire (ANP), chambre d'enregistrement du régime communiste. « Mais s'ils prennent des mesures nuisant aux intérêts chinois, nous ne resterons absolument pas les bras croisés », Bof, rebof ! doit se dire Donald Trump dans l'un de ses innombrables salons de la Maison–Blanche.

Bref, les Etats-Unis déclarent une certaine « petite guerre commerciale » à l'ensemble de la planète. Car le pays dispose de deux armes stratégiques : c'est la principale, et de loin, puissance militaire. Le pays contrôle également tous les mécanismes de la seule monnaie internationale : le dollar.

Mais, mais… Historiquement, le protectionnisme n'a jamais été la panacée. Après la crise de 1929, il n'a fait que renforcer la dépression économique (et boursière). Et de ce dernier point de vue, les signaux au rouge sont nombreux sur une possible resucée de la crise de 2008/2009.

Allez ! Oublions ces menaces ! Enfin ! Une bonne nouvelle qui touchera certainement plus le peuple français que le peuple algérien. Non pas que le fondateur d'Amazon Jeff Bezos ait ravit à Bill Gates la première place du classement des milliardaires mondiaux par le magazine Forbes, mais surtout le Français Bernard Arnault se hisse à la 4e place . Un Français ! Bernard Arnault, PDG entre autres de LMVH (dans le luxe !) fait ainsi son entrée dans le Top 5 des plus grandes fortunes mondiales, gagnant sept places par rapport à l'édition précédente grâce à la hausse de l'euro, selon ce classement établi à partir des cours des actions et des taux de change.