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Le monde en janvier 2028 : chaud devant !

par Pierre Morville

Ce qui suit n'est, hélas, pas qu'une pure fantaisie. A lire donc avec une grande inquiétude teintée d'angoisse ou beaucoup d'optimisme, selon l'humeur du lecteur.

Janvier 2028 (version hard)

Début janvier 2018, les principales chaînes d'information internationales convergent : la principale préoccupation mondiale reste évidemment la hausse non contenue de la température terrestre et ses innombrables conséquences géologiques, végétales, animales et humaines. Les grandes puissances, la Chine, les Etats-Unis, l'Union européenne (en partie désunie malgré son alliance avec le Japon), la Russie, tout comme l'Onu qui regroupe la quasi-totalité des pays, semblent toujours incapables de freiner le réchauffement de la planète.

Pour illustrer ces données, l'OMM (Organisation météorologique mondiale) : la France présente des températures très élevées depuis le milieu des années 2020, puisqu'il peut faire régulièrement 40°C à Paris et jusqu'à 43°C à Nîmes. 43° C à Nîmes ! La ville où habite dorénavant le Chroniqueur de Paris ! Mais que fait donc la préfecture du Gard pour régler le problème ?

Sécheresses, typhons, inondations, cyclones…Les changements climatiques sont à l'origine de l'augmentation de la fréquence et de l'intensité des phénomènes météorologiques extrêmes. Des catastrophes naturelles qui devraient continuer à se multiplier dans les décennies à avenir, provoquant la migration des populations. Dans un rapport publié en 2012, l'Onu prédisait déjà 250 millions de déplacés dans le monde en 2050. Et ce rapport semble a posteriori très optimiste.

«Il y a déjà, aujourd'hui, davantage de réfugiés climatiques que de réfugiés de guerre. Quelque 80% d'entre eux vivent dans les pays du Sud, mais vont-ils y rester ? Si nous ne parvenons pas à un accord à Paris, en décembre, ils seront encore plus nombreux dans dix, vingt ou trente ans», mettait ainsi en garde François Hollande dans une interview au Parisien, il y a plus de dix ans, en septembre 2017. Selon les données de l'IDMC (Internally Displacement Monitoring Centre), 83,5 millions de réfugiés climatiques avaient déjà été recensés entre 2011 et 2014.

Ce qui change par rapport aux variations climatiques naturelles que l'Homme a pu connaître, note le site Notre Planète-Info, c'est que la vitesse moyenne du réchauffement sera supérieure à tout ce qui a pu se produire, avec une élévation de température jamais atteinte depuis plus de deux millions d'années (D. Jolly, in Science & Vie, 2003). Ce dérèglement climatique étalé sur une centaine d'années sera comparable aux variations de température qui nous séparent d'un âge glaciaire (5° à 6°C) et donc d'une ampleur inégalée depuis au moins 10.000 ans (H. Le Treut, CNRS, 2004). Rappelons que le dernier âge glaciaire date d'environ 18.000 ans et qu'il a fallu plusieurs milliers d'années pour que la température baisse de 5° à 6°C, il est en effet ici question d'une centaine d'années...Notons que le Crétacé supérieur (il y a environ 80 millions d'années) fut la période la plus chaude de l'histoire de la Terre avec environ 6°C de plus qu'aujourd'hui (A. Nicolas, 06/2004).

D'une façon générale, les écarts thermiques entre les saisons et les continents seront moins marqués, l'élévation de température sera plus forte aux pôles qu'à l'équateur, sur les continents que sur les océans, la nuit que le jour et plus élevée en hiver qu'en été. Le régime hydrologique sera modifié par l'accélération du cycle évaporation-précipitation. Les déserts gagnent évidemment partout du terrain.

Les deux principales conséquences attendues sont un déplacement vers les pôles des zones climatiques tropicales (d'environ 100 km par degré d'élévation de température) et l'accentuation de la dynamique et des contrastes climatiques.

Les glaciers de montagne fondent et devraient avoir tous disparu d'ici un demi-siècle. Idem pour l'Arctique qui voit disparaître ses glaces dans les mêmes dates.

Moins de glace fait monter l'élévation du niveau des mers et océans : plus d'une centaine de millions de personnes vivant dans des deltas, sur des îles et sur les littoraux devront sans doute se déplacer. Notons que comme New York (19 millions d'habitants), 16 des 20 mégapoles mondiales sont situées en bord de mer où l'élévation du niveau des eaux pourrait atteindre bientôt près d'un mètre ! Le CNRS français prévoyait dès la dernière décennie que la montée des eaux fera disparaître entre 10.000 et 20.000 îles.

Paradoxe : le réchauffement général n'empêche des fortes baisses de températures dans certaines régions : le réchauffement global a affaibli le Gulf Stream, courant chaud qui adoucit en partie le climat de l'Europe occidentale entraînant pour le coup un refroidissement important sur l'Europe du Nord et la côte est des États-Unis!

Explosion générale de la pauvreté d'ici à 2030

La Banque mondiale estimait dans un rapport publié en novembre 2015 que plus de 100 millions de personnes pourraient basculer dans l'extrême pauvreté si les objectifs de réduction des gaz à effets de serre ne sont pas tenus. «Ce sont les plus démunis qui sont le plus durement frappés par le changement climatique. Le défi auquel nous sommes maintenant confrontés consister à éviter que le dérèglement du climat ne plonge dans l'extrême pauvreté des dizaines de millions d'êtres humains», soulignait Jim Yong Kim, président à l'époque du groupe de la Banque mondiale. Selon l'institution, les populations les plus pauvres sont ainsi menacées par «les mauvaises récoltes dues à la diminution de la pluviosité», la flambée des prix alimentaires provoquée par des phénomènes météorologiques extrêmes…Le continent africain est le plus durement touché, la flambée des prix alimentaires pouvant atteindre 12% en 2030 et jusqu'à 70% à l'horizon 2080.

Pourquoi sommes-nous restés aussi inactifs, alors que nous disposions d'informations scientifiques robustes sur le changement climatique et que nous savions quels terribles événements allaient suivre ? Il s'en suit une possibilité de déclin de l'humanité qui doit affronter le résultat de sa lâcheté : vagues de chaleurs sans précédent, hausse du niveau des océans, panique, émeutes, migrations de masse, hausse explosive des populations d'insectes, épidémies... «L'ordre social s'effondrera sûrement dans les années 2050 et les gouvernants, acquis à l'idéologie néolibérale, se retrouvent désarmés devant la nécessité d'une intervention massive de l'Etat» prévoyait dès 2017 le site Planète-Info.

Les conséquences sur la santé humaine sont d'ores et déjà très largement négatives. Ces incidences sont directes (comme l'exposition à de nouveaux stress thermiques et à de nouveaux types de phénomènes extrêmes) ou indirectes (accroissement de la présence de certains pollens, moisissures ou polluants atmosphériques, malnutrition, risque accru de maladies transmises par vecteurs ou dues à la contamination de l'eau, surcharge du système de soins de santé). En effet, l'extension géographique de plusieurs maladies majeures comme la malaria (1 milliard de personnes infectées), la dengue, la leishmaniose... dépend strictement de la hausse des températures.

Dernière conséquence catastrophique : la surface des terres favorables à la culture du vin devrait se réduire de 68% entre 2010 et 2050 ! Adieu, Bordeaux, Bourgogne et autre Muscadet…

Aujourd'hui, plus personne ne met en doute l'extrême réchauffement de la planète et ses très graves conséquences pour le genre humain. Mais la prise de conscience a mis du temps à se faire. Rappelons qu'il y a seulement dix ans, en janvier 2018, un sondage de l'institut IFOP en France montrait que 35% des sondés estimaient que le réchauffement climatique n'existait pas ou doutaient que s'il y avait un réchauffement, il n'était nullement liée à l'activité humaine. Le pourcentage des dubitatifs s'élevait à 46% chez les électeurs qui avaient voté pour Marine Le Pen en 2017 et à 48% pour ceux qui avait choisi François Fillon.

Janvier 2008, version soft

Tout va mieux ! Pris soudain de conscience, l'ensemble des pays réunis sous l'égide de l'ONU ont communément décidé en avril 2021, après de très nombreux et vifs débats, de réduire fortement la consommation énergétique. L'ensemble des pays acceptent de traiter «avec un sentiment profond d'humanité, de fraternité et d'égalité» l'ensemble des questions relatives aux populations mises en danger, en acceptant de régler de façon la plus humaine possible la question des centaines de millions de réfugiés : «l'ensemble des nations va chercher en commun un nouveau mode de développement compatible tout à la fois aux impératifs écologiques et économiques», confirme le communiqué final. Ouf ! Tout va mieux. Le Père Noël serait prêt même à aider le processus, avec une intervention importante de son chariot et ses huit rennes.

Bon, mais on prévoit toujours, malgré cela, 42,6° en température fréquente sur Nîmes pour l'année 2028 (14,8° en température moyenne en 2018)…Mais que fait donc le préfet ?

Un curieux paradoxe sur les revenus salariaux

Revenons à 2018. C'est le discours général, répété, unanime, quasi universel : les salariés coûtent trop cher ! à écouter, à longueur de journées (et de nuits) des émissions économiques, à lire des multiples tribunes d'experts, à prendre connaissance des innombrables discours gouvernementaux, et notamment celui du nouveau président français, Emmanuel Macron, on a vaguement compris que les progrès technologiques allaient régler, à terme, tous les problèmes. On a bien compris que la généralisation de l'informatique, du numérique, l'intrusion (y compris dans de notre propre corps) de la micro-numérique, la vague montante de la robotique, les révolutions dans la chimie biologique, tout cela allait créer plein de valeurs, donc plein de richesses pour nous tous…

Tout cela allait réduire le travail hebdomadaire de chacun, pour son plus grand confort. Moins travailler pour mieux profiter de la vie ! Le problème, c'est que la modernisation qui enrichit considérablement les propriétaires des entreprises et des relais de production et de distribution, supprime hélas le travail tout court et permet de fortes réductions de charges de personnel. Et le salaire qui va avec. Bref, entre les chômeurs toujours aussi nombreux, les classes populaires pauvres, les classes moyennes qui s'en sortent de plus en plus mal : le pognon étant de plus en plus difficile à sortir, notamment avec la hausse permanente de la fiscalité.

En Europe, on constate partout une augmentation des revenus des 10% les plus riches, et une très forte hausse du 1% des revenus les plus élevés. Mais une stagnation, voire une régression de l'immense majorité des consommateurs, dans les couches populaires et aujourd'hui dans les classes moyennes. Mais qui va alors acheter les nouveaux produits mis sur le marché ?

Peut-être faudrait-il, par exemple, salarier et payer les robots pour qu'ils puissent maintenir et accroître le niveau du PIB, le fameux «produit intérieur brut».

Le produit intérieur brut ou P.I.B. est défini comme étant la somme des valeurs ajoutées réalisées à l'intérieur d'un pays par l'ensemble des branches d'activité. La valeur ajoutée est définie comme la différence entre la valeur finale de la production (valorisée par le chiffre d'affaires) et la valeur des biens qui ont été consommés par le processus de production. Et le chiffre d'affaires, c'est le consommateur qui le réalise. En clair, c'est lui qui achète et qui crée la valeur. Dans un premier temps, les investisseurs peuvent gagner beaucoup. Mais moins de salariés ou des salariés plus pauvres équivalents automatiquement à une baisse des chiffres d'affaires. Car il faut bien trouver des acheteurs ! Il reste l'exportation, mais elle n'est pas terrible ces temps-ci en France. Chômage et insécurité durable du travail (chômeurs non déclarés ou ayant renoncé à la recherche d'un emploi, intermittents permanents, toujours très importants (entre 3,5 et 7 millions de Français), gel des salaires, fiscalité accrue sur les salariés : baisse la tête, Macron, tu vas gagner, toi et tes copains «investisseurs» ! Mais peut-être pas nous autres, pauvres salariés et retraités…