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Livres 2017 : mon top 15 de l'année

par Belkacem Ahcene-Djaballah

Livres

1/Mes Indépendances. Chroniques 2010-2016. Recueil de chroniques de Kamel Daoud. Editions Barzakh, Alger 2017, 1000 dinars, 468 pages.



183 textes choisis parmi plus de 2.000 écrits entre 2010 et 2016, dont 21 à peine parus dans d'autres organes de presse que le Quotidien d'Oran (13 dans des sites internet d'information, 7 dans l'hebdomadaire franaçais Le Point et 1 dans le quotidien américain The New York Times), le premier et grand amour de l'écrivant... devenu, peu à peu, au fil des productions quotidiennes, d'abord un chroniqueur de génie, puis un essayiste de talent, et, enfin, un écrivain reconnu...

Donc, 183 textes, écrits par un «diagnosticien du présent» (une formule empruntée à Michel Foucault), qui, en plus de ses qualités de journaliste chercheur d'infos (nationales et internationales, culturelles, cultuelles, historiques, sportives, linguistiques, sociales, politiques, économiques...) a un sens aiguisé de la formule qui frappe juste, même lorsqu'elle paraît irrespectueuse...et ne cesse d'«inventer», grâce à sa maîtrise de la langue, des phrases toujours chargées de sens.

L'auteur : Kamel Daoud, né en 1970 est un enfant de Mostaganem, vivant à Oran. Journaliste au Quotidien d'Oran durant de très longues années, il est auteur, déjà, d'un recueil de nouvelles, La préface du nègre (2008), ayant reçu le fameux Prix Mohammed Dib...et un roman éclatant, Meurseault, contre-enquête qui a reçu de nombreux prix (Escales littéraires d'Alger en 2014, et en France, le Goncourt du premier roman, en 2015...), le consacrant internationalement en tant qu'écrivain et en tant que journaliste-chroniqueur.

Avis : Encore d'autres Prix en perspective ! Des chroniques de presse certes mais qui, mises bout à bout, sont un vrai essai philosophique comme on en a raremnt vu dans notre pays. A ne rater sous aucun prétexte. Mais, attention, à déguster lentement ! Par ceux qui aiment... comme par ceux détestent –ou ne l'aiment pas trop -K . Daoud.



2/Hiziya, princesse d'amour des Ziban.Roman de Lazhari Labter. El Ibriz Editions, Alger 2017, 290 pages, 1 000 dinars.



Hiziya bint Ahmed Belbey? Une princesse       d'amour, née en 1855, issue de la grande et riche famille des Bouakkaz, établie dans la petite oasis de Sidi Khaled, pas loin de Biskra, de la tribu des Dhouaoudia, descendants des Beni Hilal. Elle voit le jour en 1855, huit siècles après les invasions des troupes hilaliennes... Elle allait vivre une des plus belles histoires d'amour avec son cousin S'ayyad, une histoire d'amour, vécue depuis l'enfance, qui s'acheva, hélas, top tôt, avec sa mort inattendue en 1878, à la fleur de l'âge (mort accidentelle ? par empoisonnement à l'initiative d'un amoureux éconduit ? maladie... d'amour ? un coup de feu tiré par mégarde par son amant ?...) Mohamed Benguitoun, né en 1843 (proche du couple, ou de la famille ou de la tribu ou ami de S'ayyad), composa le fameux poème à l'âge de 35 ans.

L'auteur : Né à Laghouat en 1952. Il vit et travaille à Alger. Poète, écrivain, journaliste indépendant, ancien directeur de l'édition à l'Anep puis des Editions Alpha avant de créer sa propre maison d'édition (qui porte son nom). Il a publié un grand nombre d'ouvrages (poésie, essais, témoignages) en français et en arabe. Hiziya est son premier roman.

Avis : Un roman docu-fiction...un nouveau genre (chez nous) qui, de plus, présente -en annexe- plusieurs versions du fameux poème de Benguiton...en arabe et en français. Il ya aussi une bibliographie. Donc, un roman docu-fiction-étude ! Quasi-complet.



3/Zabor ou les psaumes. Roman de Kamel Daoud. Editions Barzakh, Alger 2017, 329 pages, 1.000 dinars.



C'est l'histoire du parcours (très perturbé) d'un jeune homme, fils mal-aimé d'un riche boucher d'un gros village...«futile et oisif, à la vanité absolue (le village)», coincé entre le désert et la misère. Fils, aussi, d'une première épouse répudiée (au profit d'une plus jeune et méchante nouvelle épouse), abandonnée et décédée... Enfant surdoué mais très mal compris, tout particulièrement par ses proches, il assimile rapidement les connaissances imposées par les «récitateurs» de l'école coranique puis celles fournies par l'école publique... qu'il quittera rapidement après avoir, estime-t-il, «fait le plein». En lui, s'impose la question clé : «Pourquoi écrit-on et lit-on des livres ?». «Pour s'amuser», répond la foule, sans discernement. Erreur : la nécessité est plus ancienne, plus vitale. Parce qu'il y a la mort, il y a une fin, et donc un début qu'il nous appartient de restaurer en nous, une explication première et dernière. Ecrire ou raconter est le seul moyen pour remonter le temps, le conter, le restaurer ou le contrôler.

L'auteur: Kamel Daoud, né en 1970, est un enfant de Mostaganem. Journaliste au Quotidien d'Oran durant de très longues années (Chronique «Raina Raikoum»), il est auteur, déjà, d'un recueil de nouvelles, «La préface du nègre» (chez Barzakh en 2008 et en France en 2011 sous le titre «Le Minautaure»), ayant reçu le fameux Prix Mohammed Dib...et un roman éclatant, «Meurseault, contre-enquête» qui a reçu de nombreux prix (Escales littéraires d'Alger en 2014, et en France, en 2015, le Goncourt du premier roman, en 2015...), le consacrant internationalement en tant qu'écrivain et en tant que journaliste-chroniqueur. Son avant-dernier ouvrage est un recueil de ses chroniques 2010-2016, «Mes Indépendances», édité en Algérie (Barzakh) et en France (Actes Sud) en 2017. Vivant à Oran, ses chroniques sont publiés dans plusieurs titres de presse internationaux.

Avis : Lecture pas facile mais prenante et, surtout, utile pour mieux se comprendre et comprendre notre société. De la «new-philo» de toute beauté, bien qu'un peu déroutante pour les inhabitués, qui fait honneur à la littérature nationale et digne de figurer dans les tablettes internationales. Encore des Prix ? Là-bas. Des imprécations de la part de ceux qui se considèrent comme «propriétaires» de l'Islam et de l'algérianité ? Ici. Comme d'habitude !



4/1994. Roman de Adlène Meddi. Editions Barzakh. Alger 2017. 345 pages, 800 dinars.



Les années 90. Le terrorisme et le contre-terrorisme. Mais, aussi, une lutte antiterroriste clandestine (pas de sigle, pas de nom) menée par quatre jeunes gens -des lycéens harrachis, dont certains ont pour parents des anciens membres d'un réseau de résistance anticolonial et dont l'un n'est autre que le fils d'un général des services spéciaux... en activité- ne demandant qu'à vivre leur jeunesse, révoltés par le meurtre de leurs proches et amis.

L'auteur : Né en 1975 à Alger. Etudes en journalisme (Alger) et en sociologie (Marseille). Journaliste au quotidien El Watan, collaborateur à divers médias dont «Le Point» et «Middle East Eye». Déjà auteur de deux romans : «Le casse-tête turc» (2002), et «La Prière du Maure» (2008). A participé à un ouvrage collectif : «Jours tranquilles à Alger : Chronqiues» (2016). Anime actuellement la rédaction d' «El Watan week-end».

Avis : Livre dense et puissant, c'est indéniable. Du très bon roman noir qui manque beaucoup au paysage éditorial national ; certainement la «peur» de s'intéresser aux forces de sécurité. Le poids du passé, encore. Livre écrit avec minutie. Par ailleurs, il décrit, avec force détails (il a osé !) le fonctionnement mental et le comportement des «forces de l'ordre» et...celui des «forces obscures». Comme s'il y était. Le service national, sans doute, la curiosité intellectuelle du reporter certainement...Vous saurez, aussi, tout, ou presque tout, sur El Harrach...d'avant (trois belles pages- 85-86 et 87... «Dans cette ville honnie et détestée, parce qu'ici...»)



5/L'Udma et les Udmistes. Contribution à l'histoire du nationalisme algérien. Etude historique de Malika Rahal. Editions Barzakh, Alger 2017, 1 200 dinars, 517 pages.



L'ouvrage est issu d'une thèse de doctorat menée sous la direction de Benjamin Stora, soutenue en novembre 2008 à Paris devant un jury composé, entre autres, de Omar Carlier et de Mohamed Harbi. C'est tout dire quant à la richesse du travail effectué ! C'est, en quelque sorte, l'histoire d'un homme, Ferhat Abbas, qui a largement contribué à l'éveil de la conscience politique nationale et nationaliste, tout particulièrement durant les années 40 et 50 (1946 à 1956) avec un parti politique, l'Union Démocratique du Manifeste algérien, l'Udma.

L'auteur : Chercheuse à l'Institut d'histoire du temps présent (Cnrs/Paris). Spécialiste de l'histoire de la colonisation et elle travaille désormais sur la vie politique de l'Algérie indépendante. Déjà auteure de «Ali Boumendjel, une affaire française, une histoire algérienne» (Editions Barzakh, 2011)

Avis : De la rigueur dans la démarche, de la richesse dans les détails, de la «vérité» dans les informations recueillies, présentées et commentées... l'histoire des luttes politques d'un pays, mais aussi et surtou, celle d'un homme qui -malgré tout et ayant cotôyé plusieurs générations militantes - avait l'Algérie, la démocratie et la liberté au cœur...dans le sang...jusqu'à sa mort.



6/Nos richesses. Roman de Kaouther Adimi. Editions Barzakh, Alger 2017, 215 pages, 500 dinars.



Edmond Charlot est un personnage de légende dans le monde du livre, que ce soit en France ou/et en Algérie. Installé -en tant que libraire-éditeur- au 2 bis rue Hamani (ex-Charras) (juste derrière la Brasserie des Facultés) dans un minuscule local, «Les Vraies Richesses», puis dans un seconde local 18, rue Didouche Mourad (ex- Michelet), «Rivages» et, aussi, à Paris, un certain temps, il avait connu (et édité, pour bien d' entre-eux, leurs premiers livres) les (futurs) grands noms des Arts et des Lettres: Camus, Feraoun, Jean Grenier, Gabriel Audisio, El Mouhoub Amrouche, Emmannuel Roblès, Giono, Bosco, Jules Roy, Antoine de Saint-Exupéry, Gide, Garcia Lorca, Kessel, Max-Pol Fouchet, Bénisti Louis, Paulhan, Jean Sénac...Il avait aussi, innové en ne limitant pas sa boutique à la seule édition et vente de livres. Il était aussi un «passeur» de livres (sous forme de prêts à des abonnés )...et des peintres pouvaient exposer leurs œuvres...

Personnage de légende donc que Kaouther Adimi fait revivre à travers le journal (fictif) de Charlot et l'arrivée à Alger, en 2017, d'un jeune homme, algérien étudiant en France, chargé par le nouveau propriétaire -dans le cadre d'un stage d'études donc ne connaissant rien et du livre et de l'histoire du lieu et, surtout pressé de repartir à Paris retrouver son amie- de «faire place nette» dans le local de la rue Charras longtemps abandonné mais toujours plein d'ouvrages et de souvenirs.

L'auteure : Née à Alger en 1986, elle vit à Paris. Diplômée en lettres modernes et en management des ressources humaines. Premier roman, «Des ballerines de papicha» (Barzakh, Alger 2010 et Actes Sud en 2011 sous le titre «L'envers des autres»). Le suivant, «Des pierres dans ma poche» a été publié en 2015, toujours aux Editions Barzakh, puis au Seuil en 2016. Née en 1986 à Alger, elle vit et travaille, aujourd'hui, à Paris. Par le passé, elle avait été, un instant assez court, journaliste à «El Watan». Elle est, aussi, auteure de plusieurs nouvelles, pour la plupart reprises dans des ouvrages collectifs (ex : «Alger, la nuit»). Plusieurs prix : Prix du Festival international de la littérature et du livre de jeunesse d'Alger 2008, Prix du jeune écrivain de langue française en 2006, Prix de la Vocation en 2011, Prix du roman de la Fondation France-Algérie 2015…et, se retrouvant, cette saison 2017, dans la première sélection (16 romans et 5 essais) du jury du prix Renaudot, en compagnie de Salim Bachi et Leila Slimani (Franco-marocaine)...et, nominée aussi, au Goncourt et au Médicis. Elle décrochera le prix Renaudot des lycéens.

Avis : Gros travail de recherche...et très belle écriture.



7/Mes cousins des Amériques. Récit de Arezki Metref. Koukou Editions. Alger 2017, 214 pages, 800 dinars.



Les textes avaient été présentés en «morceaux» par «Le Soir d'Algérie»...L'histoire d'un «road-trip»...L'auteur, grand admirateur de Jack Kerouac (écrivain, poète et romancier américain ; un des chefs de file de la «Beat génération» et des «beatniks», auteur, entre autres, d'un ouvrage, en 1957, qui avait fait date : «Sur la route»), c'est-à-dire bouffé par la «démangeaison du vagabondage» et élevé, fort heureusement, comme beaucoup d'entre-nous, au biberon des mythes de la «culture de masse» des années 60-70, a réalisé son rêve : partir à la recherche de l'Algérien en Amériques (Usa et Canada). Il a donc rencontré bien des «cousins» pour la plupart définitivement installés et, pour beaucoup, partis durant les années 90, les uns menacés par le terrorisme islamiste, d'autres fuyant le chômage ou, tout simplement, pour voir si l'herbe n'était pas plus verte ailleurs.

L'auteur : Né en mai 1952 à Sour El-Ghozlane. Sciences Po' Alger. Journaliste (El Moudjahid, Algérie Actualité, Horizons, Nouvel Hebdo, Le Soir d'Algérie...), écrivain, poète, auteur de plusieurs recueils de poésie (4), de nouvelles et de romans (5), de pièces de théâtre (5), d'essais (3)...

Avis : Du grand, du très grand «grand reportage» !



8/La société algérienne. Choc de la modernité, crise des valeurs et des croyances. Essai de Soufiane Djilali, Jil Jadid Editions, Alger 2017, 850 dinars, 206 pages.



Une approche iconoclaste et audacieuse ? Très certainement. Sera-t-elle acceptée et comprise, pas sûr ! Tant il est vrai que notre société (dont les élites), qui profite (ou recherche) largement des bienfaits et des retombées de la société moderne et occidentale, reste encore enfermée dans un passé mythifié...souvent par des mystificateurs.

Une approche de la société algérienne menée lentement, à petit pas, par souci pédagogique, se démarquant ainsi des essais habituels sur la question, mais une approche déroulée avec méthode.

L'auteur : Docteur en immunologie, président du parti politique Jil Jadid (Nouvelle génération), créé en 2012. Déjà auteur de deux ouvrages, des essais («L 'Algérie, une nation en chantier», Casbah édition 2002 et «L'Algérie en question», à compte d'auteur, 2001)

Avis : Un programme politique ? non. Seulement une contribution de grande facture intellectuelle pouvant aider «à comprendre une réalité algérienne complexe et en crise, pour tenter de profiler un projet de société». Ecriture déchiffrée très facilement.



9/Boulevard de l'abîme. Roman de Nourredine Saadi. Editions Barzakh, Alger 2017. 700 dinars, 213 pages.



Une belle femme d'origine algérienne -musulmane- est retrouvée morte en son domicile parisien. Une «bourgeoise» (quartier chic de Paris) ne manquant (en apparence) de rien ! Meurtre ? Suicide ? Mort naturelle ? Un inspecteur est chargé de l'enquête...Suicide certainement (dépression... alcool... barbituriques ?), mais les supérieurs hiérachiques demandent instamment à ce que la thèse du suicide soit écartée et celle de la mort accidentelle (Avc et chute par exemple) favorisée. Pourquoi ? Il ne le savait pas : c'est la fille d'un ancien bachagha constantinois («tant aimé et tant haï» et décédé) alors ami de la France coloniale...

L'auteur : Né à Constantine, il a fait ses études à Alger où il est prof de droit. 1994 : Il quitte Alger pour la France. S'installe à Douai où il enseigne à l'Université d'Artois. Auteur de plusieurs livres (quatre romans, quatre essais et deux ouvrages d'art) dont trois à Alger : deux romans aux Editions Barzakh, («La Nuit des origines» en 2005 et «Il n'y a pas d'os dans la langue» en 2008) et un essai aux Editions Chihab («Houria Aïchi, dame de l'Aurès» en 2013. Décédé (à Montpellier) jeudi 14 décembre 2017.

Avis : Un auteur aux œuvres toujours torturées et «possédé» par sa ville natale et son passé. Un auteur représentatif de toute une génération prise entre les feux de la guerre de libération (car encore trop jeunes, avec des parents engagés et/ou torturés) et les lumières de l'indépendance (déjà trop vieux, avec aux commandes du pays, et pour bien longtemps, des «maquisards» bien plus vieux), et toujours à la recherche de la (ou des) vérité(s). Un livre mi-polar, mi-récit historique.



10/Jean Sadek Massebœuf. Intinéraire d'un médecin algérien (volume 1, 1908-1962). Essai (biographique) de Jean-Louis Massebœuf, Editions Média Plus, Constantine 2017 (Editions Bouchène, Saint-Denis, 2017), 1.080 dinars, 244 pages.



Le 14 avril 1962, Jean Masseboeuf sort en homme libre du pénitencier de Casabianca (Corse). Depuis le 7 juillet 1956, date de son arrestation par la Dst de Ténès (où il exercait en tant que médecin avec cabinet privé depuis 21 années), 2.107 jours se sont écoulés. 5 ans et neuf mois sans être maître de son sort, sans la liberté d'aller où bon lui semble, et tout autant de mois et d'années sans une pratique authentique de la médecine.

Très peu d'Algériens d'origine européenne auront payé un tel tribut à la guerre d'indépendance.

Libéré, il continuera à «militer» en «travaillant». Converti à l‘islam, Sadek (le sincère) repose au cimetière musulman de Constantine.

L'auteur : Neveu de Jean Sadek. Né en novembre 1949 dans la Drôme (France). Germaniste de formation et enseignant. Militant syndicaliste et politique, passionné par l'histoire du mouvement ouvrier, en particulier celle du stalinisme.

Avis : Un homme (1908-1985) de diagnostic, d'action, un tempérament fonceur et entier qu l'Algérie re-découvre à travers ce rigoureux travail d'analyse et de recherche. Une précision qui contredit (ou complète) un peu l'auteur : Pour les gens de l'Est, pour beaucoup de travailleurs et de citoyens qui l'on bien connu, dans le Constantinois, dans le cadre de la médecine du Travail (1962-1979), Jean Sadek Massebeouf n'est pas oublié. Aujourd'hui encore. Il a toujours été un grand homme, respecté et admiré. Le reste, la reconnaissance étatique ou partisane ou corporatiste comptait bien peu pour lui...et pour ses patients.



11/Les hommes et toi. Roman de Selma Guettaf (préface de Catherine Belkhodja). Apic Editions, Alger 2016, 124 pages, 500 dinars.



Une sœur, un frère. Nihed et Rayane. Deux jeunes vies, deux existences...qui se séparent...qui se «perdent»...qui se retrouvent...car, depuis toujours, ne formant, en réalité, qu'un seul être. Une histoire d'amour qui ne dit pas son nom...et qui n'ose, malgré la disparition de presque tous les tabous, aller plus loin que les câlins fraternels. La soif de liberté, avec tous ses excès, aussi. Des sortes d'enfants terribles de la nouvelle Algérie.

L'auteure : Elle est née à Oran mais vit actuellement à Paris. Etudes de Lettres modernes. Premier roman «J'aime le Malheur que tu me causes» aux Editions L. Labter en 2014.

Avis : Très beau et très bon roman. Ecriture vive, alerte et sincère mais assez tourmentée comme les vies qui y sont décrites. Une splendide histoire d'amour (inaccompli, rassurez-vous !) entre un frère et sa sœur. La préfacière affirme «qu'il y a quelques années, ce type d'écriture n'aurait jamais pu être publié en Algérie. Trop de tabous bousculés». Désolé, Mme, mais au fil de mes lectures, j'ai vu ces dernières années bien pire (ou bien mieux, c'est selon !), l'Algérie étant un véritbale «bouillon de culture».



12/Vivement après-demain ! Essai de Jacques Attali, Hibr Editions, Alger 2017, 230 pages, 800 dinars.



Dans un ou dix ou quinze ans, en tout cas avant 2030, «si rien n'est fait», surviendra une catastrophe... un tsunami... qui balaiera un monde obsolète. Nul n'y échappera : ni les plus riches, ni les plus puissants... Avant qu'une autre société ne soit reconstruite sur les décombres de la précédente, chacun pleurant un désastre qu'on aurait pu éviter.

Telle est la bien sombre prévision de l'auteur qui, dans une première partie, a présenté une masse de nouvelles connaissances (données et statistiques) sur l'état du monde, accumulées dans tous les domaines : scientifiques, démographiques, idéologiques, géopolitiques, artistiques... Des chiffres accompagnés de commentaires rigoureux. Des données positives pleins d'enseignement, et négatives qui donnent le tournis et des sueurs froides... Comment échapper à la catastrophe sans renoncer à la liberté...et se laisser aller vers le mieux...avant 2030, date à alquelle le monde devrait devenir bien plus insupportble encore pour l'immense majorité des gens? Comment échapper à «l'économie de la colère», c'est-à-dire une société de l'action violente («qui a d'ailleurs recommencé à croître depuis plusieurs années et qui s'étendra et explosera en mille foyers d'incendie». That is the question ! Première réponse pour faire jaillir des «étincelles de bonheur et d'espoirs» : «Tout commence par un changement personnel, une mutation intime : agir sur soi, pour se préparer à agir sur le monde afin qu'il reste vivable pour soi». Vaste et lourd programme tant les feux sont nombreux. D'autant que pour construire une cabine de pilotage d'un avion pris dans la tempête, il faut d'abord que les passagers de l'avion prennentt conscience de cette nécessité.

L'auteur : Prof, écrivain, conseiller d'Etat honoraire, conseiller spécial de F. Mitterand à la Présidence de la République de 81 à 91, fondateur et premier président de la Banque européenne pour la Reconstruction et le Développement (Bird) à Londres de 91 à 93…Président d'une entreprise internationale de conseils en stratégies, etc…etc… Docteur en sciences économiques, diplômé de l'Ecole Polytechnique, de l'Ecole des Mines, de l'Iep, de l'Ena…Il est aussi éditorialiste…auteur de plus de 60 ouvrages traduits dans plus de 20 langues (essais, biographies, romans, contes pour enfants, pièces de théâtre…). Classé comme l'un des cent intellectuels les plus importants du monde. J'oubliais : il est né, fin 43, (c'est un jumeau, et son autre frère, Bernard, fut, entre autres, Pdg d'Air France) à Alger d'une famille juive d'Algérie, installée à Paris dès 56 ; le papa ayant tout compris de la situation coloniale, bien avant tous les autres.

Aucun mandat électif …et ne manque plus…que l'Académie française. Cela ne saurait tarder ! Mais, le veut-il vraiment ? Ou, alors, veut-on vraiment de lui ?

Avis : Un «rapport» inquiétant mais aussi porteur d'espoirs pour que l'homme accepte d'être moins égoïste, de devenir plus «soi», les Etats moins autoritaristes, les démocrates moins dogmatiques, les peuples plus libres et les entreprises moins expansionnistes. Trop de conditions pour éviter la Catastrophe... vers les années 30 ?

Un livre très utile (et très facile à lire pour peu que l'on dépasse ses angoisses) pour connaître les promesses et les menaces du monde dans lequel nous vivons et pour y «devenir soi». Avions présenté jeudi 30 avril 20015 (in Mediatic) «Demain, qui gouvernera le monde ?»



13/La débâcle. Roman de Mohamed Sadoun (Préface de Aïssa Kadri). Casbah Editions, Alger 2017. 800 dinars, 430 pages.



Une vaste saga des tribus de l'ouest algérien. Surtout celle d'une tribu, les Doui Aïssa, faible fraction de la confédération des Béni Amer. Une tribu nomade, vivant de la terre (qui, bien qu'ingrate était nourricière) et de l'élevage, se croyant forte à jamais à travers le nombre de bras masculins engendrés, et une foi religieuse réduite à son expression la plus simple.

Tout cela bien loin d'un autre monde, outre-mer, fait de puissances (en concurrence : la France, l'Angleterre, l'Espagne...) à l'orée de la révolution industrielle, à la recherche de conquêtes territoriales pour leurs armées, de ressources nouvelles pour leurs ateliers et leurs usines, de débouchés pour leurs produits et leurs «déclassés», de main-d'œuvre à bon marché (pour ne pas dire d'esclaves)....et aussi d'une «nouvelle croisade» cultuelle et culturelle. Le choc est brutal...

L'auteur :Famille originaire de la wilaya de Sidi Bel-Abbès (père migrant travailleur rural et maman au foyer), né dans le sud de la France en 1973. Haut fonctionnaire et magistrat après une première carrière dans l'enseignement. S'interesse aux questions de justice et à l'histoire du bassin méditerranéen... plus particulièrement l'Algérie. Quelques biographies historiques mais premier roman.

Avis : De l'Histoire (d'Algérie pré et post-coloniale) romancée. Fiction et réalités savamment mélangées. Style katébien. Peut-être trop de voyages et trop touffu et sujet trop vaste pour un seul ouvrage ! Et, avec des passages défendant et illustrant (un peu trop, à mon avis), la vie «démocratique» à la française (p 157 à 161), les «réformes» au Maroc avant la colonisation, les vertus de l'école publique française...



Et, exceptionnellement



14/La guerre d'Algérie dans le cinéma mondial. Mille et une fiches de films traitant de la guerre d'Algérie à travers le monde. Ouvrage documentaire de Ahmed Bedjaoui. Chihab Editions, Alger 2016, 397 pages, 1800 dinars.



Il a déjà écrit un ouvrage sur le cinéma algérien...Une étude approfondie (déjà présenté in «Mediatic») et complète sur le 7è art...durant et juste après la guerre de libération nationale.

Ce second ouvrage, «né du précédent», une monographie relevant d'une recherche documentaire très poussée sur (presque, car il y a, aussi, les archives 45-54 conservées, en France, par le Service cinéma aux Armées : 157 700 clichés et 1 200 films) toutes les productions cinématographiques en liaison avec la guerre d'Algérie : avant, pendant et après !

La somme, bien que non exhaustive, est, à la grande surprise, é.n.o.r.m.e. 486 productions entièrement françaises, 366 totalement algériennes, 26 datant de l'époque coloniale, une soixantaine de productions dans lesquelles l'Algérie et la France sont impliquées à un moment ou à un autre, 7 co-productions, plusieurs productions réunissant plusieurs pays. La France n'est pas le seul pays concerné : il y a aussi la Suisse, l'Allemagne (ex-Rfa et ex-Rda), le Canada, l'Italie, la Grande-Bretagne, les USA (on a même trouvé un film réalisé par un anonyme pour le compte de la CIA), la Belgique, la Chine, l'Egypte, le Maroc, la Syrie, la Bulgarie, la Russie (ex-Urss), la Yougoslavie...

L'auteur : Ancien animateur d'une des plus fameuses émissions sur le cinéma à la Télévision algérienne, diplômé de l'Idhec (Paris), docteur es littérature américaine, actuellement professeur d'Université et à l'Ecole nationale supérieure de Journalisme et des Sciences de l'Inforamtion d'Alger/Ben Aknoun, directeur artistique du Festival du Film Engagé d'Alger, auteur de deux ouvrages (Chihab Editions), médaillé Frederico Fellini (Unesco, 2015).

Avis :Un travail de recherche-inventaire colossal qui gagnerait à être traduit.



15/Le dernier des livres...(car non lu lors de sa sortie, mais seulement en 2017. Mea-culpa !). Roman (historique) de Kamal A. Bouayed. Enag Editions, Alger 2014. 950 dinars, 463 pages.



Quelle histoire ! C'est celle qui raconte en la forme romancée et en plusieurs histoires l'odyssée d'un manuscrit de Mushaf Uthman, alors produit (en quatre copies) du temps du troisième calife, à travers l'Arabie, l'Espagne et le Maghreb.

Tout cela grâce à des vieux manuscrits avec cinq histoires, trouvés par hasard du côté de Dellys, assez bien conservés et qui semblent avoir été écrits vers l'an 1354 ap J-C, 755 après l'Hégire par un certain Mahmoud al Tilimçani... un personnage dont on n'a trouvé aucune référence ni la moindre information sur lui dans les archives.

L'auteur : Ingénieur et docteur en économie...il a écrit un premier roman qui a fait l‘objet d'une thèse à l'Université de Constatine.

Avis : Da Vinci Code enfoncé ? Dommage que notre production cinématographique soit quasi-morte !



PS : Pour vos cadeaux de fin d'année, quelques beaux livres (parmi tant d'autres) :

-Les Phares d'Algérie. Vigies de la côte : Photographies de Zinedine Zebar, texte de Mohamed Balhi. Casbah Editions, Alger. 5 100 dinars.

-Imzad : de Farida Sellal. Casbah Editions, Alger. 10 700 dinars.

- Racim. L'épopée des maîtres ornemanistes en Algérie: Zaki Bouzid Editions. 12 550 dinars

-Bejaia. Capitale des Lumières : de Abderrahmane Khelifa. Editions Gaia, Alger. 9 000 dinars