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Le Maroc, un Etat colonial

par Mahdi Boukhalfa

Le Maroc est un Etat colonial. C'est un fait établi depuis l'invasion, le 16 octobre 1975, du Sahara occidental. Il y a de cela 42 ans et deux jours, ce pays était entré de plain-pied dans le système honni par l'humanité de la colonisation. Comble de l'ironie, cette invasion intervenait alors que les deux derniers empires coloniaux, le Portugal et l'Espagne, se retiraient de l'Afrique. Avec l'indépendance de l'Angola le 11 novembre 1975, le Portugal post-Salazar, de la Révolution des «Œillets rouges» se retirait définitivement de ses colonies africaines, après avoir tenté de berner le monde en affirmant, comme le prétend actuellement le Maroc, que ses colonies du Cap-Vert, du Mozambique, de Bissau et d'Angola sont des «provinces» d'outre-mer, au même titre d'ailleurs que Sao Tomé.

Le Maroc, qui a choisi la fuite en avant, l'occupation du Sahara occidental après le retrait espagnol, est donc en totale violation du droit international et contrarie le reste du monde en perpétuant un conflit de trop, inutile. Aujourd'hui, un peu plus de 40 ans après l'occupation du Sahara occidental, il serait temps que le Maroc revienne à la raison et qu'il mette fin à ses prétentions territoriales et ne bloque plus un processus démocratique qui donne la pleine jouissance des Sahraouis de leur droit à s'exprimer sur leur avenir. Maintenant, si ce référendum d'autodétermination, que Rabat bloque depuis 1991, est organisé selon les mécanismes de l'ONU par la Minurso et que les Sahraouis se prononcent pour l'un des trois scénarios mis sur la table, nul ne pourra s'opposer à la volonté du peuple sahraoui s'il veut «intégrer le royaume du Maroc, s'il opte pour une autonomie sous administration marocaine ou voter l'indépendance».

La tournée dans la région de l'ancien président allemand Horst Köhler, envoyé spécial du SG de l'ONU pour le Sahara occidental, est un autre signal aux autorités marocaines pour qu'elles acceptent de travailler sincèrement à un règlement démocratique et rapide de ce conflit et ouvrent la voie à une négociation pour déterminer définitivement par référendum le statut politique de ce territoire. Certes, la mission de celui que les médias pro-marocains ont vite fait d'appeler «le nouveau prêcheur dans le désert» est compliquée. L'entêtement du Maroc à occuper la Sahara occidental en y injectant, pour fausser le recensement des populations sahraouies, des centaines de milliers de Marocains depuis 1975 est d'abord dommageable pour le développement de la région. Outre le «non-Maghreb» politique, le gel des relations de coopération, les velléités coloniales de Rabat coûtent en moyenne et chaque année un peu plus de 3% de croissance pour la région.

Tout le processus d'un grand Maghreb, avec une union douanière, une zone franche, une banque commune pour faciliter les investissements et un espace commercial de près de 100 millions de consommateurs, est bloqué. Sur le plan interne, la politique coloniale du Maroc consacre d'importants moyens financiers pour entretenir une armée d'occupation et nourrir les dizaines de milliers de «colons» dans les territoires occupés. Au moment où le taux de pauvreté s'accentue dans le pays, comme dans tout système féodal et colonial, avec près de 4 millions de Marocains en situation de vulnérabilité (eau, santé, éducation, habitat dont 1,6 million en situation de pauvreté multidimensionnelle absolue sur presque 40 millions d'habitants) (Enquête HCP). Entretenir une «colonie» coûte cher et le Maroc n'en a ni les moyens financiers, encore moins politiques, hormis la fuite en avant, privant en cela son peuple et ceux de la région d'un confort social auquel ils ont droit.