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Lettre ouverte à monsieur le maire, à messieurs les maires !

par Bouchikhi Nourredine

A l'approche des élections communales qui pour beaucoup représentent un important rendez-vous électoral sinon le plus important car il y va du quotidien des gens, il est de mon devoir de citoyen de vous interpeller, vous monsieur le maire en exercice et vous le candidat qui aspire à le devenir ; bien que j'ai longtemps hésité, avant de m'adresser à vous, tout simplement parce que tout ce que je vais vous dire vous l'avez sûrement entendu, vu, lu ou bien on vous l'a rapporté surtout en ces temps-là où tout est filmé, enregistré, transmis ou chaque geste ou parole laisse une trace indélébile où l'information circule à la vitesse de la lumière, empruntant le chemin des technologies nouvelles (via le net et les réseaux sociaux) j'ai hésité encore, en se posant la question : dois-je m'adresser au maire de ma ville seulement ? Car cela me concerne, directement, ainsi que mes concitoyens ? Ce serait un peu égoïste de ma part ou plutôt interpeller les maires, tous les maires du pays, car nos villes, nos communes, nos quartiers souffrent, chroniquement, des mêmes maux ; les mêmes causes ne peuvent générer que les mêmes effets. Finalement, je me suis décidé à adresser cette lettre à tous les maires du pays, au risque de plagier des idées déjà évoquées et au risque, simplement et malheureusement, d'être face à des interlocuteurs aux abonnés absents.

Chaque fois, que j'arpente les avenues ou ce qui en reste, les rues ou les ruelles de ma ville, une question me taraude l'esprit ; y-a-t-il quelqu'un à bord de ce navire à la dérive qu'est ma ville ?

Je me demande est-ce que monsieur le maire habite une autre ville que la nôtre ? Je me demande aussi est- ce qu'il emprunte d'autres rues que les nôtres ?

Et quand je marche,je me demande est-e qu'il n'a jamais serpenté la ville à pied comme nous ?

Et aussi, quand je roule en voiture, je me demande est-ce qu'il n'a jamais conduit un véhicule dans sa propre ville? Je me demande, aussi, est-ce qu'il n'a jamais voyagé hors du pays ?

Ne ce serait-ce que chez nos voisins les plus proches ; je me demande au moins est-ce que sa curiosité ne l'a jamais poussé à voir comment sont gérées les villes, ailleurs, au travers même d'une lucarne (TV) une revue ou un article de presse ?

Je me pose toutes ces questions et d'autres, en tant que simple citoyen, car j ne pense pas qu'il faut être un architecte, un urbaniste, un paysagiste ou un ingénieur en hydraulique pour faire le constat amer : un demi-siècle après l'indépendance, nos villes et nos villages sombrent, inexorablement, dans la ruralité et l'anarchie.

Un demi-siècle, monsieur le maire et vous n'arrivez toujours pas à faire confectionner une chaussée bien goudronnée qui ne fend pas en nid des poules aux premières pluies et au passage des premiers véhicules, à la faire entretenir, à la faire nettoyer, à faire colmater ses éventrations perpétuelles, une fois pour toutes, à faire un trottoir dans les normes , à aligner correctement ses bordures ; tout ce temps-là monsieur le maire vous n'arrivez pas à gérer la collecte des ordures ménagères ; nos placettes et nos quartiers sont devenues des décharges à ciel ouvert, et d'année en année, tel un rituel, vous faites et défaites le carrelage comme si c'était un matériau jetable comme si nous étions plus intelligents que ceux qui goudronnent, une fois pour toutes, les trottoirs pour clore définitivement ce dossier. Tout ce temps là monsieur le maire vous n'arrivez pas à mettre des avaloirs là où il faut et quand ils existent à les faire curer avant la, saison des pluies, au risque de se voir inonder. Monsieur le maire, vous le premier magistrat, vous n'arrivez, toujours pas, à faire appliquer les lois pour libérer les trottoirs d'indus commerçants occupant l'espace qui revient de droit au piéton, obligeant les gens à emprunter la voie réservée aux véhicules et les enfants à acquérir les mauvaises habitudes, tout le contraire de ce qu'on leur fait apprendre à l'école, à savoir marcher sur le trottoir un acte de civisme qui, au fil du temps, est devenu une exception et non la norme! Monsieur le maire cinquante après l'indépendance et vous n'arrivez, toujours pas, à réguler la circulation automobile, de plus en plus envahissante, à mettre des feux aux carrefours, à les entretenir à les synchroniser ,à mettre des plaques signalétiques conformes censées organiser le flux des véhicules et protéger les piétons et non pour veiller à la quiétude de certaines castes, vous laisser des hippomobiles côtoyer les voitures les plus modernes offrant un spectacle digne du moyen-âge; toutes ces années et vous êtes incapable de nous doter de vrais transports en commun propres, confortables, ponctuels peu polluants et non des carcasses ambulantes, dangereuses qui circulent à leur guise sans aucune considération pour la population.

Vous continuez à gérer la ville, sans aucune vision lointaine ; une gestion à vue, au jour le jour; le citoyen paie, chèrement, ainsi le prix de ce tâtonnement, de l'absence de projection dans l'avenir; nous manquons, cruellement, de parkings, nous sommes livrés au diktat de gardiens autoproclamés qui rackettent les gens en toute impunité. Les quelques aires publiques de stationnement qui restent se sont transformées en propriétés privées et exclusives ; l'accès y est délimité par des piquets ou des caisses, au vu et au su de tous, vous n'arrivez pas non plus à réglementer la pose de ralentisseurs, au point que certaines communes poussant le zèle à l'extrême en comptent des dizaines sur une distance d'à peine quelques mètres !

Un champ de bataille qui met à rude épreuve les nerfs des conducteurs et leurs véhicules et si au moins ils sont posés dans le respect des normes !

Souvent c‘est un tas de goudron ou plus grave du béton; invisibles la nuit tombante, ils se transforment en pièges destructeurs ! jonchés au gré de certains habitants privilégiés ou même certaines administrations, sous des prétextes divers, mais qui en réalité ne sont que le reflet d'un trafic d'influence ou d'un abus d‘autorité, alors que nul n'est censé être au-dessus de la loi!

Certains actes et comportements ont, totalement, disparu du lexique des infractions; tel le tapage nocturne réprimé pourtant par la loi ; les fêtards de toute nature ne se gênent pas de mettre les décibels, au plus fort, sans risquer gros et nous sommes agrémenter d'une autre nouveauté, depuis quelque temps, celle de faire exploser de nuit des pétards à longueur d'année, sans se soucier du repos d'autrui. Lors de cortèges de mariage, c'est l'anarchie la plus totale, aucun respect du code de la route, des feux ; des sens interdits sont grillés en toute impunité, les avertisseurs sont mis à fond, sans aucune considération pour les malades, les travailleurs fatigués par une rude journée de labeur, les routes sont souvent bloquées par des barrages sauvages inopinés ! Un demi-siècle après monsieur le maire et vous n'arrivez pas à faire réparer une lampe grillée, à régler un éclairage défaillant, à rétablir un câble sectionné, que lorsque vous êtes harcelé de demandes, de coups de téléphone ou d'injonctions ou carrément de manifestations. Les fuites d'eau potable, les ruissellements des eaux usées ,avec leur lot d'odeurs nauséabondes, sont devenus un plan du décor de nos avenues, nos rues ou nos cités, les caves sont constamment inondées ; l'été venu nous sommes envahis par les moustiques, sans parler des animaux errants.

Nos enfants n'ont guère beaucoup de choix, ils sont soit livrés à eux-mêmes faute d'espaces et d'infrastructures dédiés et sécurisés, soit lâchés dans la nature, envahissant alors rues et ruelles avec tous les risques connus ; les plus chanceux « peut être » restent cloîtrés, dans un monde virtuel !

Monsieur le maire, vous continuez toujours à délivrer des autorisations ou bien vous fermez l'œil sur des activités réglementées, dans les quartiers résidentiels qui sont menacés d'extinction, car devenus hélas de véritables souks envahis par la saleté, le bruit, encombrés par la circulation ; nous constatons, démunis, une floraison de commerces de matériaux de constructions, en plein centre-ville, la multiplication de métiers insalubres bruyants (menuisiers , mécaniciens, gargotes…) grevant la quiétude des résidents défigurant le charme de quartiers, jadis synonymes de beauté et de fonctionnalité, du temps où cela voulait encore dire quelque-chose.

Où sont alors les zones d'activités réservées monsieur le maire? Monsieur le maire toutes ces années passées et vous n'arrivez pas à imposer la loi sur les constructions ; toutes ces bâtisses qui agressent notre vue rendue moche par cette brique rouge délabrée, ces piliers « ornementés » de pneus usagés, cette couleur « ciment » qui s'étale et affiche son identité : une bâtisse en éternelle construction ! Première image du pays à s'offrir souvent quand on arrive par air et que notre avion s'apprête à atterrir dans l'un de nos aéroports… (Une autre histoire ! Passons !)

Monsieur le maire toutes ces années et vous n'êtes jamais arrivé à nous offrir des avenues larges qui font respirer la ville, à faire planter ou en exiger de le faire, des arbustes ou des fleurs quand malheureusement au contraire vous laissez déraciner, dans l'impunité des arbres centenaires et ce n'est pas quelques carrés de gazon éparpillés qui changeront notre quotidien et qui souvent sont le fait d'opérations ponctuelles sans lendemain ou posés la veille de visites de hauts responsables où vous êtes alors capable de miracles : faire croître des palmiers en une nuit !

Ou faire fleurir une avenue même sans printemps. Monsieur le maire, avec tout votre staff d'ingénieurs, d'architectes, de topographes, de conseillers vous n'arrivez, toujours pas, à donner à la ville un visage urbanistique harmonieux ; les parcelles de terrain, acquises pour certains depuis des décennies, restent toujours non viabilisées, transformées en décharges ou parking, les superficies des lots octroyées mettent au défi le plus grand des architectes à en faire naître une construction agréable à voir ou agréable à vivre, mais qui sèment déjà les graines de la laideur ,des conflits de voisinage, de la ruralisation des villes; pire encore, vous n'arrivez même pas à conserver ce qu'il y a de beau en délivrant des permis qui légalisent la défiguration de notre patrimoine immobilier qui a longtemps fait le charme et la singularité des villes.

Monsieur le maire je m'adresse à vous parce que vous êtes le premier responsable de la ville, sinon on m'aurait rendu coupable de n'avoir pas respecté la voie hiérarchique, et vous êtes en « principe » l'émanation de la volonté populaire, je dis bien en « principe » parce que vous pourriez me dire que ce poste je ne l'ai pas désiré, j'ai été désigné par mon parti ou plutôt ma tribu qui ont usé de tous les subterfuges pour que je puisse y accéder, non pour rendre service à ma ville mais pour être le serviteur de leurs intérêts. Vous pourriez, aussi, me dire que je suis arrivé là par accident !

Vous pourriez même reconnaître que vous n'avez pas assez de bagages pour gérer une ville avec toute sa complexité ou bien me dire que hélas j'ai les mains liées, mes prérogatives sont confisquées et je ne suis qu'un figurant, un exécutant de la volonté d'autrui qui véritablement, tire les ficelles.

Vous pourriez me dire aussi que le conseil communal est composé d'arrivistes ou d‘analphabètes, opportunistes, qui me tiennent en étau et servir la collectivité est le dernier de leur souci !

Mais moi monsieur le maire, citoyen que je suis, mon seul tort est d'assumer les conséquences de mes choix, si jamais je vous ai choisi! mais vous, tant que vous y êtes, vous devriez assumer la responsabilité qui en est la vôtre et nous rendre compte de vos réalisations ; vous n'avez qu'à dénoncer ceux qui entravent le développement de nos villes, vous n'avez qu'à faire appliquer la réglementation, dans toute sa rigueur ,vous n'avez qu'à faire respecter votre autorité ; sinon laissez la place à quelqu'un plus apte à se confronter aux obstacles, compétent et intègre si au moins vous avez le moindre sentiment pour ce pays, un minimum d'honneur et d'empathie envers vos concitoyens, je m'adresse surtout à vous, le carriériste et professionnel des élections mais qui ne peut se vanter de la moindre réalisation, malgré les années passées scellé à ce poste, je m'adresse aussi à vous futur candidat pour savoir où mettre le pied et si vous avez, ne serait-ce qu'un soupçon de volonté d'améliorer notre vécu.

Pour moi, vous êtes mon premier interlocuteur et notre porte- parole auprès de toutes les instances auxquelles je ne peux m'adresser directement. Le citoyen ne réclame pas la lune mais juste son droit de vivre, pleinement, sa citoyenneté, il est las d'interpeller, de manifester de se plaindre de souffrir dans l'indifférence et le mépris. À bon entendeur salut.