Envoyer à un ami | Version à imprimer | Version en PDF

Communication institutionnelle : beaucoup reste à faire !

par Cherif Ali

Rares sont ceux, parmi les professionnels, qui ignorent qu'en communication, c'est comme à la guerre, celui qui tire le premier atteint son objectif !

Et Ennahar Tv, cette chaîne privée a bien assimilé l'adage en portant le premier coup à Abdelmadjid Tebboune, le premier ministre, en affir mant sur son site en ligne, que « sa rencontre avec son homologue français, Edouard Philippe, a été organisée à sa demande ». Les services du premier ministère ont essayé de rectifier le tir en affirmant qu'au contraire le rendez-vous entre les deux hommes a eu lieu « à la demande du premier ministre français ».

Qui croire ? Le scoop d'Ennahar a fait son œuvre, les gens s'interrogent en l'absence d'une communication officielle sur le sujet.

La télévision publique si prompte à couvrir la moindre des activités gouvernementales n'a pas rendu compte, ajoutant au mystère et donnant ainsi du grain à moudre aux adversaires du premier ministre.

La campagne contre Abdelmadjid Tebboune est lancée assurent les observateurs. Il n'aura aucun répit. La preuve, ce brûlot commis par le patron d'un journal proche du pouvoir qui a titré à propos de la rencontre des deux premiers ministres « Tebboune : dangereuse sortie de piste ! ».

Et dans son article d'évoquer « les vrais motifs » d'Abdelmadjid Tebboune : « arracher le quitus politique de l'Elysée pour conquérir le palais d'El Mouradia ». Les lecteurs, ou du moins les plus crédules parmi eux, en sont restés abasourdis !

La ficelle est trop grosse, mais faute de communication gouvernementale, l'information est devenue crédible : Tebboune veut être calife à la place du calife !

Pourtant, selon une source diplomatique française citée par un journal algérien en ligne, la rencontre Tebboune-Philippe a été « décidée et organisée » avant le départ du premier ministre en France. Celui-ci aurait été même, dit-on, reçu par le président de la République pour « mettre au point un agenda de travail avec son homologue » selon un journaliste d'un quotidien francophone.

L'été s'annonçait, déjà, très chaud pour Abdelmadjid Tebboune au regard des polémiques et autres couacs provoqués par des membres du gouvernement. Parmi ces derniers, le ministre de l'industrie Mahdjoub Bedda qui, selon ses détracteurs, « oublie de dire qu'une industrie, ça ne se pense pas en un seul trimestre, qu'un retour sur investissement ça prend plusieurs années ».

Dans sa récente tournée dans la wilaya d'Alger, Abdelmadjid Tebboune avait tenu à faire des mises au joint sur des questions d'actualités brûlantes : l'industrie automobile qualifiée par son ministre de l'industrie d' « importation déguisée », les migrants clandestins qui ont suscité des « déclarations controversées » au sein même de l'exécutif, même si dans l'esprit du premier ministre « ce n'est pas grave ! » etc.

Avec ses partenaires de la tripartite, il s'en est aussi expliqué : le gouvernement continuera à travailler avec Sidi Saïd et Ali Haddad, dans l'objectif de « concrétiser le programme du président de la République » !

Rétropédalage, n'ont pas manqué d'ironiser certains observateurs de la vie politique !

Aujourd'hui, le foisonnement des journaux fait que la concurrence dans le secteur est féroce. C'est la course à qui sortira le scoop ou la nouvelle frappée du fameux sceau racoleur « aadjel» ; certains journalistes ne prennent aucune précaution, ni celle consistant à en vérifier la teneur encore moins celle confortant la source de leurs informations. En faisant face à une concurrence accrue, entre les médias, comment un journaliste détenant une information brûlante, exclusive, un scoop, pourrait-il respecter cet accord, basé sur le bien-fondé de la morale ? Quant au contenu des informations rapportées sous le couvert du confidentiel et bien qu'elles ne soient pas, toujours, utiles ou passionnantes, le public en raffole et se délecte des «radars» et autres «périscopes» qui les hébergent ; les petites phrases, les blagues, croqueuses et ravageuses donnent l'impression au lecteur de découvrir, enfin, «ce qui se passe derrière les coulisses».

A l'ère des technologies de l'information et de la communication, une information fait le tour de la planète en une minute à travers une diffusion instantanée sur les réseaux sociaux et autres sites électroniques. L'actualité vient de nous en offrir un exemple frappant : la rencontre « informelle » entre les premiers ministres algériens et français.

Bien avant cela, il y a eu les incendies qui ont ravagé des villages en Kabylie et aussi dans d'autres régions du pays. Les réseaux sociaux ont fait circulé des images « en live » des lieux rongés par les flammes, sous les yeux des habitants hagards, impuissants devant la puissance du sinistre.

Les autorités, notamment centrales, ont tardé à réagir ce qui suscité moult commentaires de la part des Algériens. Et c'est bien après que le ministre de l'intérieur s'est déplacé à Tizi-Ouzou pour apporter la bonne parole et surtout afficher le soutien des pouvoirs publics, disposés, cette fois-ci, à prendre en charge les pertes occasionnées par le sinistre. Une décision, faut-il le dire, prise par le président de la République, et qui concernera 17 wilayas dont les citoyens touchés seront indemnisés.

C'est une leçon aussi pour les gouvernants qui doivent intégrer dans leur logiciel le facteur temps : réagir vingt quatre heures ou plus après un événement qui a frappé l'opinion, n'est pas sans conséquences.

L'hyper visibilité est devenue une nécessité absolue, une façon de maintenir le lien avec les gens, eux qui sont relativement, détachés de la vie politique et en même temps plus exigeants envers leurs gouvernants.

Pour l'heure, il faut le dire, hormis le ministère de la Défense Nationale et celui des affaires étrangères, il y a unanimité sur la faiblesse de notre communication institutionnelle !

De celle qui a pour objet :

• D'abord, d'initier, de coordonner et de mettre en œuvre des actions de communication crédibles et transparentes, en direction du citoyen,

• De promouvoir, ensuite, l'image de l'Etat en la rendant visible, nette et acceptable, aussi bien à l'intérieur du pays qu'à l'étranger,

• D'agir, aussi, afin de rétablir la confiance entre le citoyen et les institutions de l'Etat,

• Et de contrecarrer, enfin et surtout, la rumeur et le flou !

Abdelmadjid Tebboune qui n'a de cesse de répéter qu'il a « le soutien » du Chef de l'Etat est, aujourd'hui, face à deux défis majeurs :

1. maitriser plus que jamais sa parole dans un contexte d'hyper réactivité médiatique

2. gérer la dispersion de la parole gouvernementale

3. s'expliquer sur la moindre de ses intentions

D'où la nécessité pour lui de nommer un « porte-parole » qui sera, en principe, le seul habilité à engager la position du gouvernement sur tous les sujets.

Ce ne serait pas forcément un ministre car la communication est un acte politique ou les « états d'âmes » des dirigeants et la « peopolisation » de tel ou tel ministre n'ont pas de place.

Ses principales missions, rendre compte des travaux du conseil des ministres et exercer une mission d'information sur les activités du gouvernement ; « un airbag » en quelque sorte !

Bien évidemment, ce dernier doit faire montre d'une maitrise absolue du langage, même s'il va, fatalement, faire usage, de la langue de bois, ce qui va être considéré, somme toute, comme une réaction saine face à un paysage médiatique toujours prompt à s'emballer à la moindre « fake news » !