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A COMME ALGERIE 18 - R comme rêve

par Mimi Massiva

Dans son livre « L'Amérique qui tombe », Arianna Huffington se demande : qui a tué le rêve américain ? On peut lui certifier que les Algériens n'y sont pour rien. Ils sont plutôt à se demander qui a tué le leur, en supposant que le rêve soit le propre de l'être humain tel le rire d'un Rabelais. Elle explique comment les politiques ont trahi le rêve américain. En Algérie, elles n'ont rien trahi puisqu'elles n'ont rien promis. En Amérique, le peuple se résume à : « en période électorale…d'électeurs, en période de croissance…de consommateurs, en période de crise… de citoyens, en période de match… de supporters et en période d'empoisonnement… de parties civiles. » (1) En Algérie, on est dans la simplification, quelle que soit la période : des Algériens, 9 lettres enclouées dans leur enclos. En Algérie, on rêve de la mort et de l'immortalité d'un Raïs autoproclamé. En Amérique, on rêve d'un Poutine à la Maison-Blanche tout en espérant qu'un Trump aura sa peau. Dans son livre « Au pays de mes racines », Marie Cardinal écrit à propos de l'Algérie des années 60-70: «Ce pays tel que je le vois, est un enfant battu qui fait ses dents. » De nos jours, l'enfant battu a fini dans l'enfumage à ciel ouvert et à force de faire ses dents, il fait des abcès à répétition. Le rêve se nourrit d'espoir et le cimetière n'en a aucun. Ce dernier l'a emporté au moment où l'Oncle Sam avoue son amour à la Régence. Mais le mariage est chinois, non musulman, non codé. C'est l'Arabie saoudite, la première épouse qui compte. L'Algérie persiste et signe : l'exception, c'est elle… D'après un rapport de l'OMS, évaluant l'impact de l'activité humaine sur la santé, le taux de pollution de l'air en l'Algérie dépasse celui des pays fortement industrialisés comme les USA et l'Allemagne. On se demande quelle activité humaine a bousillé à ce point l'air alors que l'importation fournit tout à l'Exception ? Sans fumée, sans tracas, sans bruit et sans sueur. Comment en est arrivé là, le plus grand pays d'Afrique, du monde arabe et du bassin méditerranéen avec à peine 40 millions d'habitants et au top 10 des pays fournisseurs d'exilés ? Ce n'est pas les déchets ménagers qui sont responsables. Au mieux, ils boostent le choléra et au pire, la peste au douar. Ce rapport publié le 27/09/2016 parle de particules toxiques telles que les nitrates et le carbone. Il estime la pollution de l'air pouvant atteindre 75g/m3 de particules alors que la norme internationale est de 10g/m3. C'est-à-dire, les Algériens ont le choix entre cesser de respirer ou se laisser dévorer vivant. Le nitrate d'argent surnommé « la pierre infernale» est utilisée en médecine pour transformer un cadavre en squelette. Et le rapport de préciser que plus on va vers le Sud, plus le taux de calamité augmente. Traduction : Ain Salah, avec infiniment moins de populace et de voitures fleurant le CO2, est plus polluée qu'Alger. Et dire que la bourgade est loin d'être débarrassée du gaz de schiste. Le spectre est toujours d'actualité. La CIA, auteur de la « Bible » de la Maison-Blanche, a fait du gaz de schiste et de la surveillance des réseaux sociaux, sa priorité. La Régence qui n'a pas de CIA qui lui dicte sa loi, a apparemment les mêmes phobies. On comprend pourquoi Huffington écrit en 2010 : « Le rêve américain semble avoir définitivement tourné au cauchemar. » Un cauchemar mondial, puisqu'en 1997, Brzezinski , la matière grise de la politique américaine étrangère, écrit son livre : «L'Unique puissance mondiale, la stratégie étasunienne de la domination. » Fini le temps, où pour séduire, le drapeau aux 50 étoiles faisait pleuvoir le ciel algérien de sacs de farine, de bidons d'huile et de sachets de sucre roux bios. De nos jours, étoiles éteintes, il domine en faisant pleuvoir la mort au-dessus des pays qui ont la malchance de déplaire ou dont l'existence est gênante. Le drame des Somaliens a commencé par la pollution de la mer causée par des bateaux étrangers avec la complicité des dirigeants. Pour ne pas laisser leurs gosses crever de faim, les pêcheurs se sont reconvertis en pirates… En Algérie, la sardine a disparu alors que ces satanés Marocains sont numéro 1 mondial dans ce domaine. Nos égouts embaument nos plages sécurisées y compris dans une ville comme Zeralda qui abrite le palais présidentiel et le souvenir des Sables dorées. On comprend que la fameuse décharge d'El Harrach soit transférée à Boumerdes, lieu doublement louche pour sa proximité avec la Kabylie et ses écrivains aussi talentueux que contestataires. Sans parler du divorce avec les Russes, provoqué, rappelons-le, par un acte terroriste. En sus, une cité de pétroliers de plus en plus inutiles face à un savoir-faire venu d'ailleurs trop carnassier pour assumer un minimum de risque… La pollution n'a pas épargné le cerveau. Par exemple dire que tout a été fait contre la fraude au bac au lieu de dire tout a été fait pour augmenter le taux de réussite. Parler de seconde session pour les retardataires, c'est qu'ils doivent être plus nombreux que les recalés. Le mot est important, c'est un être vivant, dit V. Hugo : « Car le mot, c'est le Verbe, et le Verbe c'est Dieu. » Que faire quand la boîte de Pandore déroule ses poupées russes décorées en une seule main par un sorcier africain, un vaudou haïtien, un chaman coréen et un gnawa marocain ? Le seul espoir, faire le grand Maghreb, rêve d'une autre Régence qui n'a jamais existé, celle d'un Boudiaf, d'un Ferhat Abbas… Les Tunisiens nous apprendraient à gérer nos poubelles, à nettoyer une plage et les Marocains, à percer le mystère des filets de pêche opaques, goudronnés et gonflés de bouteilles et sachets en plastique. En résumé, réaliser un rêve bien algérien : accueillir au lieu d'être accueilli. Remercier les voisins avec du pétrole. Cet or noir découvert par hasard par un géologue français, Conrad Killian, venu à la recherche d'un trésor d'émeraudes, celui des Garamantes, pour tomber amoureux de la reine du Hoggar à la beauté légendaire. Notre cauchemar d'aujourd'hui débuta tel un rêve des Mille et une Nuits… Pour analyser l'impact de la pollution sur l'espérance de vie, des chercheurs ont fait une expérience sur des mouches. Ils ont mis deux dans un grand bocal en veillant à satisfaire leurs besoins. Elles se multiplièrent normalement jusqu'à un certain point où leur nombre commença à baisser petit à petit sans raison apparente. Elles finirent par mourir ; aucune survivante malgré les efforts des scientifiques. Lorsqu'on sait qu'on reproche aussi à l'Algérie d'emmagasiner des pesticides interdits et d'être responsable de la pollution de la Méditerranée sans parler de la toxicité d'aliments chimiques importés, on trouve notre sort pire que celui des mouches cobayes. Décimées par une seule pollution, non par l'addition de plusieurs, ces dernières ont eu le temps de se préparer...

R comme religion

Dans ses essais, Montaigne affirme que quand il prie, il ne demande jamais rien à Dieu. Les musulmans apprennent à ne jamais demander quelque chose qu'à Dieu. Quant à leur chef, il n'a de compte à rendre qu'à Dieu. Malgré cette symbiose, l'Islam est en guerre contre l'Islam dans au moins 7 pays du Proche-Orient : Afghanistan, Syrie, Pakistan, Liban, Yémen, l'Arabie saoudite, le « Kurdistan »... Dans la région, le seul conflit logique est celui qui oppose Israéliens et Palestiniens. Sans parler du cas algérien où sans être en conflit avec les coreligionnaires voisins, les frontières sont pratiquement toutes fermées. Et malgré le terrorisme islamiste de masse des années 90, la menace pèse toujours. S'ajoute une nouvelle, celle de la République Démocratique et Populaire qui a inscrit la liberté de conscience dans sa Constitution et qui se met à traquer ceux qui prennent des libertés avec le dogme avec la triple accusation en vogue : « Blasphème. Atteinte à la morale. Trouble à l'ordre public. »… En étudiant le profil des tueurs en série, les criminologues soulignent une constante : la lâcheté. Ils débutent à proximité avant de prendre de l'assurance et agrandir le cercle macabre. Au début, leurs proies se limitent aux animaux domestiques avant de s'entendre aux femmes et enfants. « …Aujourd'hui la sécurité nationale est étroitement liée à la délinquance. Car il faut le savoir : avant d'être des terroristes, les individus qui commettent des attentats prétendument « politiques » sont d'abord des délinquants…Ce sont des marginaux, des anciens braqueurs, des bandits qui se sont reconvertis pour assouvir ainsi leurs pulsions de mort. ..C'est dans ce vivier d'enfants révoltés, dévoyés, en déshérence et en mal de repères que le djihad fait son marché…Tous les trafics sont liés : les armes, la drogue et les êtres humains. Il y a comme un système de troc entre ces 3 activités qui, toutes, d'une manière ou d'une autre, financent et alimente le terrorisme…» (2). L'ex-président de l'Union mondiale des oulémas et du Conseil européen de la Fatwa, Cheikh Karadaoui affirme qu'il ne resterait aucun musulman s'il n'y avait pas la menace de mort tout en précisant que le péché le plus important est l'athéisme qui doit être puni de mort. Le plus prestigieux téléprédicateur sunnite a soutenu une fatwa contre Bourguiba, a lancé un appel au meurtre contre Kadhafi et n'a pas hésité à lancer une contre Sissi entraînant son exclusion d'Al Azhar et une condamnation à mort par la justice égyptienne. À part le premier Raïs qui voulait rénover l'Islam non s'en séparer, le crime des deux autres est plus politique que religieux. Mais comme le diable est dans les détails, l'Islam du Qatar n'est pas celui de l'Arabie Saoudite et l'Islam de l'Algérie n'est pas celui de la Tunisie. On estime que les attentats islamistes tuent 10 fois plus de musulmans que de non musulmans. Selon une étude faite en 2016 (3 ) sur l'avenir et le classement des religions, les prévisions donnent, en 2100, l'Islam première religion mondiale. La cause, la démographie. Le taux de fertilité pour la femme musulmane est de 3,1 et de 2,7 pour la chrétienne tandis que pour la bouddhiste, il est de 1,6. La femme musulmane, classée à la traîne, ne peut faire que des enfants pour prouver son utilité. Des mâles, toujours des mâles qui ne rêvent que de la fuir y compris dans le djihad. Elle est la seule des trois à continuer à fabriquer des « soldats » de terre à l'ère de la guerre des « étoiles » où la planète peut être pulvérisée en 15 minutes par un simple clic …Les prévisions disent qu'aux USA, le judaïsme perdra sa première place de seconde religion au profit de l'Islam comme en Europe. Mais la qualité n'est pas liée au nombre. En Israël, on peut échanger un jeune soldat de rien du tout avec 1000 prisonniers Palestiniens sans compter les 1000 autres bombardés pour le récupérer. Par exemple, dans l'Irak de Saddam, un blocus US, sur les médicaments, peut tuer 1 million de bébés. Le même, pour une durée 10 fois plus grande, fait de Cuba un leader dans le domaine de la santé… The Telegraph a fait un sondage en 2015 sur les pays les plus athées et les plus religieux du monde. Sans surprise, l'Europe de l'Ouest est la plus athée avec seulement 43 % de croyants contre 86 % en Afrique où l'Algérie compte 90 % de croyants. Le Moyen-Orient suit avec 82 %. Les pays les plus athées sont la Chine avec à peine 7 % de croyants et 67 % d' « athées convaincus » sans oublier le Japon, la Suède où la religion a plus de chances de convertir des extraterrestres. Des pays qui arrivent à faire le miracle sans l'aide de Dieu. D'autres pataugent dans la malédiction malgré leur folle piété. On en conclut, en plagiant Camus, que le ver est dans le cœur de l'homme… religieux. C'est rassurant pour les musulmans et Karadaoui, en parlant de peur, a en partie raison. Dans notre grande majorité, quitter l'Islam c'est plus un suicide qu'un meurtre. Notre vie, celle de nos ancêtres depuis des dizaines de siècles est centrée autour de la religion. Depuis le premier cri au dernier soupir, dans nos joies et nos peines, 24h sur 24h et 7 jours sur 7, nous sommes liés génétiquement à la voie céleste tracée. En cas d'amnésie ou de folie, nos califes nous le rappellent à coups de fouet de chaînes et de sabre. Si le terrorisme est la stratégie du choc, l'athéisme est la stratégie du trou noir pour le musulman. Pourtant, le Coran, la Bible et la Thora ne sont que des livres sacrés. Ils n'ont aucune responsabilité directe sur la pollution, le cancer, le sida, sur la corruption des politiciens, sur le prix du pétrole et la valeur du dollar ou du dinar, sur l'échec planétaire de l'école, sur le système mondial mafieux qui ne reconnait qu'un dieu : l'argent. À l'heure de la survie, des incertitudes en tous genres où les mots les plus utilisés sont « chaos » et « complot ». À l'heure, de la prise de conscience de notre fragilité meurtrière, on ne peut se permettre de s'attaquer au ciel en étant enchaînés au sol par des tyrans qui sont plus volontaires à nous construire des mosquées que des hôpitaux, à verser notre sang que des indemnités pour un or noir qu'ils ont empoisonné au propre et au figuré. On le remarque dans les sondages, plus on est faible plus on compte sur Dieu. Pour Sénèque, philosophe et homme d'Etat romain : « L'homme ordinaire tient à la religion pour de vrai, l'homme sage la trouve fausse et les chefs, utile. » 19 siècles plus tard, le philosophe, économiste, historien… théoricien de la révolution socialiste et communiste allemand, Marx ne le contredit pas : « La religion est le soupir de la créature accablée, le cœur d'un monde sans cœur, comme elle est l'esprit d'une époque sans esprit. Elle est l'opium du peuple. » Quand, le président turc Erdogan assimile l'athéisme au terrorisme, il est sincère : pas d'Islam pas de trône. Pas d'Islam, pas de Daech. En face, il y a les autres comme l'historien égyptien Abdel-Samad, ex- membre des Frères musulmans, qui refuse le duo : « Quand la foi des gens est politique mon manque de foi le devient également par définition. »Les extrêmes s'attirent. L'expansion de l'islamisme puis du terrorisme dans les années 80 a coïncidé avec celle des industries de la drogue et de la prostitution. La jeunesse algérienne de 1988 a disparu définitivement comme si l'armée, en éliminant quelques centaines, a contaminé le restant. On ne sait pas ce qui s'est passé, mais la transformation s'est faite rapide, radicale. L'inimaginable a eu lieu, après le nationalisme, socialisme, communisme puis l'islamisme et le terrorisme, une certaine jeunesse ose l'athéisme en terre d'Islam. Elle ne veut pas finir comme son ainée qui, en revendiquant des droits onusiens, s'était retrouvée suspectée de collaboration avec l'ennemi colonial et mécréant. Il suffit de voir comment l'Algérie indépendante a déroulé le tapis rouge, offert carte blanche au Cheikh al Ghazali pour insulter Kateb Yacine et Mohamed Arkoun sur leur sol natal. « Dans le monde Arabe d'aujourd'hui, ce n'est pas tant la religiosité qui est obligatoire que l'apparence de celle-ci.»(4) Or nos deux célébrités nationales, comme tous les génies, avaient le défaut de faire fi des apparences. D'après des sondages internationaux (4), le % d'« athées convaincus » ou « personnes non religieuses » en Arabie saoudite pourrait être assez proche des chiffres de certains pays occidentaux malgré la menace de mort et la pression sociale. Ce qui explique la panique des dirigeants arabes qui, de plus en plus, durcissent, inventent, s'échangent des lois de peur de perdre le socle de leur pouvoir : la religion. Contrairement aux autres religions monothéistes, l'Islam, kidnappé par le Palais, malade de ses représentants a fini par terrifier tout le monde. Virginia Woolf se demandait comment résoudre le casse-tête d'une femme intelligente avec un homme idiot. Idem pour la religion. A l'ère des réseaux sociaux, comment un vieux prédicateur vulgaire, inculte, intolérant et violent peut continuer à séduire un jeune musulman instruit, intelligent, tolérant et sensible alors que la base de la séduction est l'admiration ? Le Mahatma Gandhi affirme que si un homme atteint le cœur de sa propre religion, il atteint également le cœur des autres religions. Le problème est sans doute là…

1 : No problem ! (Philippe Val)

2 : Tout ce qu'il ne faut pas dire (Bertrand Soubelet )

3 : Etude du Pew Research 2016

4 : Ahmed Benchemsi