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Que faire face à la régression alarmante et à la médiocrité suicidaire de nos universités ?

par Abdelkader Khelil*

À l'époque de la pénurie en eau et de la vétusté des réseaux de distribution des grandes villes, la fuite des robinets faisait souvent l'objet de disputes bien souvent houleuses au sein des ménages au cri de : « Dja el mâ !!! » au beau milieu de la nuit quand l'eau commençait à couler par petit filet dans les baignoires et les jerricans.

Puis, vint le tour de la fuite et de la destruction des cerveaux et des élites lors de la décennie noire, suivie par les fuites à l'examen du bac qui a perdu toute sa valeur, sa solennité et son prestige de diplôme le plus recherché et le plus prisé. Mais de toutes les fuites qui ont jalonné le parcours de l'Algérie indépendante, c'est bien la fuite en avant qui est en fait la plus redoutable et la plus dangereuse. Toutes les autres n'étant à vrai dire que de petits affluents dont elle est la source mère et la matrice !

Que l'on en juge ! Malgré des dépenses budgétaires colossales pour construire en dépit de tout bon sens et rationalité des infrastructures universitaires par centaines, des laboratoires ultra-équipés et des résidences pour étudiantes et étudiants à travers les 48 wilayas juste par souci de populisme et d'égalitarisme sans que toutes les conditions pédagogiques et scientifiques ne soient réunies, l'université algérienne arabisée au rabais et sans ouverture sur le monde, celle de la massification (environ 3 fois plus d'étudiants qu'au Maroc, et il est attendu plus de 2 millions en 2020) «douarisée» et clochardisée à outrance, est confiée dans une large proportion à de jeunes recrues sans aucune expérience ou background scientifique. Ces «enseignants-récitateurs» exercent leur fonction dans une langue ânonnée, après avoir obtenus avec les plus grandes difficultés des diplômes en post-graduation très souvent par le truchement du copier-coller et du plagiat systématiques.

C'est là un aveu de la triche qui couvre notre pays de honte qui a été exprimé de façon solennelle à l'occasion de la rentrée universitaire 2016-2017 par le premier responsable du secteur ! Il faut tout au moins reconnaître à ce commis de l'État le mérite d'avoir attiré l'attention sur cette malversation et cette dérive préjudiciables à la qualité et à l'efficacité de l'enseignement ainsi qu'à l'éthique universitaire, mais sans pour autant réussir à y mettre un terme! C'est vrai que cela aurait été très difficile pour lui, tellement l'université est « gangrenée » et « métastasée » par ce cancer qui ronge le système de nos élites futures… À vrai dire, cette question relève plutôt d'une dynamique coordonnée de plusieurs démembrements de l'État, chose que nos gouvernements successifs n'ont jamais su faire, sans que cela n'ait pu conduire à aucune démission en guise de déclic annonciateur, pour attirer tout au moins l'attention sur une situation gravissime devenue intenable pour le corps enseignant ! Au lieu de cela, l'on continue à pratiquer la politique de l'autruche en se gargarisant de statiques préfabriquées et muettes à leur état brut, quant à la qualité de l'enseignement et la vie des campus. Eh, oui ! C'est là un secret de polichinelle qui tend à cacher la vérité à une opinion publique, qui est pourtant loin d'être dupe !

Alors ! Comment s'étonner que bradée à l'autel de la paix sociale à tout prix au détriment de la capitalisation et de l'accumulation des savoirs et de la science, l'université ne puisse s'illustrer que par le désert criard en matière de performances et mérites scientifiques ou académiques lorsque d'authentiques professeurs ont été contraints de la quitter pour d'autres horizons plus cléments et plus valorisants d'outre-mer ? Quant à celles et ceux qui sont restés malgré tout, en derniers « Mohicans » d'une « race » en voie d'extinction souffrant le martyre, ils sont sur le point à leur tour de tirer leur révérence si d'ici-là, ils (ou elles) arriveront à terminer leur carrière sans être agressés physiquement par ces rejetons «gominés» gâtés et gâteux qui ne respectent plus rien, sans que leurs tutelles et institutions nationales ne réagissent et ne prennent des sanctions justifiées! Ces braves, femmes et hommes intègres militants pour le savoir, la science et la rigueur, s'en iront à leur tour traînant dans leur mémoire de tristes souvenirs, à défaut d'être remerciés comme c'est le cas sous d'autres cieux pour leur abnégation et les efforts fournis pour avoir essayé de sortir cette « armée » d'étudiants par défaut, d'une misérable ignorance planifiée et/ou tolérée par ceux et celles qui, absorbés par la jouissance du pouvoir n'ont pas vu venir le «tsunami» qui s'est abattu sur l'université et dans son sillage, sur toute la société. Quel malheur pour notre pays quand ce bastion du savoir et de la science, est devenu celui de la délinquance estudiantine ! Les pratiques de violence et de triche terrorisent le corps enseignant et perturbent l'administration, chaque fois qu'il faut mettre une note sur une copie pour évaluer de façon objective leurs étudiantes et étudiants! Mais où allons-nous au rythme de notre folie et de notre traîtrise en ce temple du savoir où, la violence estudiantine commence à rivaliser avec celles que l'on constate dans nos stades, nos plages et les parkings où s'applique la loi de la jungle avec la casse et le vandalisme des équipements urbains, les feux criminels de forêts, les pneus brûlés, les routes bloquées et l'utilisation du gourdin comme substitut, au dialogue serein, citoyen et constructif comme savent le faire les gens civilisés sous d'autres cieux ? Surtout ceux qui ont eu le privilège de franchir les portes de l'université, considérée ailleurs comme un pôle d'excellence, une auguste institution et un véritable temple du savoir, respecté par toutes et par tous !

Oui ! De par la faute de ceux qui, en parfaits autistes n'ont pas pris en considération la complainte, les doléances et les préoccupations d'un corps enseignant malmené par des étudiants bien souvent défendus par une administration apeurée et/ou laxiste, la médiocrité de l'enseignement prodigué, le harcèlement, le chantage et la violence se sont installés durablement comme seules pratiques d'acquisition de modules, sans grands efforts. Et comme si de rien n'était chez ceux qui n'apprécient et n'évaluent le développement que par l'ampleur de la dépense publique et le nombre d'infrastructures bâties le plus souvent de façon démesurée et implantées de surcroît sur des terres à fortes potentialités agricoles. On continue aussi à s'extasier par excès de satisfecit sur des acquis purement matériels, sans prévoir pour autant les moyens adaptés et nécessaires pour assurer convenablement leur maintenance et leur fonctionnement durables. Que l'on en juge ! L'université algérienne continue à briller allègrement par ses contre-performances en formant au rabais des candidats au chômage par centaines de milliers sans qu'aucun bilan d'étape ou d'évaluation ne soit établi de façon sérieuse et objective pour tirer les leçons et corriger la trajectoire de cette dérive suicidaire. Cette situation, faut-il le souligner, est la conséquence d'une certaine hypocrisie érigée en style de gouvernance et de l'incapacité du système qui, dans sa triple dimension : éducation, formation, enseignement supérieur, n'a pas évolué de façon cohérente de par la nature de son cloisonnement. Il ne s'est jamais remis en cause en tant que système interdépendant, dans sa fuite en avant et à «plein gaz», alors que ses responsables savaient pertinemment qu'ils allaient droit au mur. C'est dire que nous sommes là, en présence des adeptes du dicton populaire de : « Takhté rasai wa t'fout ! »

Alors, oui ! Il faut que tout un chacun sache que, dans cette situation déplorable, il est à craindre que notre pays se prive d'une élite performante et capable de répondre aux préoccupations de notre société d'aujourd'hui et de demain par la formation d'hommes et de femmes capables de présider à la destinée d'une Algérie émergente que de nombreuses Algériennes et Algériens ont voulu bâtir. Cette Algérie de demain, comme préconisée par le SNAT à l'horizon 2030, nos décideurs semblent l'oublier pour ne pas dire refusent d'y croire ou de s'en inspirer dans leurs activités quotidiennes. Mais qui s'inquiète vraiment du sort de notre pays ? Tant que la « vache à traire » que symbolise « mère SONATRACH » fournit encore des ressources permettant de masquer notre impéritie, nos tares, nos incohérences et nos insuffisances, il faut parier que le statu quo tant voulu et planifié sera soigneusement maintenu pour faire perdurer le système ! Quel dommage que notre pays soit réduit à cet état de décrépitude 55 ans après une indépendance âprement arrachée, au prix de lourds sacrifices consentis par nos braves ! Et dire que durant les années 70, le bac algérien obtenu sans triche et sans magouilles était d'un niveau égal au bac français et que les diplômes universitaires que délivraient nos facultés, instituts et grandes écoles étaient reconnus non seulement en France, mais aussi en Belgique, en Suisse ou au Canada pour celles et ceux de ma génération qui voulaient préparer leurs doctorats et/ou ingéniorats dans les universités étrangères ! Oui ! Force est de constater que nous assistons impuissants au gâchis que constitue de nos jours la reproduction d'une médiocrité qui à la peau dure, et qui est voulue et applaudie copieusement par les faunes de spécialistes de la rapine et qui, au nom d'une « égalité des chances » qui n'en était vraiment pas une, a conduit des centaines de milliers de diplômés sur la voie sans issue du chômage et du gâchis des ressources humaines et techniques dont notre pays a un impérieux besoin ! C'est là le vrai bilan de ceux qui ont fait le choix de mettre leurs progénitures dans les établissements étrangers, français notamment, alors qu'ils veulent priver leur société d'une force productive sans laquelle il n'y a guère de salut et de progrès possible ! Mais c'est quoi ce délire ? Que faut-il faire pour inscrire l'évolution de notre pays dans la normalité, lorsqu'on a tout fait pour le détruire de façon consciente ou inconsciente ?

C'est ainsi qu'avec la mise en parenthèse du savoir de l'excellence et de la connaissance, objets de sa raison d'être, l'université algérienne ne semble plus intéresser et ne retenir in fine l'attention que des affairistes de tous bords qui ne voient en elle qu'un grand marché potentiel et souvent captif de près de 2 millions d'étudiants à travers la mainmise sur ses œuvres universitaires, sa demande en équipements pédagogiques et en transport estudiantin très juteux et très rentable pour certains avec leurs milliers de bus desservant toutes les universités et centres d'hébergement estudiantin. De même, certains partis et appareils politiques qui pensent détenir à travers leurs associations satellites contrôlées par des « étudiants chibanis » rabatteurs de voix qui, en gardiens du temple de leurs mentors, traînent en licence et squattent indûment des chambres en cités universitaires. Cette capacité de pressions dont ils disposent est souvent télécommandée à distance pour influer sur les décisions des pouvoirs publics. Ils sont là à exercer un chantage permanent sur l'administration et le corps enseignant qui finissent à défaut de soutien de leur tutelle par se soumettre au diktat de cette « force syndicale de nuisance » aux pratiques mafieuses par crainte de représailles, d'agressions ou de grèves fomentées. Paix sociale oblige ! Il est à craindre que de rattrapage en rattrapage d'étudiants « traînés » et « remorqués » depuis le cycle secondaire où il se sont initiés à la pratique de la triche, ce « nid à crabes » n'est pas près de se dessaisir de sa proie, prenant en otage toute une communauté « universitaire » complètement déboussolée et médusée, hypothéquant ainsi l'avenir de nos jeunes et de notre pays.

Alors oui, il m'attriste de faire observer que dans ce contexte défavorable où s'interfèrent affaires mercantiles juteuses, « boulitique » nauséabonde et clientélisme, très peu de savoir et de sciences sont dispensés à nos étudiants. Il suffit pour cela de constater pourquoi aucun établissement de l'enseignement supérieur ne figure dans le classement des universités performantes dans le monde et même d'Afrique pour l'année 2015-2016. C'est tout simplement une débâcle qui nous est présentée par le « The Times Higher Education » dans son rapport annuel. C'est dire que notre université à laquelle se rattachent des centaines de noms d'illustres et éminents professeurs qui faisaient autrefois sa gloire, sa fierté et sa renommée, patauge péniblement dans « la marre aux canards » en attendant l'inéluctable naufrage, si des décisions énergiques et salvatrices ne sont pas prises dès la prochaine rentrée universitaire, pour remédier à cet état de fait. Elle sombre dans l'oubli et au lieu de commencer par analyser les causes de cet échec patent et d'étudier sérieusement le contenu du rapport de cette institution référence pour essayer de trouver des explications à l'état léthargique dans lequel elle se trouve, on cherche plutôt comme d'habitude, à expliquer cet état de fait par le caractère d'appréciation supposé « subjectif », de ceux qui « veulent du mal » à l'Algérie ou qui n'ont pas encore digéré son indépendance !

Dans une sorte de complainte qui tend à se généraliser pour apporter une explication à l'absence de performances de nos universités, les pouvoirs publics relayés par leurs caisses de résonance partisanes, accusent «tambour battant» cette «main étrangère sournoise» qui appréhende, semble-t-il, le passage de notre pays au statut de pays émergent. Voyez-vous çà ! À croire que tout le monde s'est ligué contre nous et que nous n'y sommes pour rien dans ce qui nous arrive ! Tout se passe comme si nous sommes l'objet de jalousie pour tous les centres et écoles d'excellence, les agropoles, les technopoles et toutes ces start-up sorties tout droit des centres de recherches et d'innovation de nos universités, juste dans l'esprit de quelques nationalistes chagrinés qui souhaitent toujours le meilleur à leur pays, en rêvant de ses attributs d'excellence. Non ! C'est trop facile de pointer un doigt accusateur, chaque fois qu'on a failli à notre devoir parce que nous n'avons pas su défendre avec constance et détermination nos intérêts, en continuant à faire de notre université une institution honorable comme elle l'a été durant les années 70 !

Au plan africain, l'Afrique du Sud s'illustre par son classement en pole position avec pas moins de 6 universités, suivis par le Nigeria, l'Ouganda, le Ghana et, le Maroc qui réussit aussi à placer l'université Cadi Ayyad de Marrakech à la 12ème place et l'université Mohamed V de Rabat à la 15ème place. La Tunisie fait elle aussi mieux que l'Algérie puisque l'université de Sfax occupe la 28ème place. Et dans le top 50 africain, on ne trouve pas la moindre trace d'un centre de recherche ou d'une faculté algérienne ! C'est dire que les performances et l'efficacité d'une université ne tiennent pas au gigantisme ni au nombre d'infrastructures matérielles en place, sinon nous serions parmi les tout premiers pays en Afrique, mais à une affaire de «Khachkhouch» et de matière grise que nous n'avons pas su préserver ni développer ! Alors, bien évidemment, même le Cameroun, pourtant un pays pauvre moins pourvu en moyens que nous, y figure alors que nous en sommes exclus ! Les résultats de ce classement s'appuient essentiellement sur la quantité de citations des travaux d'universitaires dans les publications de chercheurs d'autres pays étrangers. De même, dans le top 500 des meilleures universités du monde que publie chaque année l'université de Jiao-tong à Shanghai, l'Algérie est tout simplement inexistante. Et pourtant, dans ce classement figure l'Arabie saoudite avec 4 universités, même si aidée en cela par les Américains au titre de la coopération. C'est dire qu'il est possible d'être un pays arabe, musulman et disposer d'une politique éducative moderne d'ouverture comme le font aussi : la Malaisie, l'Indonésie, le Pakistan, l'Iran et la Turquie. Mais l'Algérie est-elle consciente de son retard et du danger que cela représente pour son avenir immédiat et lointain ?

Pas si sûr, à voir l'évolution de ce secteur stratégique ! C'est le «manger», le «dormir» et la «mobilité» de la très forte population estudiantine qui est au centre des préoccupations des pouvoirs publics et de cette faune de parasites qui s'enrichissent de façon démesurée sur le dos de la collectivité nationale ! Pour le reste, on essaie de s'accrocher à son poste de commandement à tous les niveaux de la hiérarchie, en gardant à l'esprit que l'essentiel est de faire passer en catimini la «patate chaude» aux successeurs, tout en évitant de faire des vagues en restant dans une posture d'immobilisme favorisant la gestion statique, cette pratique d'endurance qui assure le maintien ! Alors, le temps n'est-il pas venu de sortir du constat de la déploration collective, celle des pleureuses «Adadettes» que nous sommes devenus (comme dénoncé par mes amis Senouci Brahim professeur à l'université de Cergy-Pontoise, et Mustapha Benchenane professeur à la Sorbonne) en évitant de faire tourner en boucle cette complainte pratiquée avec brio par tous les observateurs de la vie publique ?

Non, soyons sérieux ! Il faut finir par admettre cette vérité. Si le pain du «fournil Algérie» (c'est-à-dire la formation de nos étudiants et les performances de notre université) n'est pas tout à fait à notre goût et ne répond pas à nos besoins, c'est la faute de nos maîtres boulangers qui manquent de dextérité et de professionnalisme, et non, celle de la qualité de cette «farine» qu'ils n'ont pas su faire travailler en la pétrissant à dose correcte de levure et en la faisant cuire selon les normes et standards internationaux. Oui ! Tout laisse à croire que notre société fait du surplace, donc régresse, car elle patine et la visibilité reste au stade de ce «bulletin météo» du pas tout à fait clair. Nous sommes dans le brouillard qui crée une turbulence et un malaise social face à l'incertitude des lendemains, et rien ne semble égayer notre horizon rectiligne. L'heure est donc à l'action pour ceux qui veulent porter secours à leur nation en danger !

Si nous sommes dans cette situation de non régénération et amélioration de notre élite amoindrissant en cela nos chances d'émergence, c'est que depuis des lustres tous les discours démagogiques assénés par les différents responsables qui se sont succédé depuis au moins trois décennies sur les «réformes» ont esquivé les vrais problèmes, notamment celui de l'orientation scolaire et plus tard, de la sélection pour l'entrée des facultés par des concours rigoureux pour n'accepter que les plus méritants. Mais c'est bien sûr un tabou absolu auquel les décideurs ne veulent pas toucher, préférant «cacher la poussière sous le tapis». Les conséquences, on les connaît : des campus transformés en garderies pour jeunes adultes, un niveau général des étudiants continuant à plonger, un taux d'abandon élevé dès les premières années de licence et un taux de chômage des diplômés universitaires ne faisant que s'accroître dangereusement pour devenir un jour une véritable «bombe» à fragmentation aux effets largement dévastateurs, parce-qu'on imagine mal nos 2 millions de jeunes risquer l'aventure de la traversée de la Méditerranée contre vents et marées, sur des embarcations de fortune.

Pendant ce temps, on continue allègrement à deviser sur les causes des difficultés d'insertion des lauréats d'université et sur le marché de l'emploi qui ne veut pas d'eux. C'est alors qu'après avoir arraché au forceps leurs « diplômes » à la suite de plusieurs redoublements et séances de rattrapage âprement négociées par l'intermédiaire de leurs syndicats, les étudiants ainsi (dé)formés, préfèrent rester comme enseignants à l'université pour reproduire à leur tour le cycle infernal de la médiocrité sans discontinuité, car ils savent qu'ils ne seront pris dans aucun autre secteur ! Mais n'est-ce pas là une revanche qu'ils prennent sur cette université qui ne leur a pas donné les outils et les connaissances nécessaires pour s'insérer dans la vie active ? Cela me fait dire que l'université est devenue tout simplement un centre d'incubation de la médiocrité qui s'auto régénère telle une fatalité, tant que l'Algérie n'aura pas pris le «taureau» par les cornes pour pouvoir infléchir cette tendance lamentable !

Alors que faire ? De mon point de vue, tout doit commencer par le délestage de l'université de sa partie nuisible et improductive, celle de ces «indus-occupants» attirés principalement par des carrières politiques projetées, pour services rendus en soumettant les étudiants et leurs enseignants aux diktats de leurs mentors. Il faut aussi écarter ceux alléchés par la rente que génère la gestion des œuvres universitaires. N'est-il donc pas plus intéressant en effet d'allouer une bourse conséquente permettant à nos étudiantes et étudiants de procéder à la colocation, selon leurs affinités, d'appartements chez les particuliers et de se restaurer plus correctement ailleurs que dans les restaurants universitaires de la «malbouffe», du gaspillage et du détournement des aides et soutiens de l'État ? Cela présente l'avantage d'un «élagage salutaire» en faisant un premier tri entre celles et ceux qui viennent pour acquérir le savoir et ceux qui trouvent leurs comptes dans la magouille à grande échelle, pour de multiples raisons. Dans tous les cas, l'État ne doit accorder ses aides et faveurs qu'à celles et ceux qui fournissent des efforts pour réussir dans leurs études dans les temps impartis, soulignant ainsi son choix porté en direction de cette Algérie utile, en ces temps de crise. Il détient aussi en cette façon de faire un moyen de dissuasion contre tous les mafieux qui cherchent à saper son autorité et à porter atteinte à son image auprès de la population, car l'heure est plus à la mobilisation qu'à la conspiration contre les intérêts de la nation...

C'est là un premier pas à faire car le seul rêve qui vaille la peine d'être exhaussé et que nous devons formuler de façon consciente est celui de projeter notre société vers plus de bien-être global et partagé sur cette terre féconde que nos ancêtres ont depuis des millénaires imbibée du sang de nos martyrs, et non sur les Champs-Élysées, les quartiers huppés de Paris et des autres capitales européennes. Il faut pour cela accomplir la somme d'efforts nécessaires pour l'atteinte de cet objectif majeur, après que des gens sans scrupules et dans l'impunité la plus totale nous ont fait emprunter le chemin de la régression. Le mode opératoire de cette «secte» de prédateurs vivant de rapine et de rentes usurpées, a fait fuir notre intelligentsia, après qu'elle a étendu son influence dans toutes les institutions de l'État. Ces «esprits malins» ont fait perdre des opportunités à notre pays en croyant à tort que leur « k'faza » allait épargner leur progéniture qui finira sans aucun doute par les haïr un jour. Oui ! le rêve d'une société prospère, conviviale dans ses villes et campagnes auquel il faut croire sans perdre espoir, ne peut être cependant exhaussé et mis en exécution que lorsque des esprits lucides, inventifs et aimant leur pays, après avoir mis en évidence toutes les insuffisances criardes, les dysfonctionnements et les distorsions qui rythment notre quotidien, seront les véritables initiateurs des réformes et des inflexions nécessaires pour que l'Algérie soit mise sur de véritables rails avec l'apport de chacune et de chacun de ses enfants...

* Professeur