Envoyer à un ami | Version à imprimer | Version en PDF

Leçon française du fennec tombeur de dinosaures !

par Abdelkader Khelil*

À peine âgé de 39 ans et sans parti politique, Emmanuel Macron a réussi son pari de se placer au-dessus du clivage Gauche-Droite pour gagner la présidentielle française. Ce fut là une fameuse surprise pour ceux qui ne l'ont pas vu venir parce qu'habitués en esprits hautains, électoralistes et nombrilistes, à ne porter leur regard qu'au niveau de leurs clans de courtisans classiques.

L'intrusion de ce jeune « fennec » en col blanc, apriori ne trainant pas derrière lui de grosses « casseroles » et affaires pour pouvoir montrer « pattes blanches » à celles et ceux qui forgent l'opinion française par leurs analyses et leurs sondages, n'a rien d'un hasard dans ce pays de la rationalité et du « Discours de la méthode », cher à René Descartes. Au même titre que ses prédécesseurs, son dîner du 23 avril cette fois-ci à la « Rotonde » avec Jacques Attali parmi d'autres illustres invités de la politique, de la prospective, des médias et l'inévitable intrus et imposteur « droit de l'hommiste » Bernard Henri Lévy le sioniste impénitent– celui qui a reçu le 12 mai 2017 une tarte en pleine figure à Belgrade où il est venu présenter un film, parce qu'il lui est reproché ses prises de positions dans les conflits en ex-Yougoslavie durant les années 90- , est sans doute pour quelque chose dans cette victoire que la France conquérante de la banque, de la finance et du néo-libéralisme a réalisé au détriment de la France de la « haine », de l'intolérance, des clivages artificiels et de l'ostracisme.

Celle du renfermement sur soi, de l'hostilité sur toute idée humaniste et d'ouverture sur le monde. Mais que l'on ne s'y trompe pas ! Cette dichotomie n'est en réalité que fictive et conjoncturelle, parce nombreuses et nombreux sont celles et ceux qui ont pris option pour le vote refuge, cherchant surtout à faire barrage à l'extrême droite par conviction républicaine, mais sans plus. Malgré tout, le parti lepéniste ne cesse de progresser en valeurs absolue et relative… Oui ! Le ver déjà bien introduit dans la « pomme France» risque de faire des dégâts aux législatives du mois de juin 2017, comme l'avait fait chez-nous les islamistes durant la décennie noire des années 90… N'est-ce pas terrible que cette trajectoire partagée par deux pays pourtant en perpétuel désamour ?

Est-ce à dire que l'heureux élu que personne n'attendait à cette place avant qu'il ne démissionne de son poste ministériel n'a aucun mérite ? Certainement pas ! Sans faire insulte à son intelligence et à sa fougue de jeune premier, il est permis pourtant de penser qu'il tient en grosse partie ce succès à quelques règles soufflées dans ses oreilles par ses mentors sachant faire les lectures appropriées du fonctionnement de la société française, dont-ils détiennent les leviers de commande, depuis bien longtemps faut-il le souligner par nécessité pour celles et ceux qui n'ont encore rien compris ...

Oui, ce jeune prodige venu de nulle part dans la politique dont il est entré presque par infraction, a eu « l'arrogance » et la subtilité de déjouer les pièges des vieux partis classiques en faisant le ménage en leur sein, après que de nombreux « transfuges » de tous bords soient venus lui faire allégeance par intérêt personnel et opportunisme politique, chacune ou chacun d'eux se voyant ministrable. Quel monde bizarre, que celui de la politique ! En France aussi, on applique la règle algérienne « Ennesse daymane ma'a el waghaf ». Oui ! Toujours avec celui resté debout bien droit dans ses bottes ! Cela à engendré bien évidemment, une rupture des équilibres entretenus depuis la fin des années 50 par les différents caciques de Droite gaulliste ou droitière, comme celle de Gauche socio-démocrate ou socio-libérale, se croyant jusque là intouchables et « indétrônables » en matière d'alternance de la gouvernance politique. Quel leurre pour celles et ceux qui ont négligé la dimension biologique vitalité de celui qui porte en lui la fougue de la réussite, dans la course de vitesse qui l'a menée au poste suprême de la République française.

Son mérite à lui, c'est d'avoir compris que les français n'en voulaient plus de ce deal entre Droite et Gauche ! Il n'y a pas qu'eux d'ailleurs ! Le monde change tellement vite que jeunes et moins jeunes, toutes générations confondues sont arrivées à honnir leurs systèmes politiques archaïques usés par des décennies de politiques marquées par la médiocrité, le passe-droit, les scandales à répétition et les comportements méprisants à l'égard de leurs électrices et électeurs, notamment parmi les jeunes et les catégories sociales les plus démunies (femmes, ouvriers et salariés, retraités et chômeurs). Ils étaient dans l'attente d'un authentique changement et d'une rupture avec le statut-quo qui ne pouvait conduire qu'à l'impasse, pas celui cosmétique qui ne trompe plus personne !

Chez-nous également et plus que par tout ailleurs dans le monde, le court chemin de la voie expresse et sans aucune honte bue menant aux portes d'entrée des augustes chambres législatives et des cabinets ministériels était facilement emprunté par « nos » partis exclusivement composés d'affairistes, d'opportunistes rentiers politiques et économiques du commerce des voix de leurs électrices et électeurs. Ces partis sans légitimité ont inventé en plus - au mépris de la dignité de tout un peuple et de l'image de leur pays -, la pratique de la « chkara » ce sachet noir hideux non biodégradable au sens propre et figuré. Oui, c'est no comment comme disent les « yankee » ! Ainsi va notre Algérie au prix de la déception de tout un peuple abusé, désabusé et voulant tourner le dos aux magouilles politiciennes à l'occasion de chaque élection ! Ils ne sont nullement dérangés par tout ce qui est rapporté sur eux sur le Net et dans l'émission très suivie de l'animateur Noui de « h'bat wa t'lâa » ! À croire qu'ils vivent « hors-sol » dans cette Algérie si généreuse qui leur a pourtant tout donnée, alors que leur esprit est ailleurs !

Cette parenthèse fermée, il faut reconnaitre que Macron n'a pas eu peur d'édifier ses compatriotes en ayant recours à un argumentaire docte pour les sensibiliser sur les risques, les enjeux et défis, lui l'expert de la finance et des questions économiques. Il les a de la sorte séduit par sa vision du monde d'aujourd'hui et celui de demain, combien bien même cette voie du « renouveau français » est en grosse partie à attribuer à ses mentors qui le lui ont dicté ou tout au moins suggéré. C'est pourquoi, il est tout à l'opposé de sa rivale Marine Le Pen qui elle, s'est exprimée en termes populistes et simplistes dans des discours haineux du déjà entendus dans le propre style des discussions du « café de la gare ou du commerce».

Et puis, le jour fatidique, nombre d'entre les françaises et les français ont préféré s'en remettre au savoir managérial du sémillant banquier de chez Rothschild – patronyme adopté par Isaac Elchanan, l'ancêtre de cette famille juive d'origine allemande - qui a su les charmer par son style épuré et son regard pétillant, osant s'investir sans complexe grâce à ses honorables soutiens face aux ténors et « dinosaures » de la politique française dans une course effrénée à la magistrature suprême, plutôt qu'aux convictions figées de l' « héroïne du peuple» autoproclamée. Celle « chauffée à blanc » par ses troupes de « fascistes » haineux, cherchant à devenir : « la Jeanne d'Arc » des temps modernes, au point où elle a cru pouvoir terroriser l'électorat français en délivrant un message hystérique selon lequel, une poignée d'islamistes fanatiques pouvaient détruire l'identité de la France, cette cinquième puissance mondiale.

Se croyant investie d'une « légitimité populaire », elle prétendait détenir l'expertise absolue en matière de sécurité en suggérant la fermeture des frontières et des mosquées. Comme elle pensait trouver la solution au problème du chômage et assurer le plein emploi en promettant d'en découdre avec ceux qui viennent de l'étranger « voler le pain des français », y compris ceux qui ramassent leurs ordures, assurent l'astreinte des urgences de leurs hôpitaux et autres métiers pénibles boudés par les français. Ils profitent des largesses sociales de l'État disait-elle, en assénant sans craindre l'overdose dans le mensonge, cette rengaine de contre-vérité que rabâchaient à outrance depuis bien longtemps, son père le tortionnaire des militants de la cause de la libération nationale et, tous les nostalgiques de « l'Algérie française », les autres ultras de l'OAS et maintenant du parti extrémiste, le Front National de Marine Le Pen.

Par contre, Emmanuel Macron s'est plutôt voulu réaliste au plan sécuritaire et positif sur quelques aspects socio-économiques en promettant entre autre, la revitalisation des banlieues et de la France périphérique. Mais c'est à voir ! Voilà pour quelques promesses de l'une et de l'autre ! Pour tout le reste, je dirai tout simplement que cela ne nous regarde pas, sauf à dire que comme à leurs habitudes, nos dirigeants ont vu juste en soutenant Macron bien avant le premier tour comme ils l'ont fait aussi il y a cinq ans pour François Hollande ce motard de la nuit suivi à son insu par une nuée de journalistes, ce « va-en-guerre » de la « grande vadrouille » irakienne et syrienne, eux qui sont bien au fait des arcanes de la politique française … C'est sûr qu'ils ont du faire râler Marine Le Pen pourtant adoubée par les présidents de deux grandes puissances de la planète : Poutine et Trump, en obtenant la reconnaissance par son jeune rival des crimes commis dans notre pays par la France coloniale…

À ce propos, lui qui n'a jamais vécu les accords d'Évian, a déclaré : « La colonisation fait partie de l'histoire française. C'est un crime contre l'humanité». Cette déclaration faite sans ambages à Alger, a bien sûr réjoui l'Algérie et sa diaspora, tout en faisant pousser des cris d'orfraie de l'autre côté de la Méditerranée. Il me plait de souligner que Marine Le Pen n'a pas encore avalé la couleuvre Macron, même après que ce dernier ait été obligé d'arrondir les angles, face à la réaction de la droite classique et extrêmement allergique à la notion de repentance ou de reconnaissance des crimes commis en Algérie par l'État colonial français.

Mais chez-nous en Algérie, mais aussi en France dans les banlieues et zones de non droit, nos compatriotes ont déjà enregistré les propos de « mea-culpa » de ce désormais huitième Président le plus jeune de la cinquième République française. Et d'ajouter lors de sa visite à Alger: « La colonisation est une vraie barbarie et ça fait partie de ce passé que nous devons regarder en face en présentant aussi nos excuses à l'égard de celles et ceux envers lesquels nous avons commis ces gestes ». Est-ce là des mots prononcés de façon sincère ou juste pour la circonstance ? C'est à voir ! Les jours à venir et les premiers actes du nouveau Président français à l'égard de notre pays et de l'histoire de ses relations avec la France nous le diront …

Tout cela pour rappeler, que le poids spécifique de notre communauté en France et de notre intelligentsia ne peut laisser indifférent ceux qui cherchent à présider aux destinées de la France si nous savons fructifier cet atout majeur que nous détenons grâce au poids et la place de notre diaspora. Combien même tiré comme des vers du nez, c'est à nous de valoriser au mieux cet aveu du nouveau premier Magistrat de France, non pas au seul profit d'une classe politique coupée de sa population, mais bien au contraire, dans l'intérêt bien compris de la Nation toute entière dans ce qu'elle présente comme intérêts stratégiques à défendre intra et extra-muros…

Nous devons refuser d'être considérés que comme seulement un vaste marché potentiel où s'écoule la quincaillerie française et nous sommes en droit d'exiger à la fois de la considération et du respect dans nos futures relations d'État à État afin d'ancrer notre pays dans une politique de partenariat stratégique avec la France dans plusieurs domaines : l'éducation, la culture, les nouvelles technologies, l'industrie, le tourisme, l'agriculture et l'agro-industrie, les énergies renouvelables, les transports…

Rappelons tout de même, que notre Ministre des Affaires étrangères et de la Coopération nous a dit que le nouveau Président français est l'ami de l'Algérie ! Est-ce là une vérité, ou simplement un petit appel du pied diplomatique à consommation interne ? Si nous sommes en droit de nous poser ce type de question, c'est que De Gaulle nous a déjà par le passé rappelé: « La France n'a pas d'amis. Elle n'a que des intérêts » ? Alors, qui devons-nous croire et prendre au mot ? Trêve de plaisanterie ! Ne soyons pas cupides au point de paraître ridicules ! Il n'y a point de retour d'ascenseur de la part de la France de Macron ou de tout autre dirigeant en direction de l'Algérie ! Pourquoi le ferait-il, lui qui a été élu pour servir les seuls intérêts bien compris de la France ? Et nos dirigeants dans tout cela, qu'auraient-ils à faire pour l'Algérie ?

Plutôt que d'être amadoués et bernés par des propos mielleux prononcés pour la circonstance, faisons en sorte comme si notre pays n'a aucun ami dont il peut se prévaloir et soyons nous-mêmes, c'est-à-dire cette entité qui ne peut compter que sur ses propres forces matérielles et humaines d'ici et d'ailleurs. Il faut juste avoir le courage de vouloir sonner le glas de la « légitimité révolutionnaire », ce mythe qui a charrié dans son sillage : médiocrité, opportunisme et incompétence dans la gestion et la conduite du pays. Il faut la remplacer cette fois-ci par la véritable légitimité, celle du savoir et de la connaissance, de la compétence et de l'intégrité pour faire éclore une pépinière de « Macrons » algériens dans tous les domaines, sans qu'ils soient inféodés au monde de la finance, des affaires, de l'informel et de la rente prédatrice de l'économie productive et réelle. Cà suffit ! C'en n'est trop ! Les canassons doivent laisser place aux étalons pour porter l'Algérie à hauteur de sa vraie valeur, cette d'un « pays-continent », pouvant devenir la locomotive du Grand Maghreb et un pays émergent respectable qui compte dans le circum méditerranée !

Nos jeunes surdoués de surcroît non pollués par les pratiques de la corruption et du gain facile ayant l'Algérie au cœur tout en faisant le bonheur de bien de pays développés à travers le Monde, n'attendent pourtant que cette opportunité pour mener à bien et réussir une transition douce opérée avec civilité et compétence, en exprimant leurs multiples talents dans tous les domaines de la vie publique et privée. Sinon, nous resterons toujours comme cette fois-ci encore, encore, et encore avec des taux record d'abstention qui incitent à pratiquer la technique scandaleuse du bourrage des urnes que les adeptes du Gouverneur général de l'Algérie coloniale des années quarante, Naegellen connaissent bien pour l'avoir menée avec succès dans toutes les élections post-indépendance.

Dans tout cela, la représentativité de la nouvelle Assemblée nationale mal élue au point de se demander pourquoi avoir dépensé tellement d'argent, prend un sacré coup en matière de légitimité et de crédibilité, dès lors que la majorité écrasante des 23 millions d'électrices et d'électeurs n'a pas voté. Ce 4 mai des millions d'Algériennes et d'Algériens ont tourné le dos aux urnes préférant rester chez-eux ou sortir leurs enfants pour une oxygénation en forêt, malgré tous les moyens matériels et humains mis en place pour les inciter à voter. Quel dommage ! Que de perte d'énergie !

Cette Assemblée « élue » lors d'un scrutin décrié et marqué par le taux de participation le plus faible dans l'histoire des élections de l'Algérie indépendante, est d'autant plus contestable qu'elle doit légiférer dans un contexte marqué par une crise multiforme nécessitant des solutions radicales, consensuelles et en rupture fondamentale avec l'esprit rentier et prédateur à tous les niveaux. Elle le fera certainement en premier lieu, au profit des intérêts d'une oligarchie politico-financière reposant sur la sphère informelle et la rente, au détriment du secteur productif public et privé … C'est de là que viendra le danger qui guette encore l'Algérie durant cette nouvelle législature !!! Que Dieu nous préserve ! Notre peuple en a assez de souffrir …

* Professeur