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Le bac et le ramadhan

par Abdelkrim Zerzouri

Le bac «session juin 2017», on le passe en plein mois de ramadhan. Et cela passe comme une lettre à la poste. Pourtant, l'an passé, la question du « bac ‘2016' en plein ramadhan » a suscité la controverse parmi les candidats, des parents, des syndicats du secteur et des responsables de la tutelle. Des imams se sont même mêlés au débat, en donnant des conseils et des orientations aux candidats qui auront à passer les épreuves du bac le ventre creux et la bouche sèche. Surtout leur dire s'ils peuvent avoir autorisation de ne pas jeûner. Bien sûr, aucun imam ne peut les autoriser à ne pas jeûner durant les quatre ou cinq jours d'examens, certains interdisent carrément aux candidats d'y penser, car le ramadhan est une épreuve spirituelle qu'il faut assumer dans toutes les conditions, sauf en cas de danger mortel. Bien sûr, comme chacun sait, la ministre a opté l'an passé pour la solution qui a consisté à avancer les dates des épreuves du bac, et des autres examens également, puisque la programmation est liée. Et, tout le monde a poussé un ouf de soulagement. Puis, les évènements qui ont émaillé cette dernière session, les ‘post' sur facebook des sujets de plusieurs matières, avec solutions, devaient contraindre la tutelle à refaire les matières touchées par cette triche massive… à des dates fixées en plein ramadhan. On la fuyait cette période, usant de toute une gymnastique pour établir de nouvelles dates, mais on a fini par y tomber de plain pied. La controverse, entre «les pour» et «les contre» le choix de fixation des épreuves durant le ramadhan, a été ranimée, mais elle sera très timide et fut noyée par le gros scandale des fuites des sujets du bac sur facebook. Les candidats auront passé, ainsi, presque un deuxième bac, et en plein ramadhan, sans souffrir d'aucun handicap ou empêchement majeur. C'est cette dernière expérience qui semble éclipser le débat sur la programmation des épreuves du bac en plein ramadhan. On a, ou on croit avoir, une preuve concrète que le bac durant le ramadhan « c'est faisable ». Oubliant dans la foulée qu'il s'agissait d'une organisation exceptionnelle, urgente, qui ne laisse aucune prise, de critique, sur le timing de la programmation. Et, l'exception n'a jamais fait la règle. Le bac en plein ramadhan reste, donc, une grande inconnue, sur le plan de la réaction des candidats et les effets du jeûne sur leur capacité mentale. Du moins, il faut impérativement en parler, en toute sérénité, pas forcément en se tirant dessus les uns sur les autres. Préparer les candidats à affronter les épreuves du bac correctement, leur prodiguer des conseils d'hygiène de vie, surtout, durant la période qui coïncide avec le ramadhan. Si les candidats se mettraient à vivre au rythme des longues soirées du ramadhan et des grasses matinées, bye bye le rêve de rejoindre l'université, car l'échec est garanti au bac. Avec un état d'esprit brouillé, physiquement fatigué, le candidat ne peut absolument pas espérer avoir de bonnes notes. Cela ne peut-il pas inciter les pédagogues à se pencher sur ce volet, dès maintenant ?! Le silence à ce sujet est troublant. Il laisse croire que tout ce qui a été dit, l'an passé, sur le sujet, n'est que manipulation. Sinon, qu'est-ce qui aurait changé entre la session passée et celle présente, dont l'échéance coïncide avec le ramadhan, tout comme la précédente ? Toute voix discordante s'est tue. Les habituels détracteurs de la gestion de la tutelle ont, vraisemblablement, d'autres chats à fouetter.