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Que d'injustices !

par Moncef Wafi

La loi de finances 2017 devra consacrer les différences de classe à travers l'établissement du passeport. 28 pages pour les moins nantis, 48 pour les plus riches. L'Algérie de 2017 sur la route d'un libéralisme décomplexé se rapproche plus d'un modèle de bourgeoisie d'affaires que d'un pays aux relents socialistes. L'Etat a définitivement consacré un deux poids deux mesures par la force des textes et des lois. Par la force du pouvoir.

L'exemple le plus concret est celui qui fait l'actualité et qui a précipité des millions de travailleurs dans la rue. Le dossier des retraites, traité presque avec légèreté ou pas suffisamment de clairvoyance par le gouvernement, en mettant le monde du travail devant le fait accompli, n'a pas livré toutes les vérités et les conséquences, déjà lourdes, risquent de mener le pays vers l'impasse. En annonçant la suppression de la retraite anticipée, le gouvernement remet en cause un acquis qui n'est pas social puisque la mesure avait été dictée, en 1997, par le FMI à l'époque dans sa notice des réajustements structurels.

Pourtant, et comme le dit l'avocat et militant des droits de l'homme, Boudjemaa Guechir, dans un entretien accordé à la presse, l'Etat avait tout le loisir de revenir sur cette disposition, une fois la crise passée. Pourtant, il a préconisé la solution de facilité, oubliant de se projeter dans l'avenir. Si le gouvernement a décrété la fin de la retraite anticipée pour sauver la Caisse nationale de retraite, il oublie de dire que cette Caisse n'est pas seulement l'apanage des cotisants sociaux mais couvre aussi les besoins de beaucoup d'autres catégories sociales.

La retraite en Algérie consacre aussi les inégalités entre Algériens puisque, selon Guechir, on n'est pas égaux devant le système qu'on soit Algérien de base ou cadre sup alors que la Constitution ne fait pas de distinction entre les citoyens. Ainsi, il se trouve que la majorité des Algériens doivent travailler trente ans pour prétendre à une retraite «obligatoire» à hauteur de 80% du salaire alors que les autres peuvent avoir leur retraite complète au bout de quinze ans de travail. Le système de la retraite n'est qu'un exemple parmi tant d'autres dysfonctionnements à l'image des impôts, de la justice… Le pays regorge de cas de discrimination, des entorses à la loi et le gouvernement, quelque part, par son inefficacité conforte ces injustices sociales.