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Jusqu'où Washington fera pression sur les irréductibles du conflit syrien?

par Kharroubi Habib

Les parties locales et régionales qui persistent à ne pas vouloir une solution politique négociée à l'atroce conflit syrien sont clairement identifiées. En Syrie même cette position est celle d'opposants au régime qui se réclament ouvertement du courant islamiste dont notamment les chefs des groupes armés salafistes qui eux affirment franchement leur affiliation à El-Qaïda. Ils bénéficient régionalement des encouragements et des aides financières et matérielles du Qatar, de l'Arabie Saoudite, mais aussi bien que fournis de façon plus discrète de ceux de la Turquie et de la Jordanie. Ce sont donc ces parties qui sont susceptibles de faire avorter la conférence internationale sur la Syrie à la tenue de laquelle Moscou et Washington ont décidé d'y travailler conjointement et à faire pression dans ce sens sur les acteurs du conflit syrien sur lesquels elles disposent d'influence.

Les irréductibles qui persistent à rechercher la solution militaire au conflit étant connus, l'on ne peut que s'étonner que des chefs d'Etat occidentaux relayés par les analystes et les médias de leurs pays persistent à rejeter sur le régime syrien et son allié russe les blocages qui empêchent l'ouverture de négociations politiques en vue de mettre fin à la guerre civile syrienne. Pourtant la position immuable adoptée par Moscou sur le conflit a été d'emblée celle de la solution politique négociée entre les belligérants syriens et leurs «amis» étrangers respectifs. Ce qui n'a pas été l'attitude des pays de ces chefs d'Etat occidentaux qui n'ont acquiescé à une solution politique au conflit qu'après que Washington et Moscou se sont mises d'accord pour la favoriser. Il y a du cynisme donc de leur part à vouloir faire croire que ce faisant ce ne sont pas eux qui ont révisé leur position en l'occurrence, mais Moscou qui aurait enfin admis le principe de la négociation comme issue au conflit syrien.

Reste maintenant à savoir si ces pays vont apporter leur contribution aux efforts de Moscou et de Washington visant à réunir la conférence internationale sur la Syrie et à se démarquer de ces irréductibles qui vont vouloir la faire capoter. Sachant qui sont ces irréductibles, il est clair que c'est à Washington et à ses alliés européens qu'il revient d'exercer sur eux les pressions nécessaires pour qu'ils renoncent à faire obstacle à la solution politique et à la conférence internationale qui doit en définir les contours. Obama entend apparemment respecter l'accord russo-américain conclu entre son secrétaire d'Etat John Kerry et le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov. Ce qu'il a signifié au Premier ministre turc Erdogan qui a fait le déplacement à Washington pour quêter l'appui américain à la position dure et franchement vouée a faire durer la militarisation du conflit syrien avec l'espoir que cela provoquera la chute du régime de Damas.

Alors qu'Erdogan a rangé ouvertement la Turquie aux côtés de la rébellion syrienne, il s'est vu pressé par le président américain de faire jouer à son pays « un rôle important entre la rébellion syrienne et le régime de Damas ». Un rôle qui dans l'esprit de l'occupant de la Maison Blanche ne peut être que celui de faire accepter aux deux parties la voie de la solution politique négociée préconisée par l'accord de Moscou. Obama semble avoir fait la même « recommandation » au roi de Jordanie Abdallah II et au chef du gouvernement qatari qu'il a reçu à la Maison Blanche peu avant le Premier ministre turc.

Jusqu'où Washington ira-t-elle dans la pression sur ces alliés régionaux pour qui l'accord russo-américain s'est mis en travers de leurs desseins belliqueux irréductibles à l'encontre de Bachar El-Assad et de son régime ? Cela dépend en fait de la teneur secrète de l'accord de Moscou sur le conflit syrien. Car il faut être naïf pour ne pas penser que si Moscou et Washington ont finalement convenu de travailler en commun à la résolution de ce conflit, c'est seulement après s'être entendues sur la préservation de leurs intérêts nationaux géostratégiques respectifs en Syrie et dans la région. Sinon il ne pourrait en être autrement tant les enjeux du conflit syrien doivent plus à des volontés extérieures qu'à celle de ses protagonistes syriens.