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Le mal malien et les mauvais esprits

par Ali Brahimi

Des dirigeants africains, notamment ceux en face d'un dilemme lié à leur avenir politique, utilisent des gris-gris et consultent des astrologues, d'outre-mer, au lieu d'affronter les réalités ainsi que les enjeux et défis actuels et à venir dans un monde en pleine ébullition.

Chez-nous, les gens inquiets et ceux qui ont quelques choses à se reprocher, préfèrent visiter les Zaouïas afin de s'apaiser et d'implorer le maître des lieux (El gheith : le secours) du genre esprit est-tu là, pour qu'il daigne les protéger du mauvais œil et les exorciser des jeteurs de sort (sahera) et des envieux (Houssada).

Cela nous ramène au mal malien, victime d'un mauvais sort, en train d'enfiévrer les pays de l'ex AOF et AFN (Afrique occidentale et Afrique du Nord) s'inscrivant tous dans la stratégie des gouvernants successifs de l'ex France coloniale et néocoloniale qui, depuis l'alignement de l'ex président de droite, M. Nicolas Sarkozy, aux côtés de l'ex président des USA et des ultra conservateurs enfiévrés eux aussi, s'est relativement éclipsé de la scène Africaine du fait qu'il rêvassai à une certaine idée de grandeur méditerranéenne

En revanche, l'actuel président Français préfère plutôt la stratégie réaliste et diffuse, genre finaude, issue de son maître à penser M. François Mitterrand ( marié à une Algérienne juive de Tlemcen) qui, à chaque fois qu'il vient en Algérie pour se ressourcer, aimait voir les vestiges de l'empire romain dont Tipaza ( Mitidja) qui a fait tourner la tête voire ensorceler tant « d'étrangers » dont le prix Nobel de littérature le défunt Albert Camus, natif d'Algérie, qui cherchait deux pays qu'il n'a jamais trouvé, ainsi que Césarée, l'ancienne capitale de Juba II roi numido-romain, qui a inspiré plusieurs écrivains et historiens nostalgiques de la période coloniale de 1830 a 1962 voire après.

Manifestement, la France gauchiste actuelle affiche sa détermination, face aux enjeux et défis de la rive Sud de la méditerranée, afin qu'elle puisse sauvegarder sa place en Afrique et subséquemment ragaillardir la coopération Franco Africaine dans un monde aux inégalités criardes et des échanges commerciaux et financiers déséquilibrés voire injustes (1). Au fait, possède-elle les moyens de sa politique d'interventionnisme en Afrique ?

A l'évidence, depuis la chute du mur de Berlin et l'essor fulgurant de la stratégie géopolitique et financière de la Chine et relativement la Russie, certains pays Africains se sont laisser-aller tantôt à gauche tantôt à droite alors qu'ils sont bel et bien sous la coupe des occidentaux notamment la France qui a, sans ambages, récemment apposé sa résolution, via le conflit Malien, à l'encontre de certains dirigeants Africains, spécialement ceux qui ont quelques choses à cacher par rapport à leur passé, de se soumettre une fois pour toutes aux nouvelles configurations géopolitiques avant qu'il ne soit trop tard. Un casse-tête pour les gouvernants Africains, ainsi que ceux des USA, France, Grande Bretagne…, qui ne savent pas où donner leurs têtes. Alors que faire ? Chacun pour soi et Dieu pour tous. Comme depuis toujours !

Les récents événements au Mali et proportionnellement en Algérie, vont avoir des impacts et conséquences incalculables à l'échelle des pays de l'ex AOF et AFN voire ailleurs.

En ce qui concerne l'Algérie, lâchement attaquée, la semaine passée, par un nombre indéterminé de terroristes qui ont ciblé l'un de nos sites gaziers, la réplique instantanée et fulgurante des troupes aéroportées et teressestres, de l'ANP, a mis un terme à cette incursion de nuit (le temps préféré du mauvais esprit terroriste), qui n'a pas encore montré tous ses dessous internes et externes. Chez-nous, on dit : Le temps est dévoilant:(El ouakt kechaf). En attendant, pour combattre ce genre de terrorisme bourlinguant dans l'immensité du Sahara qui est plein de mauvais esprits, il est manifeste d'avoir plus de moyens sécuritaires adéquats. Et surtout assainir la situation interne, dans tous les domaines et notamment celui politique de quelques chefs de partis politiciens en train d'intimider ceux qui s'opposent à leur manière de conduire les affaires des partis. Sont-ils vraiment conscients des conséquences sur l'état d'esprit de la population déjà désenchantée et angoissée de surcroît ?

A ce propos, chez-nous et ailleurs, l'année 2013 s'annonce houleuse et angoissante pour certains endormis et paradoxalement vantards et tout à fait normale voire au beau fixe chez d'autres modestes et lucides.

Ainsi, espérons que les bons esprits l'emporteraient sur les mauvais. Certainement, les peuples éveillés et modestes seraient parmi les esprits d'à propos. En toutes circonstances.

Note :

1. Comme signalé ci-dessus, le défunt François Mitterrand visitait l'Algérie et ne manquait pas, en tant que Secrétaire général du parti socialiste, de converser avec le regretté chef d'Etat Houari Boumediene. Ils discutaient de l'avenir du socialisme et du nouvel ordre économique international.

Dans les années 1970, l'actuel président français, socialiste dès sa jeunesse, était coopérant technique (service civil) en Algérie. Il n'est pas du tout exclu qu'il était un fervent admirateur de la voie socialiste, malgré les carences et inapplications, empruntée par l'Algérie des grands rêves. Et des mirages. A l'image de ceux du Sahara!

Le défunt Houari Boumediene, invoqué ces derniers temps médiatiquement à la rescousse pour on ne sait quel raison (à moins de l'utiliser en tant que voie de secours) était le père spirituel d'une certaine population spoliée, rabaissée, abusée, humiliée et offensée, qu'il voulait affranchie, de tous les jougs interne et externe, sécurisée, juste et développée et surtout qu'elle ait la confiance en elle-même.

Néanmoins, le défunt président du Conseil de la révolution, avait des défauts comme tout être humain, voulait aussi imposer ses idées aux autres voire avoir toujours raison. Hélas, c'était le temps où le défunt, certes autoritaire, couvait le peuple Algérien et en même temps les excès (un mal contagieux à ce jour) de ses gouvernants de la base au sommet de l'Etat. Ce mal redoutable a engendré un autre : la déliquescence des relations humaines et donc l'effritement de la cohésion sociale du peuple.