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La diplomatie de la gâchette

par Bachir Ben Nadji

Le Mali est en guerre depuis le 11 janvier dernier et déjà les beaux discours fusent de partout, surtout de la part de la France qui au départ «rassure» tout le monde qu'elle (la France) n'a pas pour vocation de rester au Mali, qu'elle (la France) est intervenue pour stopper le terrorisme, que le souci de la France réside dans la sécurité des otages français entre les mains des terroristes.

Et j'en passe. Du président Hollande, à son Premier ministre, à son ministre des Affaires étrangères, à son ministre de la Défense, même le ministre de l'intérieur et tout le monde politique français s'y met et chacun «chante» la chanson.

Ni l'Afrique, ni les africains, ni les maliens eux-mêmes, ni le voisinage n'a eu de voix devant la France qui s'est empressée de «frapper» les terroristes et de parler. Pour dire quoi ? Hé bien, pardi, justifier l'intervention militaire, lui donner un nom de guerre et ensuite…parler et parler….à ne pas en finir.

Figurez-vous qu'il y a près d'un mois, François Hollande, le président français ne tenait pas ce langage de «guerrier». Souvenez-vous, il est allée avec la diplomatie lors de la conférence de presse animée à Tlemcen le 20 Décembre dernier, il n'avait parlé que de l'ONU et de ce que décidera l'ONU pour le Mali. Il avait même cité et soutenu la sagesse et l'expérience du Président Bouteflika à propos du dossier malien. Et là, il nous surprend par un discours qui n'a rien à voir avec l'ONU laquelle n'a autorisé quiconque à déclarer la guerre, du moins pour l'intervention française présente.

Tout le monde pensait que la France s'est alignée sur la solution politique, elle qui a dès le départ, tout fait pour aller en guerre et se mettre en travers des efforts de l'Algérie qui militait pour un dialogue inter-malien. Souvenez-vous du document présenté à l'Onu par la France. Et là, hop on ramène des avions, on attaque par la voie des airs et puis quelques jours après c'est l'affaire de l'infanterie mécanisée et ensuite on verra. La capacité de mobilisation de la France a été on ne peut mieux fulgurante, direct on appuie sur la gâchette et on attend les troupes… africaines qui se mêleront au reste de la soldatesque pour vaincre le terrorisme et non pas pour que le Mali recouvre son autorité sur l'ensemble de son territoire. Quels beaux discours !

Hé bien la France restera égale à elle-même, elle tire et puis elle parle. François Hollande fait montre de ne pas se mêler des affaires africaines et à contrario attaque. Il veut à tout prix mobiliser les opinions chez lui, mobiliser les moyens logistiques des pays alliés, ramener l'argent là ou il se trouve, suivez mon regard, je ne vise personne. Il a fait un déplacement éclair au Qatar pour demander à ce que l'on finance sa guerre contre le terrorisme, quel beau discours !

Avant lui, les Américains ont envahi l'Afghanistan, ont occupé l'Irak et ont «pondu» d'aussi beaux discours. Et à la fin c'est dans des bourbiers qu'ils se sont retrouvés, créant misères et dommages sur l'homme et ses biens. Ces deux pays n'en finissent pas de payer la facture de l'ingérence dans leurs affaires. Et tout cela pour lutter contre le terrorisme.

La France ne veut pas la guerre. Hé bien révisons l'histoire. Depuis quand la France a-t-elle cessé de s'ingérer dans les affaires des autres. Les guerres coloniales ont certes connu un répit. Seulement. Mais le gendarme continue à veiller sur ses intérêts. Les discours viennent après pour «endormir» ceux qui risquent de dénoncer. Il est vrai que nous ne sommes plus au dix neuvième siècle ni au vingtième ou l'impérialisme dominait ouvertement, mais maintenant au 21ème siècle on intervient et puis on parle quitte à se contredire.

Je parie tout ce que vous voulez qu'à ce rythme, la guerre au Mali ne se terminera pas avant la fin du mandat de M. François Hollande, sauf si...

L'objectif de cette intervention est tout autre. La France aurait pu agir autrement dans cette affaire. Elle aurait pu renforcer les moyens de l'armée malienne au lieu d'agir à sa place. Elle aurait pu mettre les parties en conflit autour d'une même table et leur permettre de s'attaquer à leur ennemi commun. Hé bien non ! la France a tiré la première, mettant en danger les populations civiles maliennes, et aggravé les menaces sur le voisinage du Mali, car ni l'Algérie, ni la Mauritanie, ni le Niger, ni le Burkina Faso, ni le reste des pays du Sahel et au-delà ne veulent d'un conflit armé à leur frontières, ce qui ne fera que fragiliser davantage les plus faibles, lesquels ont un souci de développement et non un souci d'armement et de dépenses qui ne serviront à rien.

Finalité. Tout récemment, le président français a qualifié l'intervention de son armée «d'urgente, légitime, légale, bénéficiant du soutien de la communauté internationale». Qui le croirait, même pas les français eux-mêmes. Il va jusqu'à justifier «son coup» par nécessité (de service ou quoi ?). Selon lui, si la France n'aurait pas agi, le Mali «aurait été entièrement conquis». Et là, qui est le conquérant ??? Et d'ajouter que la France «n'a aucun intérêt au Mali, ni politique, ni économique». Quel beau discours !

Et voyez comment les discours évoluent ! Plusieurs jours après, le même François Hollande, président de la république française, dira à la face du monde que «la France restera au Mali le temps nécessaire pour que le terrorisme soit vaincu». S'agissant du terrorisme, d'autres l'ont dit avant lui en Irak et en Afghanistan, quitte à me répéter.

Ce qu'il faut savoir c'est que les armées françaises sont stationnées dans plusieurs pays africains, dans les anciennes colonies notamment. Et là ou est l'intérêt de la France, ni politique, ni économique ? Militaire peut-être je dirais ! Oui militaire et seulement militaire. Si les intentions de la France sont sincères, que son pouvoir commence par les démanteler et laisser les peuples africains face à leur destin. Mais là, n'est pas la question, la France ne quittera pas l'Afrique même si «la Françafrique» disparaitra !

Les jours qui viennent nous montreront les dégâts de cette guerre au Mali voisin, laquelle va s'allonger au fil des semaines et des mois et la France n'aura rien à perdre, le conflit se situe en terre africaine. Il y aura toujours de beaux discours à déclamer et des intentions ? Bonnes ou mauvaises, on verra !!!

Avec la guerre au Mali nous avons vu et nous verrons encore et encore. Et nul ne peut oublier ce qui s'est produit à In Amenas et à Tiguentourine, en terre algérienne !

Voilà ou nous a mené la précipitation de la France à intervenir au Mali. Hé bien moins d'une semaine après les frappes aériennes françaises et l'engagement au sol des soldats français, des terroristes, ont comme par enchantement, attaqué In Amenas pour faire un coup d'éclat et peut-être entrainer l'Algérie dans cette guerre qu'elle n'en veut pas.

Le résultat est là: Les membres de l'internationale terroriste ont attentés à des vies humaines de citoyens algériens et étrangers dont le tort est d'être à cet endroit en ce moment précis.

Ils se sont attaqués à des installations industrielles de haut niveau, stratégiques et économiques appartenant au peuple algérien, sous le fallacieux prétexte de l'intervention française au Mali. La facture n'en sera que plus lourde pour l'Algérie qui n'avait pas besoin de plus de morts et de plus de pertes économiques. L'Algérie ne cherchait pas aussi à être au devant de la scène en pareille circonstance et faire la «Une» des journaux du monde entier, des chaînes de télévision amies et ennemies, ni être citée par de prétendus commentateurs en mal de publicité. Comment pourrait-on qualifier le tort subi par l'Algérie à cause de ce qui se passe ailleurs. A combien peut-on estimer les dégâts fait à l'image de l'Algérie.

Il faut dire qu'aucun discours ne pourra «panser» les pertes occasionnées en l'espace de quelques jours, alors que notre pays avait mis près d'une décennie à oublier la période sanglante dite «décennie rouge» et les malheurs vécus par le peuple algérien du fait du terrorisme qui a mis en danger la stabilité de tout le pays.

Aucune belle parole, aucun discours ne remplaceront les pertes en vies humaines et aucune raison ne sera admise quant à la sécurité des algériens ou de ceux qui y vivent tranquillement. Nous avons vu ce qui s'est passé ces jours derniers et nous verrons ce que nous réservent les jours à venir. Trêve de discours, il faut que la guerre cesse, il faut lutter tout autrement contre le terrorisme et ceux qui l'alimente, ceux qui fournissent armes et finances, ceux qui l'encourage et recrutent des hommes parfois pour un bout de pain ou...une «parcelle» au paradis. Les commanditaires d'hier et d'aujourd'hui doivent payer le prix de leur ignominie et les ennemis doivent être dénoncés.

Le résultat final est là, il faut faire avec. Trêve de belles paroles, les peuples ne mangent pas les discours. Il faut agir !