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In Amenas : ce que valent les hommes ?

par Abdelkader Leklek

Autant la surprise fut générale, et le monde entier démonté par la brusquerie et interloqué par la brutalité de l'évènement. Autant, tout le monde voulait une issue rapide, voire empressée à la prise d'otages, qui se déroulait au complexe gazier de Tigantourine, près de In-Aménas. Toutefois, parmi toutes ces voix qui avaient fait chorus en même temps, aucune ne proposait un début de façon de faire, ni aucune méthodes, pour y parvenir. Des discours, des émotions à peine maîtrisées, des réactions à l'épidermique, à fleur de peau, nous furent servis. Mais au final, rien de concret, ni de réalisable. Il s'était agi de libérer des otages, des hommes et des femmes, des algériens et des étrangers, retenus par des terroristes, enfermés dans leur clôture dogmatique, et qui n'obéissaient qu'à leur propre logique. C'est-à-dire que la situation se présentait des plus délicates, puisqu'elle commandait de posséder plusieurs clés à la fois, pour pénétrer les convictions et les certitudes des terroristes, d'un coté. Et de l'autre préparer la logistique et la démarche à entreprendre pour liberer les otages, en minimisant autant que possible, les dégâts. La complexité des circonstances imposait un timing, que seuls peuvent contrôler, les spécialistes de la gestion des crises, en cas de prises d'otages. Et ils seront plus efficaces quand ils sont présents sur l'espace où se déroule l'évènement. Donc toutes ces données pour être réunies et permettre à la stratégie adoptée, d'être opérationnelle, exigent un temps donné, souvent incompressible. Sans compter les aléas de dernières minutes, les contretemps, et les interférences inopinées. Et comme disent les perfectionnistes en matière de crise : souvent le diable est dans le détail.

Mais aussi inattendu, que paradoxal et même inouï, quand on connaît l'éloge qui nous est souvent fait de la sagesse asiatique. C'est d'être hébété quelques secondes, quand la réaction la moins contenue, et tout simplement, la plus furieuse, j'allais dire, la plus furax, vient de monsieur le premier ministre japonais. Celui-ci, la mine défaite, déclarant devant un parterre de journalistes, avoir abrégé sa visite dans des pays d'Asie, Viêt-Nam, Thaïlande et Philippines. Et pour paraître ferme et plus sérieux que ceux qui avaient les braises dans les mains, il leur annonce :'' qu'il avait appelé son homologue algérien, pour lui demander d'arrêter immédiatement les opérations militaires''. Au-delà du ton martial de cette déclaration, il est à se poser des questions sur cette attitude, pour le moins indélicate. Il est de notoriété publique internationale, que le Japon avait toujours sous-traité le traitement de prise d'otages où étaient retenus des japonais, à ses alliés étasuniens, et cela dure jusqu'à cette heure-ci. Et on dit aussi, que les japonais dans ce commerce, sont de bons payeurs. Alors pourquoi ce retournement ? L'ambassadeur algérien en poste à Tokyo avait été convoqué au ministère japonais des Affaires étrangères, le vendredi 18 janvier 2013, afin de s'expliquer sur les raisons de l'assaut à In Aménas. Bizarre, bizarre, comme dirait l'autre !! Pas pour tout le monde. Car monsieur Shinzo Abé, premier ministre nippon, depuis le 26 décembre 2012, au nom du parti libéral démocrate, nationaliste conservateur, par ces temps de crise dans son pays, a besoin d'une communication évènementielle, pour faire passer les pilules acides qu'il veut faire avaler à ses concitoyens. Seulement en ce temps japonais de fébrilité politique, et quand l'économie tourne au ralentit, y aurait-il meilleur créneau que l'exacerbation démesurée du sentiment patriotique ? D'ailleurs dans son dessein de promotion nationaliste du japon, débarrassé de sa cuisante défaite, lors de la deuxième guerre mondiale, le premier ministre jouit du soutient sans faille, de l'extrême droite japonaise. Cette tendance milite depuis toujours, pour mettre fin à ce qu'elle qualifie de politique et de diplomatie japonaises de l'excuse. Les tenants de cette thèse, par d'aucuns qualifiée de révisionniste, veulent désormais que tous les japonais se sentent heureux de l'être. Monsieur Shinzo Abé, demeuré obsédé, par la débâcle de la deuxième guerre dont les conséquences avaient provoqué le déclassement dans l'humiliation de l'empire du soleil levant, rêve de réhabiliter l'image impériale et impérialiste d'antan. Et dans cette perspective pour le moins éculée, mais non moins vendeuse, car populiste, monsieur Shinzo, n'est pas à son premier relâchement.

Déjà dès sa prise de pouvoir, il avait annoncé haut et fort ses intentions de va-t'en-guerre, à propos du désaccord sino-japonais, sur les îles Senkaku, que les deux pays revendiquent. Au lieu de privilégier le dialogue, le débat, voire même un arbitrage international, pour le règlement pacifique de ce différend. Monsieur Shinzo déclarait : ‘'La Chine conteste le fait que ces îles soient partie intégrante du territoire japonais, alors que notre objectif est de mettre un terme à ses revendications injustifiées''. Et depuis cette annonce, les deux pays organisent dans ces eaux des démonstrations de forces, et exhibent leurs capacités navales militaires, pour se passer des messages, en guise d'avertissements. Le monde a-t-il besoin d'une autre guerre ? Par ailleurs, le premier ministre nippon, n'arrete pas de remuer la vase entre son pays et la Corée du Nord. Déjà, en 2006 quand la république démocratique populaire de Corée, dernier régime absolutiste sur terre, avait procédé aux tirs de missiles balistiques de longue portée, il avait déclaré :'' ce lancement sera considéré comme une violation par la Corée, de la déclaration de Pyongyang signée avec le japon'', ce qui était légitime. Cependant dans la foulée de cette proclamation, il ajoutera :'' que son cabinet étudiait très sérieusement l'éventualité d'une attaque contre la Corée du Nord''. Dans sa monomanie à en vouloir à tous ses voisins, pour reconquérir un japon ancestral impérial chimérique, comme essayent de nous l'imposer, nos salafistes avec leur utopie, il n'hésite pas à pratiquer le révisionnisme de l'histoire, sur l'une de ses pages les plus douloureuses.

A propos des femmes de réconfort, c'est-à-dire : ces femmes coréennes et chinoises contraintes à l'esclavage sexuel, et forcées à se prostituer pour les éléments de l'armée et de la marine impériales japonaises durant la deuxième guerre mondiale. Cet homme politique, classé parmi les faucons, avait durant son premier mandat de premier ministre du japon, 2006/2007, dit qu'il n'y avait pas de preuves permettant d'établir que le japon avait forcé des femmes à se prostituer pour l'armée impériale. Néanmoins la majorité des historiens confirment cette tragédie humaine et avance même le chiffre de 200 000 femmes, coréennes, chinoises et aussi néerlandaises, ayant subi cette humiliante dégradation. Il est vrai par ailleurs que le japon vit depuis quelques années au dessus de ses moyens. Sa dette publique dépasserait les 200% de son produit intérieur brut. C'est vrai également que le japon sort d'une grande catastrophe nucléaire, qui a amplifié sa crise économique. Mais tout cela autorise t-il son premier ministre à s'ériger en donneur d'ordre, voire de leçons au reste du monde? Il serait de notre part indécent et ignominieux de comparer des malheurs humains. Mais également, se taire devant tant d'arrogance et de démesure, serait intellectuellement malhonnête, indigne et pleutre. Les autorités japonaises, avec ou sans monsieur Shinzo Abé avaient, selon tous les observateurs, gérer la crise de l'explosion de la centrale nucléaire de Fukushima, en mêlant dissimulations et contrevérités. Les experts qui avaient été mandatés par le gouvernement nippon, avaient déploré dans leur rapport la mauvaise communication des autorités qui avaient tardé à révéler la gravité de la situation et à évacuer les zones touchées. Dans un entretien consultable sur la toile, entre le PDG, de la société Tepco, qui gère la centrale, monsieur Muto, et un responsable de la centrale, les dysfonctionnements et la désinvolture sont avérés, et d'une gravité frappante, donnant des sueurs froides.

Ce dernier demandait à son employé : ‘'Que dit le manuel de gestion de crise au sujet de l'évacuation quand la cuve est endommagée'' ? Et l'employé de répondre : ‘'Désolé, je ne me souviens pas des directives d'évacuation''. Ceci étant, et n'en déplaise à tous les apprentis sorciers, l'Algérie a le droit de gérer ses crises en toutes souveraineté, en utilisant tous les moyens institutionnels, à leur tête, les unités de l'armée nationale populaire ; institution républicaine et constitutionnelle. Ceci n'exclut pas l'observation des usages diplomatiques en la matière, pour informer les partenaires quand ils ont un quelconque intérêt, dans le cadre de la réciprocité. En l'occurrence l'Algérie avait été le mercredi 16 janvier agressée sur son territoire par des terroristes lourdement armés. Et sans remonter à la théorie de violence légitime, développée, par Max Weber, la réponse des autorités algériennes était légitime, et avaient été proportionnelle au degré de l'agression, ainsi qu'à la détermination des agresseurs. Et dans toutes les chancelleries, passé le temps de la panique et de l'affolement, tout le monde est revenu à la raison. Et aussi sans dresser un inventaire des déclarations, monsieur le secrétaire général de l'ONU, avait condamné les agresseurs.

Le président des Etats-Unis avait dit que :'' la responsabilité de cette tragédie revient aux terroristes qui en sont à l'origine ; les Etats-Unis condamnent leurs action de la façon la plus forte''. Pareillement, le président de la république française avait proclamé :''nous n'avons pas encore tous les éléments mais, quand il y a une prise d'otages avec autant de personnes concernées et des terroristes aussi froidement déterminés, prêts à assassiner, ce qu'ils ont fait de leurs otages, un pays comme l'Algérie a les réponses qui paraissent à mes yeux les plus adaptées car il ne pouvait y avoir de négociations''. Quant à nous autres, une pareille prise d'otages avec 790 captifs, dont 134 étrangers, de 26 nationalités, l'une des plus importantes de toutes celles qu'a connu le monde contemporain. Il nous suffit, sans aucun chauvinisme, ni aucun patriotisme primaire, et loin de tout unanimisme béat, que les algériens aient été en phase et en harmonie avec tout ce qui avait été entrepris, par tous les services de sécurité, pour le dénouement de cette tragique agression.

Bien sûr qu'il y avait eu mort d'homme, pour tous, regrettable. Cependant pouvait-on faire autrement ? Pour nous, dans l'absolu, la vie d'un homme vaut celle d'un autre, abstraction faite de toutes les autres considérations, et encore plus de sa nationalité. Alors les gesticulations et les contorsions qui n'apportent que de l'angoisse et de l'anxiété à l'humanité, ne peuvent que produire de l'inimitié entre les hommes. Les hommes et les femmes ne valent que par leurs actions, et toutes les autres références ne seraient que de la littérature, pure langue de bois. Ainsi, que ceux qui par un travail de sape sournois, en employant la théorie du nivellement par le bas, veulent inverser la marche du temps, mette de l'eau et en bonne quantité, qui dans son vin, qui dans son saké. Et qu'ils sachent, que le temps du qui tue qui ? Et celui des services de sécurité et les terroristes, c'est la même chose, est définitivement révolu. Ce seront comme par le passé, les analyses avec le recul nécessaire, et les évaluations à froid de ce qui s'est réellement passé à Tiguentourine, In Aménas. Avec les outils des professionnels et ceux des experts, qui récuseront les politiciens et leurs discours. Enfin dommage pour certains de ces chahuteurs, qui ne peuvent accéder au parler populaire algérien. Car ce que balancent nos jeunes sur les réseaux sociaux qu'offre Internet, leur sera très bénéfique, pour comprendre, ce que valent réellement les hommes.