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Rouler dans la farine la Couronne britannique

par Mourad Merzagui

Alors que sur David Cameron, chef du gouvernement britannique, Shinzo Abe, Premier ministre japonais et Espen barth Eide, ministre norvégien des Affaires étrangères, la surprise et l'inquiétude pour leurs ressortissants étaient tangibles à l'annonce de la prise d'otages sur le site gazier de Tiguentourine, le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius et François Hollande, son président de la république, rejoints un peu plus tard par la secrétaire d'État américaine Hilary Clinton, invitaient la communauté internationale à cautionner la réponse de l'armée algérienne : l'utilisation de la violence pour dénouer la crise. Sur le raid des terroristes, leur provenance et leurs nationalités les explications du ministre de l'intérieur Dahou Ould Kablia, ancien responsable du MALG, de simples généralités floues, s'avéreront totalement inexactes. En plus de fournir la preuve de l'absence de cellule de crise, signant l'amateurisme patent des dirigeants algériens, elles démontraient formellement encore une fois la réalité d'un pouvoir occulte, « étranger » au personnel officiant officiellement. Ce que l'ancien ambassadeur de GB à Alger Andrew Henderson avait appréhendé avec perspicacité : « Le vrai problème du pouvoir en Algérie est avec lui-même, car tout ce qui peut apparaître n'est pas la réalité, parce que celle-ci est dans les coulisses ». (1)

Une fois l'option de la guerre au Mali retenue et son chef d'orchestre connu, Paris, l'effervescence qui gagna AQMI augurait bien des évènements projetés survenus et à venir. L'émir Abou Zeïd (de son vrai nom Ghediri Abdelhamid) était éjecté. Et pour cause. D'après le quotidien Liberté, la société de transport de marchandises qu'employait la firme britannique BP appartenait à son frère. La famille de l'émir ne pouvant pas «mordre la main qui lui donnait à manger» et, pourquoi pas, capable d'avertir ses clients des dangers, elle était donc mise à l'écart. Mokhtar Belmokhtar restructura l'organisation : AQMI devenait la brigade « Al-Moulathamin» (les «Enturbanés») et, en prévision des contingences apprêtées, la phalange «Al Mouwekioune bi dem» (Ceux qui signent par le sang) naissait accompagnée de son effet d'annonce. Avec le Mujao, Ansar Eddine et d'autres factions, l'échiquier sahélien était prêt. Sa planification calquait d'ailleurs fidèlement l'autre qui a vu la naissance des GIA puis du GSPC qui ont écumé les maquis et disqualifié définitivement le FIS. À quel prix !

La façon dont a été mené le raid terroriste attestait du temps et de l'expertise nécessaires à sa préparation. Ce dont les djihadistes ne pouvaient en aucun cas disposer sans un apport logistique et une couverture appropriés d'envergure «institutionnelle». Le choix du moment de l'attaque correspondait à la relève des gardes. Il renvoie au souvenir pénible pour tous les Arabes de cette autre agression fomentée lors de la guerre des Six jours par l'aviation de Tsahal qui avait réussi à clouer au sol la flotte aérienne égyptienne. D'après les témoignages recueillis, les ravisseurs ont agi en escadrons de la mort, propageant en vouloir aux expatriés. La communication terroriste a utilisé les formules de la décennie rouge.

La diplomatie algérienne a toujours péroré à qui voulait la croire sa position de non ingérence dans les affaires des autres.

En ouvrant son espace aérien à la France pour lui permettre d'intervenir au Mali, elle prouvait qu'elle se dédît. Comme l'ont laissé filtrer Paris et Washington, l'assaut des forces armées algériennes quasiment décidé en amont d'El Mouradia, n'était pas une opération de sauvetage des otages ; son dénouement tragique l'a parfaitement illustré. Il s'agissait plutôt d'un déroulement d'une feuille de route établie bien avant.

La presse algérienne dans un suivisme aussi aveugle que révoltant a salué la « fermeté et le courage » des militaires algériens. Oui notre peuple est courageux, et notre armée nationale populaire en est l'émanation. Mais applaudi par la revue américaine Foreign Policy dont les positions pro sionistes sont connues, le mode opératoire de nos GIS renvoie aux massacres de civils palestiniens par les bourreaux de Tsahal en représailles aux tirs des roquettes du Hamas.

Des analystes sont allés jusqu'à voir dans les évènements d'In Amenas un traquenard dans lequel l'ANP est entraîné sournoisement. En exhibant ses moyens et sa détermination elle est subodorée en puissance comme le fut la quatrième armée au monde de Saddam Hussein.

D'autres voudraient faire admettre le danger qu'il y aurait à voir l'arsenal du pays connaître le même sort que celui de la Libye sans Kadhafi et ainsi justifient le blanc seing accordé à ceux qui en ont la « garde». Les armes de «l'Angolagate» n'étaient pas libyennes, mais d'un autre pedigree. Toujours est-il que tous ces arguments sont après tout favorables au régime, combien même le projet de détruire l'ANP – et toutes les armées arabes – est inscrit dans l'agenda sioniste.

Dénoncer l'échec sécuritaire pour accuser en filigrane la crédulité et l'ignorance britanniques de la matrice du terrorisme, c'est faire preuve d'amnésie. N'était-ce la présence des spécialistes du HSE (Hygiène sécurité et environnement) et l'ombre des défenseurs des droits de l'homme qui planait sur les lieux, les commanditaires du mercenaire de tous les râteliers et des « tueurs à gages sanguinaires » mis à sa disposition n'auraient pas hésité un instant à faire de la base de vie de Tiguentourine un remake de l'hécatombe de Bentalha.

L'idée de comparer la prise d'otages à In Aménas à un Pearl Harbor, (sept Japonais ont péri dans l'opération criminelle - quel cynisme de la part de ceux qui l'ont planifié !) est parfaitement sensée: créer un motif à des exhortations martiales. Les attentats du 11 septembre produisirent le prétexte aux massacres de masse des populations arabes assises sur les ressources énergétiques et leur expropriation.

Par contre les attentats de la gare d'Attocha à Madrid n'ont pas provoqué l'effet conjecturé par leurs commanditaires, au contraire les Espagnols avaient dénoncé l'outrance du zèle de leur premier ministre José Maria Aznar qui envoyé leur nation dans la chausse-trappe des aigrefins. L'attaque des transports londoniens, en 2005 n'a pas non plus abouti à la réaction escomptée par les sectaires.

Or, il ne fait aucun doute, la prise d'otages ciblait le principal exploitant du complexe gazier de Tiguentourine, BP. Lady Olga Maitland, la présidente du Conseil d'affaires algéro-britannique (ABBC) a d'ailleurs, en réponse, averti qu'il fallait plus pour tromper la communauté britannique.

Le raid était donc un signal destiné tout bonnement au Royaume Uni et par conséquent lui signifiait ce qu'il encourrait comme «représailles» s'il s'entêtait de refuser à participer à la destruction du pays des mollahs – où son géant pétrolier a signé les plus grands contrats de son histoire. Le deal qui lie Londres et Tel Aviv n'est pas favorable aux sionistes. Les sujets de sa majesté britannique devraient ressentir sur leur poitrine le poids des croix que portent les Palestiniens.

Le Mossad ne lésine pas sur les moyens afin d'effacer le souvenir de la fin de la prédication des croisades signée par Richard Cœur-de-Lion. C'est sans doute dans cette même logique que le célèbre producteur et réalisateur hollywoodien arabe Moustapha Al-Akkad fut assassiné en Jordanie en pleine préparation d'un grand film sur Salah Eddine avec dans le rôle principal l'icône Sean Connery (anobli par la Reine). L'information divulguée par Wikileaks que c'étaient les services algériens qui avaient localisé la planque de Kadhafi, à Bani Walid, et livré l'information aux Britanniques, est un câble dans les cordes de l'Institution dans le but de leurrer le MI-6.

L'entité sioniste est un greffon. Quoi que l'on fasse en « déprimant » la Palestine ou même la plus grande partie de la planète pour le maintenir en place, il finira par être rejeté, c'est inscrit dans le code de la vie. C'est juste le temps que durera son implantation qui suscite des dégâts substantiels à l'humanité tout-entière qui reste problématique : terrorisme, appât du profit illégal, darwinisme social…

En conclusion. Le Royaume-Uni ne doit pas perdre de vue que « la société algérienne est confrontée aux problèmes de santé, d'éducation, de chômage et des prix du lait et de la pomme de terre… »(2) en dépit des ressources naturelles du pays, otage d'un pouvoir qui y a institutionnalisé la corruption, monté des sociétés écrans, provoqué l'évasion des capitaux...

La jeunesse est poussée à l'oisiveté mère de tous les vices. Elle renoue avec les mœurs de l'ère antéislamique (l'Islam est à (re)découvrir à travers la série produite par la chaîne Middle East Broadcasting Center (MBC) Omar Ibn al-Khatab – comme l'absence de Moustapha Al-Akkad se fait ressentir !). Seuls les laissés-pour-compte, les veuves responsables de familles ou les jeunes femmes livrées à elles- mêmes exercent encore les boulots pénibles, la cueillette dans les champs… Le peuple algérien ne retournera plus jamais au quotidien de l'avant octobre 1988. Le tribut payé a été lourd même s'il a échoué là où à moindre coût en vies, de fausses républiques ont réussi à se métamorphosé en d'authentiques démocraties. Le régime finira par tomber, quelque soit le temps que durera l'alibi à son maintien: la sécurité d'Israël. Tant que sur cette planète il y aura les immenses Günter Grass pour la rimer, l'humanité ne perdra pas son nord

Notes

1) Abed Charef: Transparences; rubrique Evénement, Le Quotidien d'Oran, lundi 18 février 2008.

2) Op. Cit.