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UN PEU DE COURAGE… !

par M. Saadoune

Seuls les simples d'esprit s'étonneront de voir Hassan Nasrallah soutenir le Hamas en dépit de leurs divergences politiques sur la Syrie. Au Moyen-Orient, les distances sont si courtes entre un pays et un autre qu'il serait absurde de croire que les malheurs de Ghaza ne seront pas ceux du Sud-Liban et de tous ceux qui ont choisi de résister et de ne pas abdiquer. La démarche du Hezbollah est autrement plus construite pour que le simplisme ne soit pas de mise. Et pour ceux qui l'ignorent, le Hamas lui-même a connu des divergences internes sur la question syrienne, certains de ses dirigeants estimant que la résistance palestinienne se trouve dans une situation où elle ne peut se permettre le luxe de se positionner sur le sujet.

En réalité, si ceux qui dirigent Ghaza n'ont pas de choix que d'accueillir les ministres et représentants de la Ligue arabe pour marquer leur solidarité, ils n'ignorent pas que cela relève surtout d'un tourisme politique sans conséquence. Le chef du Hezbollah a riposté avec sévérité au ministre qatari qui a déclaré, sous le mode du regret et du «on ne peut rien», que les Arabes étaient devenus des «brebis». «Il y a des gouvernements de lâches, oui c'est vrai, mais ils n'ont pas le droit de mettre tous les Arabes dans le même sac qu'eux», a déclaré Nasrallah. Mais au-delà de cette mise au point, faite à l'évidence avec une certaine délectation aux dirigeants du Qatar, il a soulevé la question qui fâche. Celle de la nature du soutien à apporter aux Palestiniens qui se battent et résistent. Donner aux Palestiniens les moyens de se défendre n'est ni une hérésie ni une aventure, mais cela implique un minimum de courage.

Quand on observe la pitoyable aventure de la négociation dans le cadre des accords et le traitement humiliant et méprisant infligé à Mahmoud Abbas, on comprend jusqu'à la nausée que sans changement du rapport de forces, l'oppression ne peut que s'installer dans un fonctionnement routinier. Le bilan de vingt ans de «négociations» de l'Autorité palestinienne est sinistre. Et de vrais militants de la cause nationale palestinienne du Fatah ont été transformés, malgré eux, en supplétifs de l'occupation et de l'expansionnisme israélien. En croyant aux bonnes paroles des Américains et des Européens, les dirigeants de l'Autorité ont oublié que dans une négociation il faut avoir des atouts à mettre dans la balance. Et surtout qu'il ne faut pas s'y enfermer indéfiniment et qu'il faut en sortir, si nécessaire, pour reconstruire le rapport de forces.

Quand Mahmoud Abbas promet que jamais une intifadha n'aurait lieu dans les territoires occupés tant qu'il est «au pouvoir», cela n'en fait pas un meilleur négociateur. Bien au contraire. Car pour tenir cette promesse de non-intifadha, il faut user du bâton contre les Palestiniens qui ne sont pas d'accord et qui refusent les leurres américains et occidentaux. Et cela vaut également pour les gouvernements arabes qui choisissent de ne rien faire et de s'en remettre aux Américains pour trouver une solution dont Israël ne veut pas et qu'aucun à Washington ne cherchera à imposer. Il ne faut donc pas louvoyer. La Ligue arabe a annoncé qu'elle comptait réfléchir à revoir sa proposition «stratégique» de paix. Cela relève du vœu pieux si l'on est dans l'optique de ne pas déplaire aux Américains. C'est cela qui fait des dirigeants des «brebis» et non une quelconque fatalité. Les Palestiniens, y compris Mahmoud Abbas isolé à Ramallah, n'ont pas besoin de touristes politiques. Ils attendent juste un peu de courage de la part des dirigeants arabes.