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Un pays au ralenti et des frustrations qui s'exacerbent

par Kharroubi Habib

Le mois de Ramadhan est entré dans sa deuxième se maine donnant à voir que le pays officiel vit au ralenti pour ne pas dire qu'il a carrément baissé rideau pour cause de congé. L'impression s'impose d'autant que le gouvernement est aux abonnés absents et que le chef de l'Etat tarde à entamer le cycle des auditions de ministres qui les mois de jeûne précédents donnaient l'illusion que le service de l'Etat ne s'arrêtait pas en ces périodes. Le mois de Ramadhan bien entamé révèle autre chose qui est que les promesses officielles faites qu'après flambée des prix sur les marchés inévitable à la veille et aux premiers jours du carême, il s'ensuivra une mercuriale à des prix abordables pour le consommateur. Au lieu de cela, l'inflation se poursuit dans le silence assourdissant de ceux qui ont fait ces promesses.

La léthargie dans laquelle est plongé le pays officiel, la folie qui s'est emparée des circuits commerciaux et le sourd mécontentement populaire qu'elles provoquent font réagir les partis politiques qui trouvent en cette situation matière à manifester leur existence après le repli qu'ils ont opéré suite aux frustrations qu'ils ont essuyées dans des élections législatives aux résultats humiliants pour presque tous. A l'instar du Parti des travailleurs dont la secrétaire générale Louisa Hanoune a dressé un véritable réquisitoire contre les autorités. Elle a en effet fustigé le gouvernement qu'elle estime paralysé depuis les élections législatives et dénonce le fait que cela n'affole pas outre mesure «les décideurs». Quant au département du Commerce auquel préside Mustapha Benbada à l'origine des promesses inconsidérées sur une maîtrise de la spirale inflationniste, elle l'a férocement accusé «d'exceller dans la politique du bricolage dont l'échec est total».

Le MSP de Bouguerra Soltani n'a pas été en reste dans le tir à boulets rouges contre cette même situation et d'avertir qu'elle «ne peut perdurer plus longtemps». Avertissement qui a donné prétexte à Soltani d'avancer comme solution de sortie de ce statu quo à risque dans lequel se trouve le pays, la dissolution du parlement et l'organisation de nouvelles élections législatives. Il n'y a rien d'excessif dans les analyses qui concluent que l'Algérie n'est en rien sur la voie de la sortie de crise après la mise en œuvre des réformes politiques et la tenue des élections législatives. Trois mois après ce scrutin, les changements attendus ne sont pas au rendez-vous. Pour beaucoup, il semble au contraire que ses résultats ont conforté le pouvoir dans la conviction qu'ils n'auraient plus raison d'être entrepris.

Sauf que si le pays n'a certes pas été entraîné dans le mouvement de révolte qui a entraîné des bouleversements politiques radicaux au Maghreb et au Proche-Orient, n'en est pas moins un volcan qui menace d'entrer en éruption au constat que sa patience et sa vigilance sont prises pour renoncement à ses revendications de changement. «L'exception algérienne» dont le pouvoir se gargarise n'a de chance de perdurer que si celui-ci exorcise le péril de l'embrasement en tenant son engagement d'aller à ces changements par la voie consensuelle du dialogue et de la participation des forces vives de la nation à la consécration de ces changements.