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LES SOMBRES PROPHETIES D'UN MILLIARDAIRE

par M. Saadoune

L'Europe ne dispose plus que de trois mois pour sortir de la crise : après, ce sera trop tard et elle entrera, comme l'Amérique latine dans les années 80, dans une «décennie perdue». Cette sombre prophétie est celle du milliardaire américain - et grand spéculateur devant l'Eternel - George Soros.

Dans un discours prononcé lors d'une conférence économique à Trente, en Italie, dont le texte a connu une diffusion «virale» sur Internet, le financier met la pression sur l'Allemagne. «Il y a différentes façons d'y parvenir (...), mais toutes nécessitent le soutien actif de la Bundesbank et du gouvernement allemand», a-t-il déclaré. Il faut, a-t-il dit, créer un mécanisme d'assurance des dépôts bancaires européens, permettre un accès direct des banques au fonds de secours de la zone euro, aller vers une régulation financière centralisée et faire baisser les coûts d'emprunt des pays les plus lourdement endettés.

 Selon lui, Mme Merkel doit assumer ses responsabilités, avant que la crise grecque atteigne son paroxysme en automne. «D'ici là, l'économie allemande va également s'affaiblir et il sera encore plus difficile pour la chancelière Angela Merkel de persuader l'opinion allemande d'accepter des responsabilités européennes supplémentaires. C'est ce qui nous donne une fenêtre de trois mois».

Le discours alarmiste – une pression évidente pour que l'Allemagne change de politique – ne déroge pas au contenu de la dizaine d'articles publiés par George Soros ces dernières semaines. La nouveauté est ce délai de trois mois qu'il a fixé comme ultime fenêtre d'opportunité pour une action de sauvetage. Pour certains analystes, encore plus pessimistes, le délai de trois mois serait même excessif, car l'économie allemande pourrait se détériorer plus rapidement. La rigidité allemande et l'incapacité des dirigeants européens à parler d'une seule voix entament dangereusement la crédibilité de l'euro.

D'autant que le problème n'est pas contenu à la seule Grèce. Le système bancaire espagnol est dans une situation inquiétante, comme l'a montré la nationalisation-sauvetage de la banque Bankia par l'injection de 23 milliards d'euros par le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy. Les besoins de capitaux pour maintenir les banques espagnoles à flot pourraient atteindre 200 milliards d'euros. Première conséquence : le pays voit se fermer les marchés des capitaux. Or, l'Espagne représente 12% de l'économie européenne, soit le double de celles de la Grèce, du Portugal et de l'Irlande réunies. Si une solution convaincante n'est pas trouvée rapidement, le défaut de la Grèce risque de compliquer très sérieusement la position espagnole et précipiter la crise dans une autre dimension.

Il semble d'ores et déjà que le futur fonds de sauvetage de la zone, le Mécanisme européen de stabilité (MES) de 500 milliards d'euros, soit insuffisant pour faire face à la situation. Pour de nombreux observateurs, si l'Espagne venait à connaître des difficultés de paiement, la France serait la prochaine cible des mouvements spéculatifs…

Nous n'en sommes pas encore à ce stade mais l'alarmisme de Soros est partagé par de nombreux experts qui s'irritent des atermoiements des dirigeants de la zone. D'autant que le préalable de Berlin de retour aux équilibres budgétaires est de moins en moins compris par des opinions européennes déjà confrontées au chômage de masse. Au fil des jours, le scepticisme s'installe quant à la capacité des politiques à empêcher la propagation de la crise.

Soros exprime donc correctement les préoccupations de nombreux acteurs sur les risques qui pèsent sur la zone euro et donc sur leurs principaux partenaires. De manières diverses en effet, les économies maghrébines ne sont pas à l'abri des conséquences d'une récession européenne.