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Gesticulations vertes

par K. Selim

Les députés de l'Alliance de l'Algérie verte (AAV) ont décidé de marquer de manière solennelle leur mécontentement de la «fraude» en se retirant de la séance plénière d'ouverture de l'APN. Toute expression non violente étant légitime, il n'y a pas de commentaires particuliers à émettre quant à l'attitude des députés «verts».

Il est vrai que la protestation par simple retrait de l'hémicycle le jour de la cérémonie ne porte pas vraiment à conséquence et qu'en définitive, ces députés, en acceptant de siéger, ont déjà concédé l'essentiel. On est, pour reprendre le lexique religieux, dans un acte qui exprime «le niveau le plus faible de la foi». Même les députés islamistes oublieront vite ce geste «héroïque». Par contre, on attend de vérifier que ces islamistes - qui ont accepté pendant pratiquement deux décennies de collaborer avec le pouvoir, de participer au gouvernement, avec comme contrepartie de renoncer à toute existence politique autonome - passent réellement dans l'opposition.

Selon les informations publiées par les médias, Amar Ghoul, «ex-ministre» MSP au gouvernement, n'a pas quitté l'hémicycle avec ses verts compères. Cela ne signifie pas forcément qu'il s'agit d'un geste politique ; cela peut être une pure réaction de «pudeur» d'un homme qui était ministre 48 heures auparavant… Mais on ne peut aussi exclure un geste à sens politique, signifiant à qui de droit une disponibilité individuelle, voire celle de tout un courant à rester dans la «maison de l'obéissance».

Le MSP a tellement joué sur les équivoques et les ambiguïtés – souvent cousues de fil blanc – que le premier réflexe de ceux qui entendent le propos de ses dirigeants est d'en chercher le but caché. Le discours du MSP n'est plus pris pour ce qu'il énonce, même chez ceux qui ne s'occupent pas de manière particulière de politique. Il suffit d'observer que la dernière décision prise par le majliss echoura du mouvement de ne pas participer au gouvernement est interprétée de manière totalement contradictoire par les dirigeants du parti. Et comme l'équivoque est le langage par excellence du mouvement, les observateurs se perdent en conjectures pour savoir si l'on est devant des divergences «sérieuses» ou bien face à une ambiguïté voulue qui comporte un message sibyllin en direction du pouvoir. Avec le MSP, c'est connu, on ne sait jamais : un choix peut en cacher un autre. Et comme l'Algérie baigne depuis des années dans un jeu politique qui ne dupe pas grand monde, les esquives et les contorsions du MSP ne sont pas appréhendées comme relevant de l'art de la politique… mais de celui de la pure hypocrisie.

Les dirigeants du mouvement ne semblent pas réaliser le degré de dégradation de leur image du fait de ce flou au sein de l'opinion, mais également chez de nombreux «ex» militants qui ne se reconnaissent plus dans la ligne officielle. On peut comprendre que les députés dénoncent la «fraude», mais s'en contenter pour expliquer les mauvais résultats obtenus relève d'un certain aveuglement. D'une volonté de ne pas prendre acte que la ligne choisie - qui en est arrivée jusqu'à dévoyer les concepts chers au mouvement, comme la «wassatiya», la «gradualité» - est devenue un motif de moquerie assez répandu. Aujourd'hui, quand le MSP proclame qu'il passe dans l'opposition, il doit savoir que son discours n'est plus une preuve suffisante. Il est d'emblée présumé douteux… jusqu'à preuve du contraire.