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Escalades

par M. Saadoune

Le pire n'est jamais certain ; mais dans le cas de la pression occidentale sur l'Iran, les choses s'emboîtent d'une escalade à l'autre pour aller vers la guerre au cours des prochains mois, voire semaines. Les tâches sont ainsi partagées : les Occidentaux prennent des sanctions économiques qui sont en train de causer de graves problèmes au pays, tandis qu'Israël multiplie les déclarations sur sa volonté d'en découdre.

Paradoxalement, alors que ces menaces s'affichent ouvertement, les médias occidentaux présentent la décision de l'Iran de cesser de vendre du pétrole à la Grande-Bretagne et à la France comme un signe de raidissement. Ils semblent aussi trouver étrange qu'un responsable iranien riposte en déclarant que son pays pourrait prendre des mesures préventives s'il estimait que ses intérêts vitaux sont menacés. Quand le ministre américain de la Défense, Leon Panetta, estime crédible une attaque militaire israélienne en avril, qui peut reprocher à un dirigeant iranien de riposter en déclarant que si «nous avons le sentiment que nos ennemis veulent mettre en danger nos intérêts nationaux, et qu'ils ont l'intention de le faire, notre stratégie consistera désormais à agir sans attendre qu'ils soient passés à l'acte». On ne sait pas si les Iraniens sont effectivement en mesure de le faire, mais il n'y a rien de scandaleux à ce qu'un pays menacé fasse savoir qu'il ne se laissera pas faire.

Mais il est clair que la propagande guerrière va aller crescendo. Toutes les mesures d'ordre défensif que l'Iran est en train de prendre pour faire face à une attaque annoncée sont curieusement présentées sous un jour offensif. Dans la logique de ces pays hautement civilisés, un pays ouvertement menacé d'être bombardé et contre lequel des mesures agressives sont prises dans le domaine économique ne devrait rien faire. Il doit se contenter d'attendre d'être massacré, démantelé et reconfiguré, juste parce que ceux qui se veulent les maîtres absolus du monde le veulent. Et dans la propagande en cours, même la hausse des prix de l'essence à la pompe est imputée à l'Iran. On se contente de rappeler, comme si cela était purement anodin, que l'Union européenne a décidé d'un embargo total sur les produits pétroliers à partir de juillet prochain. Les «méchants iraniens» devraient, selon ces belles âmes, attendre paisiblement l'entrée en vigueur de l'embargo.

On sait que ceux qui dominent le monde par leur puissance militaire et économique considèrent qu'ils ont toujours raison, mais leur propagande manque terriblement de finesse. Les Occidentaux, drivés par Israël, sont dans une logique de guerre. L'Iran, qui va engager de nouvelles discussions avec le groupe des 5+1 (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Grande-Bretagne et Allemagne), a réitéré sa disponibilité à discuter des garanties à donner, tout en refusant de renoncer à son droit de posséder la technologie (nucléaire) à des fins pacifiques. Or, ce que les Occidentaux exigent est une capitulation pure et simple et un renoncement au droit – reconnu par le TNP – à maîtriser le nucléaire à des fins civiles, y compris l'enrichissement de l'uranium. Or, hormis les «Chalabi», tous les Iraniens, y compris ceux qui s'opposent au régime, considèrent que si la question des garanties est discutable, celle du droit au nucléaire ne l'est pas.

«Le nucléaire est maintenant devenu la clé de voûte du nationalisme iranien. Même si l'économie souffrait gravement, cela ne modifierait pas la position du pouvoir. Si les Occidentaux parvenaient à leurs fins, ils se retrouveraient vite avec un autre pouvoir qui manifestera exactement la même ambition», a averti Seyyed Hossein Moussavian, ancien négociateur iranien sur les questions nucléaires, un proche des opposants Ali Akbar Hachemi Rafsandjani et Mohammad Khatami. Le message est limpide.