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CE QU'ETAT FORT VEUT DIRE

par K. Selim

Nul doute que le Premier ministre turc, Tayyip Erdogan, dont la popularité est grande dans le monde arabe, sera encore plus apprécié après sa décision d'expulser l'ambassadeur d'Israël et de suspendre les accords militaires bilatéraux avec l'Etat hébreu. La Turquie a également déclaré «nul et non avenu» un rapport de l'ONU, manifestement destiné à sauver la mise à Israël, sur le raid de la marine israélienne contre la flottille de la paix pour Gaza qui a coûté la vie à neuf Turcs en mai 2010.

 C'est indéniablement un signe de force du gouvernement turc qu'il tire de son incontestable légitimité démocratique. Celle-là même qui lui permet de décider souverainement pour les questions qui le concernent, même s'il fait partie de l'Otan et même s'il est considéré comme un allié des Etats-Unis. Encore une fois – et on peut parier que cela ne sera pas la dernière –, la Turquie apporte la preuve qu'un gouvernement élu a plus de capacités à défendre les intérêts de son pays à l'étranger qu'un gouvernement autoritaire, dictatorial ou oligarchique.

 La Turquie tire, bien entendu, sa force de son dynamisme économique qui la conduit à se replacer dans le monde arabe et islamique. C'est d'autant plus important pour ce pays que l'Europe, au nom d'un faux argument géographique, persiste à se fermer à elle pour cause d'altérité religieuse. Mais la démocratisation du pays, la représentativité indubitable du gouvernement sont le facteur déterminant qui lui permet d'avoir des marges de manœuvre plus grandes au niveau international et surtout d'être ferme sur les questions d'importance nationale.

 La décision de la Turquie, n'en doutons pas un instant, doit susciter la colère à Washington, au Capitole comme à la Maison-Blanche, et dans les chancelleries européennes. Les responsables turcs n'ignoraient pas qu'ils allaient susciter l'affliction des puissants protecteurs d'Israël, mais cela ne les paralyse pas. Et ne les empêche pas d'exprimer fortement le sentiment profond du peuple turc. A l'heure où la diplomatie algérienne n'en mène pas large dans le dossier libyen où elle se contente de faire le dos rond, il est difficile de ne pas relever qu'une politique étrangère est significative de la situation politique interne.

 Quitte à froisser nos diplomates – moins en tout cas que les remontrances sibyllines de M. Juppé -, ce n'est pas un accident de constater que l'Afrique du Sud a boycotté ostensiblement la conférence de Paris sur la Libye et que l'Algérie y est allée sur la pointe des pieds…, en essayant presque de se faire oublier. Ce n'est pas une simple question de géographie et de proximité avec la Libye. C'est une question de force et d'assurance qui ne peuvent venir que d'un soutien incontesté des citoyens. L'Afrique du Sud n'hésite pas, malgré la victoire militaire sans surprise de l'Otan sur le régime de Kadhafi, à maintenir que la résolution 1973 du Conseil de sécurité a été détournée et violée. L'Algérie officielle, il faut bien le constater, est incapable de le faire, même si elle partage sur le fond le point de vue « mécontent» de Jacob Zuma.

 Ces faits ne sont pas anodins et ils montrent, plus que jamais, qu'il faut changer de régime. Qu'il faut aller vers un système de représentation démocratique, réel et non altéré, avec des citoyens libres et égaux en droits. Ce système démocratique qui permet à des pays comme la Turquie et l'Afrique du Sud de dire clairement leur mot. Et d'avoir tout simplement une politique.