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UNE CURIEUSE HIERARCHIE

par M. Saâdoune

La France a voulu la libération de l'otage français, Pierre Camatte, et l'a obtenue en mettant la pression  sur le gouvernement malien. C'est un fait indiscutable. Pour obtenir la libération de l'otage français, le Mali a organisé un simulacre de procès, libéré quatre activistes et pris attache avec l'AQMI pour procéder à l'échange. Il s'agit également d'une réalité concrète. Paris n'aurait pas versé de rançon ? Quand bien même cela serait avéré, il ne pourrait s'agir que d'un élément parfaitement secondaire par rapport aux faits énoncés précédemment.

 Un gouvernement d'un pays africain, poussé par Paris, a négocié avec Al-Qaïda du Maghreb et a remis en liberté quatre activistes. Le vieux débat sur l'attitude à prendre vis-à-vis des groupes preneurs d'otages ne cessera sans doute jamais de ressurgir et d'être appréhendé différemment selon la situation. Les Etats qui développent un discours de fermeté - ne jamais négocier ou céder au terrorisme - abandonnent sans hésitation cette ligne quand il s'agit d'un de leurs ressortissants et dont le sort, heureux ou funeste, a un impact politico-médiatique important.

 Il est absolument normal que des pays comme l'Algérie et la Mauritanie n'apprécient pas et le manifestent publiquement. Ce qui s'est passé n'est pas une bénigne entorse à un principe de base. C'est une situation qui va immanquablement faire école puisque le groupe armé a amené au moins deux Etats à tout faire pour satisfaire ses exigences. Si cela marche aujourd'hui, il n'y a aucune raison pour que cela ne réussisse pas demain. Il se posera toujours la question de savoir si céder - et sauver une vie humaine - est un juste choix. Ceux qui ont été élargis suite au marchandage avec l'AQMI ne sont pas des anges ; d'autres vies humaines, algériennes, maliennes ou mauritaniennes, ou étrangères à la région, vont en subir les conséquences.

 Ce que l'on peut constater en définitive est que les Etats changent de position en fonction de l'évènement, du contexte et de leurs capacités à agir. Ce comportement est aux antipodes des proclamations de principe sur l'intransigeance vis-à-vis du terrorisme. Pour des raisons humanitaires ou purement politiques, le gouvernement français a cédé et imposé au Mali une voie qui crée à ce pauvre pays de sérieux problèmes avec ses voisins. Sans doute, Paris peut estimer qu'il s'agit d'un moment de colère qui se dissipera comme un vent de sable. A la limite, on peut même comprendre que les responsables français aient choisi de tout faire pour libérer leur otage. Ils peuvent avoir estimé qu'une issue fatale leur serait reprochée par l'opinion française.

 Mais alors pourquoi, après avoir libéré des activistes, se mettre à insister lourdement, comme l'a fait le porte-parole du Quai d'Orsay, sur le fait que la France « ne verse pas de rançon » ? Libérer ou faire libérer des terroristes serait-il moins grave que payer une rançon ? Le propos est d'autant plus étonnant que des otages espagnols et italiens sont entre les mains du même groupe, qui exigerait pour eux, non une libération de prisonniers mais des rançons. Le Quai d'Orsay suggère implicitement une intéressante hiérarchie des concessions aux groupes terroristes. Serait-il plus moral de libérer des terroristes que de payer une rançon ? Il serait tout aussi intéressant d'entendre le point de vue des Italiens ou des Espagnols…