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Des propos sur la sardine «tunisienne»

par Kamel Daoud

Encore une fable nationale : la sardine a déserté les eaux algériennes et s'en retrouve importée à partir de la Tunisie, pays où le Boumediénisme a réussi sans le pétrole, et un pays contre qui on cultive un droit d'aînesse, ridicule et démodé. Selon les propos rapportés par un confrère, la raison de ce fléau serait due à d'autres raisons. Selon un pêcheur rencontré, « il faut une waâda » collective, pour lever la malédiction et faire revenir le poisson comme l'ont fait nos ancêtres. Selon un spécialiste enseigné par l'Etat, l'Etat donne des prêts bancaires à des gens qui ne quittent jamais la terre ferme et pas aux véritables pêcheurs qui sont toujours en mer, lorsque l'Etat distribue l'argent du pétrole par terre. Selon un armateur, le poisson a été tué par la dynamnite, les Algériens étant connus pour être de grands dynamiteurs : au sol pour El-Qaïda et en mer pour la sardine.

Un autre analyste, interrogé par notre confrère, affirmera que les Algériens sont fainéants et préhistoriques : selon lui, les Tunisiens osent aller plus loin au large et utilisent le scanner, là où les Algériens ne savent pas le faire et attendent que le poisson viennent à eux, selon les clauses du socialisme et de la distribution des hydrocarbures. Dans tous les cas, toutes ces explications sont valables. Faire une waâda est un avatar réaménagé de l'offrande aux puissances des flots et s'accommode de la mentalité magique de toutes les civilisations de la cueillette ou de la chasse. L'argent des banques, qui va vers les filets au sol et pas vers les sardiniers à flots, est aussi valable. Tout comme l'incapacité d'usage des scanners, les chasseurs de coraux qui effrayent les bancs et la fainéantise nationale. Les aides de l'Etat pour encourager la pêche ont produit autant de poisson que la politique de l'agriculture a produit de pomme de terre et d'autosuffisance alimentaire. C'est un gros filon qui a été à l'origine de pirateries terrestres très féroces. En résultat final, nous avons donc de la sardine tunisienne dans nos poêles selon certains. C'est dans l'ordre des choses. L'explication du manque de sardine, tarifée à 200 da à 200 mètres de la mer, réunit aujourd'hui toutes les analyses possibles sur la faillite du « grand homme malade » qu'est devenu ce pays : la malédiction, le détournement, la paresse, l'analphabétisme et le pillage. S'y ajoute l'usage des chaloupes pour fuir et des hameçons pour empêcher les départs et des vers de terre pour faire croire à l'avenir.